87. Elisabeth Price

Pas de trouvaille dans ce nouvel article, mais j’avais envie de parler de cette ancêtre depuis longtemps.  J’ai découvert son histoire passionnante par bribes depuis quelques années, et j’ai décidé de mettre ensemble tous les éléments que j’ai glanés sur elle.

Elisabeth Price a eu un destin singulier, marqué par les horreurs des guerres que se sont livrées la France et l’Angleterre jusque dans leurs colonies respectives.  Née en Nouvelle Angleterre, mariée une première fois, veuve moins de trois mois plus tard, enlevée et ramenée en Nouvelle France où elle finira par s’installer à Montréal, elle se fera baptiser catholique, et se mariera un peu moins de deux ans après son arrivée.  Elle est inhumée à Montréal le 4 novembre 1716, âgée de 33 ans.  Je descends d’Elisabeth par ma mère.

Elisabeth naît le 13 août 1683* à Northampton, dans le Massachusetts, une des treize colonies britanniques.

Elisabeth Price Naissance Northampton

August 13 Elizabeth daug[hter] of Robert & Sarah Price  born (1)

Deux sœurs et un frère sont également nés à Northampton: Sarah, le 12 septembre 1678*, Mary, le 31 mars 1681* et John, le 14 mai 1689*.  Je n’ai pas trouvé la date de la naissance d’un autre frère, Samuel, qu’on verra plus loin.

Son père, Robert Price et sa mère, Sarah Webb, quittent Northampton pour Deerfield, village situé à un peu plus de 25 kilomètres plus au nord.  C’est là que le 3 décembre 1703* elle épouse Andrew Stephens ( ou Stevens ), un amérindien christianisé.  Ce mariage d’un amérindien et d’une fille de colons anglais semble avoir été un cas assez rare.

Elisabeth Price Mariage Andrew Stephens

Andrew Stephens & Elisabeth Price were joyned in marriage by the Reverend Mr John Williams, December 6th 1703. (2)

 

Deerfield est alors un des derniers villages des colonies britanniques, aux limites de la zone tampon entre la Nouvelle Angleterre et la Nouvelle France.  Et c’est précisément cette situation qui le rend vulnérable dans cette période où les deux empires assuraient leurs positions sur le continent nord américain et où les guerres que la France et l’Angleterre se livraient en Europe avaient forcément des répercussions dans leurs colonies.  Certaines tribus autochtones voyaient aussi d’un mauvais œil l’extension de la Nouvelle Angleterre vers le nord et vers l’ouest. Des attaques sporadiques, des raids organisés de part et d’autre avec des alliés amérindiens semaient la terreur dans les établissements un peu trop isolés.  Des destruction de villages, avec massacres et/ou enlèvements de civils se produisaient plus ou moins régulièrement.  Et Deerfield eut à en souffrir quelques uns.

En 1702, dans le cadre de la guerre de succession d’Espagne, l’Angleterre déclare la guerre à la France.  Quand la nouvelle arrive à Québec, une expédition sur la Nouvelle Angleterre est planifiée.  Elle sera dirigée par Jean Baptiste Hertel de Rouville, qui partira en janvier 1704 avec une cinquantaine de soldats et environ 250 amérindiens, abenakis et mohawks.  Ils rejoignent Deerfield à la fin février.  C’est au petit matin du 29* que l’attaque à lieu.  La bourgade est endormie et les attaquants, profitant de l’assoupissement du milicien de garde et de l’effet de surprise, entrent dans la palissade, tuent près de cinquante personnes, hommes, femmes et enfants, soit par les armes, soit en incendiant les maisons dans lesquelles certains se cachaient, et regroupent un peu plus de cent personnes qui doivent aussitôt quitter le village.  Ils vont entamer une longue marche forcée en raquettes vers la Nouvelle France, un peu plus de 400 kilomètres, pendant laquelle celles et ceux qui ne pourront pas tenir le rythme seront tués.

Deerfield Montréal

Gallica, Carte Nouvelle de l’Amérique Angloise Contenant La Virginie, Mary-Land, Caroline, Pensylvania, Nouvelle Iorck, N. Iarsey, N. France , et Les Terres Nouvellement Decouverte / Dressé sur les Relations Les Plus Nouvelles Par le Sr. S.  Publiée chez Pieter Mortier, libraire à Amsterdam, 1700.  Détail.

J’ai entouré en rouge les îles de Montréal et de Laval, au milieu du Saint Laurent, au nord, le village de Kahnawake, appelé sur la carte French Mohaks Castle, et le village de Deerfield (Dierfeild sur la carte).  On voit aussi Boston, sur la côte au sud est de Deerfield, et l’Isle Longue (Long Island) et New York au sud.  On peut, sur cette carte, suivre le trajet qu’ont du faire les captifs, de Deerfield au lac Champlain, en suivant les rivières, puis du lac Champlain jusqu’au fort Chambly en remontant le Richelieu, puis de là jusqu’à Montréal.

Ces captifs étaient une forme de butin pour les amérindiens, qui demandaient une rançon aux familles ou au gouvernement de la colonie anglaise pour les libérer, et qui en adoptaient une partie pour remplacer les pertes dues aux guerres.  Certains des captifs étaient aussi rachetés par les français.  Une partie d’entre eux finissait par s’installer définitivement dans les tribus indiennes ou en Nouvelle France.  C’est ce que fit Elisabeth Price.

Son père, Robert, défendit Deerfield lors de l’attaque et semble y avoir survécu.  Sa mère, Sarah Webb, est tuée au début de la marche vers Montréal.  Son corps est retrouvé et ramené à Deerfield, où elle est enterrée avec les autres victimes de l’attaque.

Andrew Stephens, son mari, mourut pendant les combats.  Mary, la soeur d’Elisabeth, mourut également lors de la prise de Deerfield avec deux de ses enfants.  Elisabeth fit la marche avec son jeune frère, Samuel, qui restera avec elle à Montréal pendant plusieurs années avant de retourner en Nouvelle Angleterre deux ans avant la mort de sa sœur.

