165. Jean Lemelin dit Tourangeau

J’aime bien cet ancêtre. Par son mariage, je suis deux fois Brassard. Il est arrivé en Nouvelle France avant 1658. Le 24 mars de cette année-là, il épouse à Notre Dame de Québec Marguerite Brassard, fille d’Anthoine et de Françoise Méry, le couple dont je descends, comme tous les Brassard du Québec et d’Amérique. Anthoine et Françoise sont ainsi mes ancêtres deux fois, à travers leur fils Jean Baptiste et leur fille Marguerite. Je descends de Jean Lemelin et de Marguerite à la neuvième génération par mon père. Tout ceci explique pourquoi j’aimais déjà bien Jean Lemelin. Et ce que j’ai trouvé sur son père en France le rend encore plus intéressant.

Dans son acte de mariage avec Marguerite, Jean est dit originaire de Chartres, en Beauce, et être fils de Noël Lemelin et de Françoise Melaine. J’ai fait à quelques reprises des recherches sur ses parents dans les registres paroissiaux de Chartres. On y croise bien des Lemelin mais je n’y ai pas trouvé Noël et Françoise.

Lors de leur mariage, le 24 mars 1658, Marguerite Brassard a à peine plus de douze ans, étant née le 23 janvier 1646. Elle aura son premier enfant le 15 décembre 1661, alors qu’elle avait presque seize ans. Jean fut maître menuisier et sculpteur. Le couple aura douze enfants entre 1661 et 1688, dont huit se marient. Deux sont morts nourrissons et deux ne laissent aucune trace après leur baptême. Les huit premiers enfants et le dixième sont baptisés à Québec, et les neuvième, onzième et dernier sont baptisés à Saint Laurent de l’Ile d’Orléans, où la famille s’est déplacée.

Marguerite est morte et inhumée le 25 juillet 1709 à Saint Laurent, âgée de 63 ans. Jean la suit moins de dix ans plus tard. Il meurt le 11 et est inhumé le 12 mars 1717 à Saint Laurent. Le prêtre lui donne 80 ans, ce qui indiquerait une naissance vers 1637. Les recensements de 1666, 1667 et 1681 le font plutôt naître en 1631 ou 1632. Il serait alors décédé à plus de 85 ans.

Un point à creuser sur Jean Lemelin. Au printemps 1663, il est à La Rochelle, prêt à s’embarquer vers Québec avec des marchandises qu’il rapporte. Ce voyage aurait-il aussi servi à venir régler la succession de ses parents? J’ai cherché sa trace à Chartres à cette époque, mais je n’ai rien vu. Difficile d’imaginer qu’il vienne à La Rochelle sans faire le détour vers Chartres pour voir les membres de sa famille avant de rentrer à Québec.

Récemment, j’ai repensé à cet ancêtre, et pour la première fois, je me suis attaché à son nom dit. Dans quelques actes qui le concernent en Nouvelle France, Jean est appelé Lemelin dit Tourangeau. Chartres, dont il est dit originaire dans son acte de mariage, n’est pas en Touraine. Sur cette intuition, je suis parti a la recherche des parents de Jean dans la ville de Tours, et un texte très intéressant m’a encouragé à poursuivre dans cette voie.

A Angoulême, lors d’un grave épisode de peste commencé en 1629, où une bonne partie de la population de la ville s’était enfuie, il était de plus en plus compliqué de trouver des personnes qui accepteraient de soigner les malades, et un chirurgien de Chartres, demeurant à Tours, accepta de le faire contre cent vingt livres par mois dans un acte passé devant notaire le 5 octobre 1630. Et ce chirurgien s’appelait Noël Lemelin. L’intuition se confirme. Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, janvier 1886, p 68 (consulté sur Gallica). La somme de cent vingt livres par mois paraît très élevée comparée à d’autres engagements de l’époque. Il s’agit peut-être d’une erreur de transcription, dans la mesure ou un peu plus loin dans le texte, le contrat du chirurgien est prolongé pour trente cinq livres par mois. Cette somme de trente cinq livres est plus proche de ce qu’on trouve ailleurs.

Si ce Noël résidait à Tours, il devait être possible d’en repérer des traces. J’ai passé en revue les registre des différentes paroisses de la ville, et j’ai fini par trouver les actes de baptême de deux frères de Jean dans les registres de Saint Pierre le Puellier.