Le 25 avril 1705, un an après son arrivée à Montréal,  et après avoir abjuré la foi protestante, Elisabeth est baptisée.

Elisabeth Price Baptême 1

Elisabeth Price Baptême 2

Le samedi vingt cinquième jour d’Avril de l’an mil sept cens cinq, les cérémonies du batême ont été par moi prêtre soussigné supplées en la Chapelle des Sœurs de la Congrégation, avec la permission de Messire François Le Vachon de Belmont, Grand Vicaire de Monseigneur l’Evêque de Québec,  à une Angloise nommée Elisabeth, qui avait cy devant fait abjuration de l’hérésie calviniste, laquelle née à Northampton, en la Nouvelle Angleterre, le ( 13 v.s.) vingt troisième jour d’août de l’An mil six cens quatre vingt trois du mariage de Robert Price, Episcopal, et de défunte Sara Web, Indépendante, et veuve de d’André Stevens, aiant été prise à Dearfield en la Nouvelle Angleterre le (29 février) onzième mars de l’an mil sept cens quatre, et emmenée en Canada, demeuré chez les Soeurs de la Congrégation à Villemarie.  Son parrain a été Monsieur Pierre Le Ber, Ecuyer, sa marraine damoiselle Marie Elisabeth Le Moyne, fille de Monsieur Charles Le Moyne, Ecuyer Baron de Longueil, chevalier de l’ordre de Saint Loüis, capitaine d’une compagnie du détachement de la Marine, laquelle Damoiselle lui a ajouté le nom de Marie à celui d’Elisabeth.  Ils ont tous signé, suivant l’ordonnance.

Elisabeth signe « Marie Elisabeth Stevens ».  Moins d’un an plus tard, Elisabeth se marie.

Elisabeth Price Mariage Fourneau

 

Le même jour troisième de février de l’an mil sept cens six, après la publication d’un ban et la dispense des deux autres obtenue de Messire François Le Vachon de Belmont, Grand Vicaire de Monseigneur l’Evêque de Québec, je soussigné prêtre du Séminaire de Villemarie commis à cet effet par ledit Messire François de Belmont, après avoir pris le mutuel consentement par paroles de présent de Jean Fourneau, âgé de vingt sept ans, maître cordonnier, fils de Jacques Fourneau et de Marguerite Gevillac sa femme, et natif de la ville et évêché de Limoges paroisse de Saint Michel, d’une part, et de Marie Elisabeth Price, âgée de vingt deux ans et demi, fille de Robert Price et de défunte Sara Web, sa femme, veuve d’André Stevens, native de Northampton en la Nouvelle Angleterre, d’autre part, les ai mariés selon les rites de notre Mère Sainte Eglise en présence de Jacques de Lavau, maître tanneur, de Philippe Robitaille, maître tonnelier, de Jacques La Selle, menuisier, de Noël Le Sage, amis du marié, et de Samuel Williams, fils de M. Jean Williams, ministre de Dearfield en la Nouvelle Angleterre, ami de l’épouse outre plusieurs autres amis desdites parties.  L’époux et Philippe Robitaille ont déclaré ne savoir signer, de ce enquis suivant l’ordonnance.

Marie signe « Marie Elisabeth Price ».  En plus de Samuel Williams, d’autre anglais sont présents et signent l’acte même s’ils n’y sont pas nommés.  On voit les noms de Hannah Parsons, Marie Ester Sayer, Christinne Otis et Catherine Den Kuin (Duncan).  On comprend que ces exilés aient continué à se fréquenter, ce qu’ils avaient vécu avait du tisser entre eux des liens qui ne peuvent pas s’oublier.

Le couple Fourneau – Price aura sept enfants entre 1706 et 1716.  Leur dernière fille Marie Josèphe, est née et baptisée le 22 octobre 1716 et inhumée le 23 du même mois.  Elisabeth meurt des suites de son dernier accouchement le 4 novembre 1716 à Montréal.

Elisabeth Price Inhumation

Le quatrième jour de novembre de l’an mil sept cent seize a été inhumée le corps de Marie Elisabeth Preisse, âgée d’environ trente cinq ans, femme de Jean Fourneau, cordonnier.  Témoins Messires François Chaumaux et Pierre Rémy, prêtres de cette ville.

 

On estime à peu près au tiers le nombre de captifs de Deerfield qui restèrent définitivement en Nouvelle France, intégrés à la population française ou amérindienne.

Eunice Williams, fille du pasteur qui avait uni Elisabeth et Andrew Stephens, sœur de Samuel, témoin au mariage d’Elisabeth avec Jean Fourneau, fut enlevée à Deerfield en même temps qu’Elisabeth. Elle était très jeune, à peine sept ans et demi.  Un frère et une sœur furent tués lors de l’attaque du village, sa mère fut tuée pendant le trajet vers Montréal, son père et quatre de ses frères et sœurs furent amenés de force en Nouvelle France.  Adoptée par une famille Mohawk de Kahnawake, près de Montréal, Eunice grandit parmi eux.  Quand son père, ses frères et sœurs furent libérés contre une rançon, ils tentèrent de ramener Eunice, mais n’y arrivèrent pas.  De retour en Nouvelle Angleterre, sa famille tenta de la convaincre de venir les rejoindre, mais, convertie au catholicisme, mariée avec un Mohawk et mère, elle refusa.  Elle garda tout de même des contacts avec sa famille et leur rendit visite à quelques reprises, mais revint toujours à Kahnawake où elle mourut en 1785, âgée de 89 ans.  (3)

 

Notes:

*  Sur les dates des actes passés en Nouvelle Angleterre, il faut savoir que l’Angleterre et ses possessions n’adoptèrent le calendrier grégorien qu’en 1752.  Aux dates notées dans ces documents, il faut ajouter dix ou onze jours pour obtenir la date correspondante en Nouvelle France, dix jours pour les dates avant 1700, et onze jours après 1700.  Ainsi, l’attaque sur Deerfield eut lieu le 29 février 1704 pour les Anglais, mais le 11 mars de la même année pour les habitants de la Nouvelle France.  Ceci explique la double datation dans l’acte de baptême d’Elisabeth.  Les lettres « v.s. » ajoutées entre parenthèses est une abréviation de « vieux style », ce qui représentait les dates du calendrier julien, alors que celles du calendrier grégorien étaient dans le « nouveau style ».

(1)  Massachusetts , Town Clerk, Vital and Town Records, 1626-2001, Hampshire, Northampton, Births, marriages, deaths 1654-1853, vue 21/464 page de gauche.

(2)  Massachusetts , Town Clerk, Vital and Town Records, 1626-2001, Franklin, Deerfield, Births, marriages, deaths 1675-1844 vol 1, vue 141/173 page de gauche.

(3)  Sur Eunice Williams, un article lui est consacré sur Wikipedia:  https://en.wikipedia.org/wiki/Eunice_Kanenstenhawi_Williams

 

86. Guillaume Dupont dit Leblond 1687

J’ai publié, le mois dernier, deux articles sur l’ascendance de Guillaume Dupont dit Leblond.  Et cette semaine, je l’ai croisé par hasard dans le contrat de mariage d’un autre de mes ancêtres.

Mathieu Eringué épouse Marguerite Carreau le 25 novembre 1687 à Beauport, et le contrat de mariage est passé le matin même devant le notaire Michel Fillion.  Parmi les témoins de Mathieu, on trouve Guillaume Dupont dit Leblond.

Dans mon article No 78, je disais, comme on le trouve habituellement, que Guillaume était arrivé en Nouvelle France en 1689 comme tailleur d’habits.  Il est donc arrivé au moins deux ans plus tôt, et le notaire le dit soldat.

Guillaume Dupont dit Leblond CM Eringué 1687

Mathieu Eringué est dit soldat de la compagnie de Monsieur de Brouilland.  Je ne sais pas si Guillaume était soldat dans la même compagnie, mais le fait qu’il soit témoin lors du contrat de mariage d’Eringué le laisse penser.  Guillaume a du servir comme soldat pendant quelques années avant de revenir à la vie civile et de devenir tailleur.  Il ne se marie qu’en 1693, six ans après son arrivée.

85. Pierre le Boulanger dit Saint Pierre

Je vais consacrer ce nouvel article à un ancien ancêtre.  Il a fait partie de mon arbre généalogique pendant quelques années, jusqu’à une découverte qui a fait disparaître d’un coup un pan entier de cet arbre, une cinquantaine d’ancêtres…  

Pierre le Boulanger arrive à Québec vers 1657.  Il met du temps pour trouver une épouse.  Il se marie à Québec le 16 mai 1677 avec un beau parti, « damoiselle Marie Renée Godefroy, fille de Jean Baptiste Godefroy, escuyer, sieur de Linctot, et de damoiselle Marie Le Neuf« .  Dans son acte de mariage, il est dit Sieur de Saint Pierre.  Il déclare être fils de Toussaint et de Marie Avisce, de la paroisse de « Saint Martin du Bout du Pont » de Rouen.  Il est inhumé le 21 mars 1719 au Cap de la Madeleine.

Elisabeth Defond Lamy, descendante de Pierre le Boulanger, épouse en 1813 Joseph Fournier, voyageur, mon ancêtre, dont j’ai déjà parlé ici et ici.  Quand j’ai compris qu’Elisabeth n’était pas la mère de Joseph Fournier fils, j’ai dû sortir la tronçonneuse pour faire tomber cette grosse branche qui portait son ascendance.  J’en profite pour faire un clin d’œil à Françoise, du blog Feuilles d’ardoise, qui a fait récemment un beau travail d’élagage dans son Challenge AZ 2019.

 

Si Pierre ne fait plus partie de mes ancêtres, mes récentes recherches à Rouen m’ont fait croiser ses parents;  j‘ai trouvé la date de la publication de leurs bans de mariage, qui remonte presque dix ans plus tôt que ce qu’on trouve habituellement.  J’ai aussi repéré les actes de baptême de cinq soeurs de Pierre inconnues jusqu’ici, le nom et la date du mariage de ses grands-parents paternels, et peut-être l’acte de baptême de son grand-père le Boullenger.  Même si ces personnes ne viendront pas étoffer mon arbre, ces découvertes vont certainement intéresser des cousins québécois qui descendent de Pierre le Boulanger.  Comme je le dis souvent, vive le partage !

 

Toussainct le Boulenger, de Saint Cande le Vieux, et Marie Avice, de Saint Maclou ont leurs bans de mariages publiés à Saint Cande le Vieux le dimanche 19 juin 1616.  AD 76, 3E 00999 – 1612 – 1648 – Rouen (paroisse Saint-Cande-le-Vieux), vue 7/91 page de droite.

Bans Toussaint le Boullenger et Marie Avice

  • Marie, fille de Toussaint le Boulanger et de Marie Avice, est baptisée le 19 février 1618 à Saint Cande le Vieux.  Parrain Toussaint Horslaville, curé de Saint Martin du Pont, et marraine Marie Bougie (?).  AD 76, 3E 00999 – 1612 – 1623 – Rouen (paroisse Saint-Cande-le-Vieux), vue 27/69 page de gauche.  Marie est inhumée le 15 mars 1618.  AD 76, 3E 00999 – 1612 – 1623 – Rouen (paroisse Saint-Cande-le-Vieux), vue 64/69 page de gauche.
  • Catherine, fille de Toussainct le Boullanger et de Marie Avisse, est baptisée le 2 avril 1621 à Saint Cande le Vieux.  Parrain Pierre Avisse et marraine Laurence Horslaville.  AD 76, 3E 00999 – 1612 – 1623 – Rouen (paroisse Saint-Cande-le-Vieux), vue 46/69 page de gauche.
  • Anne, fille de Toussaint le Boulenger et de Marie Avisse, est baptisée le 28 décembre 1622 à Saint Cande le Vieux.  Parrain Jehan Avisse et marraine Anne Vauchelles.  AD 76, 3E 00999 – 1612 – 1623 – Rouen (paroisse Saint-Cande-le-Vieux), vue 54/69 page de gauche.
  • Hélisabet, fille de Toussaint le Boulenger et de Marie Avice, est baptisée le 15 février 1627 à Saint Cande le Vieux.  Parrain Marin Linant et marraine Anne Chevrier.  AD 76, 3E 00999 – 1623 – 1640 – Rouen (paroisse Saint-Cande-le-Vieux) vue 22/123 page de droite.
  • Toussainct, fils de Toussainct Boulenger ( la mère n’est pas nommée ) est baptisé le 14 août 1629 à Saint Martin du Pont.  Parrain Germain Prémont et marraine Marie Robin.  AD 76, 3E 00999 – 1613 – 1633 – Rouen (paroisse Saint-Martin-du-Pont), vue 82/106 page de gauche.
  • Pierre, fils de Toussainct Boulenger et de Marie Avice, est baptisé le 6 juin 1632 à Saint Martin du Pont.  Parrain Pierre le Boucher et marraine Catherine le Fébure.  AD 76, 3E 00999 – 1613 – 1633 – Rouen (paroisse Saint-Martin-du-Pont), vue 100/106 page de droite.

Les baptêmes de Pierre et de son frère Toussainct étaient déjà connus et inscrits dans le Fichier Origine.  Les registres des baptêmes de Saint Martin du Pont ont une lacune qui va de 1633 à 1637; il est possible que Toussaint et Marie aient eu un ou deux enfants dans cet intervalle.

  • Marguerite, fille de Toussaint le Boulenger et de Marie Avice, est baptisée le 17 juillet 1739 à Saint Martin du Pont.  Marraine Marguerite Avice et parrain Nicolas Camus.  AD 76, 4E 02121 – 1637 – 1644 – Rouen (paroisse Saint-Martin-du-Pont), vue 9/23 page de droite.

Marie Avice meurt dans l’incendie de la maison familiale avec trois de ses enfants qui ne sont pas nommés.  Ils sont inhumés le 24 juillet 1640 dans l’église Saint Martin du Pont.  AD76,  4E 02121 – 1638 – 1640 – Rouen (paroisse Saint-Martin-du-Pont), vue 12/24 page de droite.

Inhumation Marie Avice

Le 24è dudit mois Inhumation de la femme de Toussainct Le Boullenger avec trois de ses enfants brusl bruslés dans leur maison.  Dans l’Eglise.

 

Un acte de mariage donne le nom de la mère de Toussaint et permet de trouver le prénom de son père.  Le 1er mai 1611, Nicollas Lambert, épouse Laurence, fille de Roger Lynand à Saint Martin du Pont.  Les témoins de Laurence, outre son père, sont Laurence Horslaville, sa mère, Toussaint le Boullenger et Marin Lynand, ses frères.  La mariée est dite de Saint Cande le Vieux.  AD 76, 4E 02121 – 1598 – 1630 – Rouen (paroisse Saint-Martin-du-Pont), vue 17/41 page de gauche.

Laurence Horslaville, on l’a vu plus haut était la marraine de Catherine, deuxième fille de Toussaint le Boullenger et de Marie Avice, et Marin Lynand était le parrain de leur quatrième fille, Hélisabet.  Si Toussaint et Marin sont frères de Laurence Lynand, tous trois enfants de Laurence Horslaville, c’est que celle-ci s’est mariée deux fois.    Elle a effectivement épousé Guillaume le Boullenger le 9 septembre 1585 à Saint Martin du Pont.  AD 76, 4E 02121 – 1565 – 1593 – Rouen (paroisse Saint-Martin-du-Pont), vue 121/151 page de droite.  Elle a ensuite épousé Roger Lynand qui est présent au mariage de leur fille Laurence.  Je n’ai pas trouvé leur acte de mariage.

Nicolle, fille de Guillaume Boulenger et de Laurence Horlaville, est baptisée le 1er septembre 1588 à Saint Cande le Vieux.  Marraines Philippine le Sene et Louise Sevestre, et parrain Jehan le Gay.  AD 76, 3E 00999 – 1579 – 1589 – Rouen (paroisse Saint Cande le Vieux), vue 32/56 page de droite.  Les registres de Saint Cande le Vieux ont une lacune entre 1589 et 1612; c’est probablement dans cet intervalle qu’a été baptisé Toussaint, que son père est décédé et que sa mère s’est remariée avec Roger Lynand.

Dans son acte de mariage de 1585 avec Laurence Horslaville, Guillaume le Boullenger est dit de la paroisse Saint Vigor.

Guillaume, fils de Guillaume le Boullenger ( la mère n’est pas nommée ) est baptisée le 17 avril 1556 à Saint Vigor.  Parrains Guillaume Crocquet et Anthoyne le Grain, et marraine Jehanne le Grain.  AD 76, 4E 02188 – 1556 – 1558 – Rouen (paroisse Saint-Vigor), vue 2/21 page de droite.

Ces deux Guillaume sont peut-être le grand-père et l’arrière-grand-père de Pierre le Boulanger, pionnier en Nouvelle France.

84. Conversion miraculeuse à l’Hôtel Dieu de Québec

Aujourd’hui, un article qui s’évade de mon arbre généalogique.  La lecture d’un texte surprenant m’a attiré ailleurs, et le filon était tellement intéressant que je n’ai pas pu résister à pousser plus loin, et je ne le regrette pas.

Dans mes recherches sur Claude Philippeau, il y a quelques semaines, j’ai parcouru une partie des registres journaliers des malades de l’Hôtel Dieu de Québec, dans les Archives du Monastère des Augustines.  J’y suis tombé, au bas d’une page sur un court texte assez étonnant dans ce type de registre, où les entrées sont généralement assez sèches, allant à l’essentiel, jour d’entrée, nom, lieu d’origine ou de résidence, nombre de jours d’hospitalisation, le tout tenant sur une seule ligne.  Ce texte, qui fait treize lignes, est daté du 9 août 1731.

Conversion à l'Hotel Dieu de Québec, 9 août 1731 feuillet 640

Jean Rabi, de Rochefort, âgé de 31 ans, aide canonnier, luthérien de Religion, qui avait résisté à toutes les invitations qu’on luy avait faites pour embrasser la sainte doctrine, et qui méprisa encore les pressantes remontrances que luy firent les ministres de Jésus Christ et les Religieuses de cet Hôtel pendant la très dangereuse maladie qu’il eut icy, mais enfin le jour de l’Assomption, on redoubla les prières qu’on faisoit pour luy, et après la procession, à peine la très Sainte Vierge étoit-elle sortie de cher nous, lorsqu’elle passoit devant les fenêtres des sales, ce pauvre homme demanda un prêtre et s’écria qu’il étoit converti, qu’il ne sçavoit pas comment ce changement s’étoit fait en luy, mais que c’étoit tout de bon, il se confessa et fit son abjuration entre les mains de Monsieur Artaut, prêtre de Saint Sulpice venu de France cette année, dès ce même jour et communia le lendemain.  Cela fut regardé comme une conquête de la mère de Dieu, ce malade guérit et sorti de l’hôpital bien reconnoissant le 29. (1)

Pour une institution comme l’Hôtel Dieu et les religieuses qui y vivaient, dévouées au soin des corps mais aussi des âmes, un tel événement ne pouvait pas passer inaperçu.  Il venait forcément conforter ces femmes dans leur mission.

Je suis un peu étonné de trouver un luthérien à Québec à cette époque.  Quarante six ans après la révocation de l’Edit de Nantes, avec les persécutions, les interdictions et conversions forcées qui l’ont suivie, il fallait, en 1731, avoir la foi protestante solidement chevillée au corps pour continuer de la professer.  Les interdictions ne seront levées par Louis XVI qu’en 1787.

En Nouvelle France, depuis l’Edit de Fontainebleau, qui révoquait l’Edit de Nantes, les protestants étaient interdits d’établissement sur le territoire.  Les interdictions seront levées avec la conquête britannique.

Les protestants de l’Aunis et de la Saintonge, très nombreux autour de la place forte qu’avait été La Rochelle, entrèrent en résistance après la révocation de l’Edit de Nantes, durent se cacher pour vivre leur religion.  Il y eut de nombreuses conversions forcées, des catholiques de façade qui satisfaisaient aux obligations de la religion officielle, mais qui n’en gardaient pas moins leurs convictions.  Jean Raby fut-il jusqu’au 15 août 1731 un de ces résistants, catholique forcé?

 

Un autre Jean Raby est venu en Nouvelle France au XVIIè siècle, a passé un contrat de mariage en 1691 dont l’acte n’a pas été conservé ( mariage annulé ?), s’est marié à Rivière Ouelle en 1697 avant de rentrer en France, où il se remarie à Saint Germain du Seugne, en Charente Maritime.  Il meurt à Cravans en 1718.  Les deux Jean étaient-ils parents?  Ce  premier Jean Raby, soldat, est aussi témoin de l’abjuration d’un de ses confrères soldat, Simon Horson, natif de Saintes, le 14 juillet 1685 à Québec.  Cette abjuration fut faite en l’église de l’Hôpital de Québec.   Etonnant hasard !

J’ai eu la curiosité d’aller voir dans les registres paroissiaux de Rochefort si on n’y croisait pas Jean Rabi.  Le nom n’est pas rare, il y a effectivement quelques Jean Raby dans la ville au XVIIIè siècle.

Un de ceux-là a particulièrement attiré mon attention.  Jean Raby, marinier originaire de Saint Sorlin de Marennes ( Saint Sornin, à une vingtaine de kilomètres de Rochefort et à une quinzaine de kilomètres de Marennes ), épouse à l’église Saint Louis de Rochefort, le 29 octobre 1725, Suzanne Chevalier, native de Rochefort.  (2)  Ce Jean Raby est né le 2 et baptisé le 3 janvier 1703 à Saint Sornin, ses parents nommés dans les deux actes sont bien les mêmes.  (3)  Il avait donc 28 ans en 1731, et non 31, mais l’estimation de l’âge, à l’époque…

Dans l’acte de baptême de son fils Pierre Jacques, né le 18 et baptisé le 19 décembre 1731 à Rochefort, Jean Raby est dit aide canonnier, comme le malade de Québec, et il signe l’acte.  (4)  Même nom, même ville, même année, même métier, drôle de coïncidence.

S’il est à Québec en août 31 et présent à Rochefort pour signer l’acte de baptême de son fils conçu en mars, son séjour dans la colonie aura été de courte durée.  Le trajet entre La Rochelle et Québec durait plusieurs semaines.  Parti au plus tôt fin mars, vu la conception de son fils en mars, il a du arriver à Québec au plus tôt en mai, hospitalisé le 9 août et sorti le 29 du même mois, il aura repris le bateau pour La Rochelle en octobre ou tout début novembre pour être à Rochefort le 19 décembre pour le baptême de son fils.  Qu’est donc venu faire un aide canonnier à Québec pour un si court temps?  Il était peut-être attaché à un navire, suivant ses rotations.

Le site Navires venus en Nouvelle-France, des origines à la Conquête donne certainement la solution.  Un navire royal nommé Le Héros, part de Rochefort en avril ou mai 1731 et rentre à Rochefort en décembre de la même année.  Selon un article de Wikipedia qui lui est consacré, le Héros était armé de 50 canons en 1729.  Jean devait servir sur ce vaisseau.

Jean Raby et Suzanne Chevalier ont d’autres enfants.  Le métier donné à Jean au baptême de chacun de ses enfants change.

  • Marie Jeanne, née le 6 et baptisée le 7 avril 1726 à Saint Louis de Rochefort: matelot, Jean ne signe pas.
  • Jean, né le 3 et baptisé le 4 novembre 1727 à Saint Louis: matelot, le père signe Rabit
  • Marie Suzanne, née et baptisée le 23 août 1729 à Saint Louis: matelot, père absent.
  • Pierre Jacques, vu plus haut: aide canonnier, signature Jean Raby

Il n’y a pas de baptême d’enfants de Jean Raby et Susanne Chevalier à Rochefort entre celui de Pierre Jacques, en 1731 et celui de Catherine, en 1735

  • Catherine, née le 25 et baptisée le 26 juin 1735 à Saint Louis:  canonnier, Jean ne signe pas.
  • Louis, né le 7 et baptisé le 9 septembre 1737: maître d’équipage, Jean ne signe pas.

Jean a donc progressé dans ses fonctions dans la marine.  Sa signature évolue aussi au fil des ans, d’une signature un peu malhabile lors de son mariage, en 1725, à celle, plus assurée qu’on trouve dans l’acte de baptême de Pierre Jacques en 1731.  Il passe aussi de Rabit, en 1625 et 1627, à Raby en 1631.

Signature Raby mariage    Signature Raby baptême 1727   Signature Raby baptême PJ

« Jean Raby, canonier âgé de quarante deux ans, est décédé le septième juillet mil sept cent quarante quatre, a été inhumé le lendemain par moi soussigné prêtre de la mission faisant les fonctions curiales en présence des soussignés. »

Je ne peux m’empêcher, pour finir, d’imaginer la tête des prêtres de Rochefort, constatant une nouvelle ferveur chez ce paroissien plutôt tiède avant son départ, se demandant ce qui avait bien pu lui arriver pendant ce voyage.

Une conversion miraculeuse ?

 

Notes:

(1)  Fonds Hôpital du Monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, HDQ-F5-G1,2/1:4, vue 244/472

(2)  Archives départementales de la Charente Maritime, Non coté – Rochefort – Collection communale – Paroissial – Mariages – 1721-1739, vue 102/374 page de droite.

(3)  AD 17, Non coté – Saint Sornin – Collection communale – Paroissial – BMS – 1703-1713, vue 2/216 page de gauche.

(4)  AD 17, Non coté – Rochefort – Collection communale – Paroissial – Baptêmes – 1724-1732, vue 350/405 page de droite.

83. Claude Philippeau, baptême à Calais

Claude Philippeau, Jeanne Esnard et leurs trois filles, Françoise, Madeleine et Jeanne, quittent la France pour la Nouvelle France en 1667.  Ils sont recensés à Charlesbourg cette année-là.  L’origine de la famille est donnée par le registre journalier des malades de l’Hôtel Dieu de Québec (1740-1751) où est inscrite Françoise, le 6 février 1740.  (1)

Françoise Philipo Hotel Dieu de Québec 6 février 1740

Le 6è Marie Françoise Philipo veuve Hervé de l’Ile de Ré, âgée de 75 ans   – – – – – – – 23

Claude et Jeanne se marient effectivement à Ars en Ré le 29 octobre 1661.  Les trois filles sont baptisées à Ars en Ré,  Françoise le 20 mars 1663, Madeleine le 24 octobre 1664 et Jeanne le 22 novembre 1666.  La famille a forcément pris le bateau pour Québec au printemps suivant, entre le baptême de Jeanne et le recensement.  Tous ces éléments sont déjà connus et sont dans le Fichier Origine.

Claude et Jeanne auront quatre autre enfants à Québec.  Jeanne décède à une date inconnue.  Claude se remarie à Québec le 11 octobre 1694 avec Charlotte Lacombe, puis, après le décès de celle-ci, avec Marie Anne Metru, le 24 octobre 1710, toujours à Québec.  C’est dans cette ville qu’il est décédé et inhumé le 15 juillet 1713.  Dans les actes notariés où il est nommé, il est dit maître tailleur d’habits et bourgeois de Québec.

Je descends de Claude Philippeau et de Jeanne Esnard à travers leurs trois filles nées en France, de Françoise et Jeanne par mon père, et de Madeleine par ma mère.

 

C’est l’acte de mariage de Claude avec Jeanne Esnard qui m’a permis de trouver son acte de baptême ainsi que ceux de deux frères et deux soeurs et peut-être celui de son père.  Son acte de mariage le dit originaire de Calais, en Picardie, fils de Jean Filippeau et de Frise Villeneufve.  Calais, à l’époque, est effectivement en Picardie.

C’est dans les registres de la paroisse Notre Dame de Calais qu’on trouve la trace de Jean ( Jan, Jehan ) Philippeau et de Frise ( Frize ) Villeneufve.  Ils y baptisent cinq enfants entre 1637 et 1645.  Les registres de la paroisse ont malheureusement une lacune entre 1623 et 1635 pour les baptêmes, et les mariages de cette période ont disparu.

  • Robert, fils de Jan Phippeau et de Frise Villeneufve, est baptisé le 14 mai 1637.  Parrains Robert Bidault et René de Lenfant et marraines Isabeau Fly et Françoise Lutot.  Archives départementales du Pas de Calais en ligne, 5 MIR 193/28, vue 1132/1674 page de droite.
  • Pierre, fils de Jehan Philippeau et de Frize Villeneufve, est baptisé le 1er décembre 1638 à Notre Dame de Calais.  Parrain Pierre Lutord et marraine Margueritte Philippeau.  AD 62, 5 MIR 193/28, vue 1179/1674 page de droite.
  • Claude, fils de Jehan Philippeau et de Frise Villeneufve, est né et baptisé le 22 avril 1640 à Notre Dame de Calais.  Parrains Claude Denois et Guillet Loyseau et marraines Barbe Boulongne et Marie Bucque.  AD 62, 5 MIR 193/28, vue 1222/1674 page de droite.

Baptême Claude Philippeau

Ledit jour, Jehan Philippeau et Frise Villeveufve ont eu un fils baptizé et nommé Claude par Claude Denois et Guillet Loyseau, les parrains, Barbe Boulongne et Marie Bucque, les marraines, et nasquit ledit jour.  L’acte précédent est aussi daté « dudit jour » et celui du haut de la page est daté du 22 avril.  L’acte qui suit le baptême de Claude est daté du 23.  L’encre, sur cette page, a pâli; il faut jouer sur le contraste pour arriver à lire plus facilement.

  • Catherinne, fille de Jean Philippeau et de Frize Villeneufve, est baptisée le 29 janvier 1642 à Notre Dame de Calais.  Parrain Marand Doré et marraine Catherinne Bernard (?).  AD 62, 5 MIR 193/28, vue 1300/1674 page de droite.
  • Marie, fille de Jan Philippeau et de Frize Villeneufve, née le 3, est baptisée le 5 janvier 1645 à Notre Dame de Calais.  Marraine Catherinne Polart et parrain Jan Luto.  AD 62, 5 MIR 193/28, vue 1433/1674 page de gauche.

 

La mère de Claude est généralement appelée Françoise Vandoren.  Le seul acte que je connaissais jusqu’à maintenant où elle était nommée est l’acte de mariage de Claude avec Jeanne Esnard.  L’écriture du vicaire Cadoret d’Ars en Ré se lit relativement bien, mais pour ce qui est de ce nom, il n’est pas évident de le déchiffrer et je comprends qu’on ait pu l’interpréter en Françoise Vandoren.  En y regardant de plus près, ce qu’on pouvait prendre pour une abréviation de Françoise est bien plutôt Frise.  Quant au nom de famille, l’outil numérique se révèle précieux.  En agrandissant le nom, on arrive mieux à le déchiffrer.

Mariage Claude Filippeau et Jeanne Esnard

Le 29è jour d’octobre 1661, dans l’Eglise de St Estienne d’Ars en l’Isle de Ré, ont receu la bénédiction nuptialle en premières nopces Claude P Filippeau, fils de Jean Filippeau et de Frise Villeneufve, de la ville de Callais en Picardie, d’une part, et de Jeanne Esnard, fille de Louis Esnard et de Jeanne Rigaud de cette paroisse, d’autre part, fait lesdits iour et an que dessus les cérémonies de l’Eglise catholique, apostolique et Romaine deuement observées par moy vicaire dudit lieu soubsigné.  Archives départementales de la Charente Maritime, Non coté, BMS Ars en Ré 1658-1669, vue 19/201 page de droite.  (2)

On voit la signature de Claude, qui signe Flippeau.

Voici le nom de la mère de Claude, comme on le voit dans l’acte de mariage quand on l’agrandit:

Frise Villeneufve

et de Frise Villeneufve

Le prénom Frise est clair.  C’est un prénom assez rare en France, mais présent dans le Nord du pays et dans le Gers, entre autres.  La deuxième partie du nom, »neufve » est facile à décripter, mais la première partie l’est franchement moins.  Le V est le même qu’à la ligne suivante dans le mot ville.  Le point de l’i, que ce prêtre trace presque toujours, est juste sous le p de nopces de la ligne du dessus.  Quant aux deux l, on croirait être en présence d’un n.  C’est en parcourant les registres de Notre Dame de Calais, et en trouvant les actes de baptême des enfants de Jean Philippeau et de Frise Villeneufve que j’ai fini par conclure qu’il s’agissait bien de la même Frise.

Un acte de baptême pourrait bien être celui du père de Claude.

Jean, fils d’Hugues Flipeau et de Marie ?????  est baptisé le 18 février 1602 à Notre Dame de Calais.  Parrains Jean le Sueur, prêtre, et Anthoine ????, et marraine Marie Morel.  AD 62, 5 MIR 193/28, vue 493/1674 page de gauche.

Je n’ai rien trouvé qui indiquerait ce qui a poussé ce calaisien à aller se fixer d’abord à l’Ile de Ré, puis à faire le saut vers le Nouveau Monde.  Né au bord de l’océan, on aurait pu le croire marin, ce qui aurait pu l’amener à Ré, mais il était tailleur d’habits.  Certaines personnes, à l’époque comme maintenant, semblent être plus atteints que les autres par le virus de la bougeotte.  Où alors, les aléas de la vie l’auront poussé par deux fois à tenter sa chance ailleurs.

 

Un gros merci à Christelle, qui tient le blog Autant de nos ancêtres… pour son avis sur un acte que je lui avais demandé de regarder, même si elle a douché mes espérances de remonter une génération de plus dans la famille de Claude Philippeau.

 

Note:

(1)  Registre journalier des malades, domestiques et étrangers qui sont traités, qui sortent ou qui meurent en l’Hôtel Dieu de Québec,  1740-1751  Archives du Monastère des Augustines en ligne, HDQ-F5-G1,2/1:5   page 4.

(2)  Comme d’habitude, je développe les abréviations, j’ajoute un peu de ponctuation et les accents pour rendre les actes plus faciles à lire.

 

82. Rouen 1562, Annus Tristior

On trouve parfois dans les registres paroissiaux des textes relatifs aux caprices du temps, grands vents ou grande noirceur, gelées extrêmes ou canicules, inondations ou sécheresses.  On peut aussi parfois y repérer des évocations de l’histoire politique ou religieuse d’une ville, d’une région ou du pays.

Dans les registres de la paroisse de Saint André de la Ville, à Rouen, un prêtre nommé Blacquetot, qui doit être en train de faire une révision ou un classement des archives de la paroisse, inscrit, le 24 août 1705, sur un haut de page de l’année 1562 laissé vierge, une note sur les guerres de religion dans la ville.

1562 Annus Tristior Saint André de la Ville

1562

Annus Tristior

En cette année 1562, les huguenots calvinistes ayant pillé et ravagé toutes les Eglises sur la fin d’Avril, et le 3 may; on y cessa l’office Divin jusques à la Toussaint suivante 1er novembre, après que la ville eut été prise par l’armée du Roy, qui arrêta pour quelques temps la fureur de ces rebelles.  C’est pour cela qu’il n’y a pendant ces 6 mois aucun Baptêmes écrits dans les Registres.  

Dans la marge, le prêtre ajoute ceci:  Les Enfants furent baptisés dans les maisons particulières.  Archives départementales de la Seine Maritime en ligne, 3E 00999 – 1531 – 1586 – Rouen (paroisse Saint-André-de-la-Ville), 52/88 page de droite.

Quelques pages plus loin, sur un feuillet vierge de la même année 1562, une autre note est ajoutée en 1709 par le même Blacquetot:

1562 Annus Tristior Saint André de la Ville 2

 

1562 Année que les calvinistes pillèrent et ravagèrent les Eglises, Estant pour lors archevesque de Roüen Monseigneur le cardinal de Bourbon, et Me Pierre l’Angloys curé de cette Eglise.

On ne trouve dans les Registres aucuns Baptêmes depuis la fin d’Avril 1562 jusque au commencement de novembre, temps de désolation, par où on reconnoitra quelle a été la fureur de ———- ils se cachent sous la peau d’une brebis, quand la force n’est pas entre leurs mains.    La cathédrale porte encore les restes de la fureur de ces malheureux et cette Eglise St André fut entièrement pillée d’ornements et vases sacrés.

Annotavit J. Blacquetot Pter sacrista anno 1709

AD 76 en ligne, 3E 00999 – 1531 – 1586 – Rouen (paroisse Saint-André-de-la-Ville), vue 54/88 page de gauche.

 

Comme il n’y a pas très souvent de guerre avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre, l’histoire montrant que la plupart du temps, la vérité se trouve plutôt dans les différents tons de gris que dans le blanc et le noir, je ne doute pas qu’il puisse se trouver le même type de textes dans les registres des protestants de France à la même époque…

 

81. Etonnant mariage

Dans mon article sur la branche Rocquelin de l’ascendance de Guillaume Dupont dit Leblond, j’ai relevé un acte de mariage qui m’a beaucoup intrigué.  Jehanne Rocquelin épouse Michel le Tellier le 22 octobre 1613 à Saint Cande le Vieux de Rouen.  L’acte est exceptionnellement long pour le registre dans lequel il se trouve, où les actes tiennent en général sur quelques lignes, allant à l’essentiel, alors que celui-ci fait 24 lignes.

Mariage Michel le Tellier Jehanne Rocquelin

« Le mardy  22è jour d’octobre mil six cent traize fut célébré le mariage entre Michel le Tellier et Jehanne Rocquelin, tous deux demeurants en ceste paroisse et de par et suivant l’ordonnance et sentence données entre lesdites parties par Mr l’official de ceste exemption le samedy douziesme jour dudit mois et an, ledit mariage déclaré présompt, et dispense de deux bans donnée par ledit sieur official du XIIIè dudit mois, et ordonnance de Mr le lieutenant général criminel du XVIè dudit mois ——————— intervienne  ( intervenue ? ) pour l’execution de ladite sentence dont il nous est apparu.  Ledit mariage célébré par Messire Michel Desgranges, l’un des chanoines et curé de ladite église en la sepmaine de Messire Petit l’un d’iceux,  en présence de Jehan Godard, clerc, honnête homme Pierre Laigle, premier huissier au bailliage de Rouen, Massiot Rocquelin, père de la fille, Nicolas Rocquelin, son frère, Pierre le Brun, Abel Euldes et plusieurs autres parents et amys ».  AD 76, 3E 00999 – 1612 – 1648 – Rouen (paroisse Saint-Cande-le-Vieux), vue 46/91 page de droite.

Etonnant mariage, qui semble s’être fait sous le coup de la loi, sous la contrainte des ordonnances et sentences de l’Eglise et de la justice.

Les témoins cités, à part le clerc et l’huissier (dont on peut penser qu’ils sont présents pour s’assurer de l’exécution de la sentence) sont tous membres de la famille de l’épouse, ou apparentés à cette famille.

Je me demandais ce qui se cachait derrière cette expression « mariage déclaré présompt ».  La réponse semble bien se trouver dans la Coutume de Normandie, ensemble de textes qui régissaient la vie concrète des personnes habitant dans cette province.

Coustume de Normandie 1620

A la page 287 de l’édition de 1620, dont on voit une page ici, on trouve ceci:

« Mais ce qui a apporté cy devant de la difficulté à la nullité des mariages clandestins, est que quand il s’est trouvé aucun qui sous promesse de mariage avoit pratiqué la compagnie d’une femme laquelle après il refusoit épouser, l’Eglise l’y a contreint, interprétant cela à un mariage présompt, dont aucuns ont voulu conclurre que le mariage clandestin estoit valable, & que la cérémonie qu’on y adioustoit n’estoit que pour le rendre notoire: en quoy ils se sont abusez parce qui l’Eglise n’a pas tenu que ce fust un vray & légitime mariage, sed cum grave puta et fidem fallere, on a estimé qu’un homme ayant surpris sous promesse de mariage la pudicité d’une femme, & après il l’abandonnoit deshonorée n’ayant plus cure de l’espouser, c’estoit un cas indigne & de grande meschanceté, & estoit raisonnable & expédient que s’il vouloit en espouser une autre les prestres n’y passassent pas: au contraire qu’on le condamnast d’épouser celle qu’il avoit ainsi honteusement trompée, & à cette fin feindre, ou comme on dit en droit, présumer qu’il est ia marié à icelle & ne reste plus que la cérémonie à accomplir laquelle on luy enioint. »

Il se pourrait bien que Michel le Tellier ait été forcé d’épouser Jehanne Rocquelin à qui il avait promis le mariage, et de qui il avait « pratiqué la compagnie » avant de la délaisser.  On imagine la concorde et l’harmonie qui devait régner dans un couple comme celui-là, marié par contrainte…  Je n’ai d’ailleurs pas trouvé d’enfants à ce couple.

Il y a bien une autre version, lue dans un autre texte;  un couple qui, après s’être mutuellement promis le mariage, et qui consommait ledit mariage avant la cérémonie, devait aussi être uni devant l’Eglise, même si on considérait que le mariage existait déjà d’une certaine manière.  Je ne pense pas, cependant, qu’on avait besoin, dans ces cas-là, des injonctions, sentences et ordonnances pour accomplir la cérémonie.