André Lemelin, fils de Nouel, chirurgien, et de Françoise Mellaine, y est baptisé le 1er novembre 1632. Paroisse Saint-Pierre-le-Puellier : baptêmes, 1627-1641. Paroisse Saint-Étienne : mariages, 1641 ; baptêmes, 1632-1641 6NUM7/261/005Archives d’Indre-et-Loire 172/457G

Nicolas Lhemelin, fils de Nouel, chirurgien, et de Françoise Melaine, est baptisé le 24 janvier 1634. Paroisse Saint-Pierre-le-Puellier : baptêmes, 1627-1641. Paroisse Saint-Étienne : mariages, 1641 ; baptêmes, 1632-1641 6NUM7/261/005Archives d’Indre-et-Loire 196/457D

Au bas de ces deux actes de baptême, on trouve la signature de Nouel (Noël) Lemelin. Je n’ai pas trouvé d’autres traces de Nouel ou de sa femme à Tours.

Signature de Nouel Lemelin au bas de l’acte de baptême de son fils Nicolas le 24 janvier 1634.

En recentrant mes recherches sur Noël Lemelin, chirurgien, et sur la peste, j’ai trouvé quelques textes qui nous permettent de le suivre dans différentes missions qu’il a effectuées à travers la France. Je n’ai pas rencontré beaucoup de mes ancêtres français qui aient autant voyagé dans le pays que Noël Lemelin.

On se souvient que dans le contrat où il s’engageait à soigner les malades à Angoulême en 1630, Noël était dit chirurgien de Chartres résidant à Tours. Dans l’ouvrage d’Eugène de Buchère de Lépinois, Histoire de Chartres, Tome 2, p 405, on trouve ceci dans une note de bas de page:

Jean Dutertre, médecin des pestiférés, étant mort, il fut remplacé le 2 novembre 1628 par Noël Lesmelin, chirurgien d’Orléans. On adjoignit à ce dernier Thomas Prin, dit Lacroix, chirurgien de Nonancourt.

Noël dut donc passer une ou quelques années à Chartres, mais ce texte dit qu’il venait d’Orléans. En était-il originaire, où s’agissait-il simplement de son dernier poste avant Chartres? On sait qu’il est ensuite allé à Angoulême fin 1630. Combien de temps y est-il resté? Les baptêmes de ses enfants à Tours, où il signe les actes en 1632 et 1634 laissent à penser qu’il y était revenu.

La trace suivante nous montre Noël à Reims, en Champagne, en juillet 1635:

L’épidémie continuait. En juillet, les loges que l’on avait fait construire à la Buerie sont remplies; les chirurgiens J. Camuzet, J. Mathieu, Lemelin, Jacques Lebrun, Nic. Froivant se multiplient. Revue de Champagne et de Brie – Volumes 20 à 21, 1886 – Page 457

L’absence du prénom de ce chirurgien nommé Lemelin à Reims me faisait douter qu’il s’agisse de Noël, mais à l’été 1636, il est à Bar-le-Duc, en Lorraine, un peu plus à l’est:

L’autorité municipale se multipliait, s’épuisait, en efforts, à la recherche des moyens pour le soulagement de ces malades. Le 16 juin 1636, elle prit, à bail, pour un an, la maison appartenant au prévôt de Bar, située dans Marbot, afin d’y loger les Carmes qui voulurent bien, au refus du prieur des Bénédictins, se consacrer au soulagement spirituel des pestiférés.

La ville encore engagea maître Lemelin, chirurgien de Chartres, à se fixer, durant une année, dans Marbot, pour traiter les pestiférés envoyés aux loges. Historique de la ville de Bar-le-Duc, François Alexis Théodore Bellot Herment, 1863, page 196

Le premier décembre 1636, Françoise Meline, femme de Noël Emelin, chirurgien, est à Paris. Mathias de la Loire, tapissier, et sa femme, Marie (le notaire inscrit Gastin mais elle signe Gasian), qui demeurent rue Transnonain, paroisse Saint Nicolas des Champs, vendent à Françoise tous et ung et chacun les meubles et autres choses à eulx appartenant estant en la chambre où ladite Meline est demeurante, moyennant la somme de vingt cinq livres. L’acte est court, une seule page, mais je n’arrive pas à démêler les fils de ce que les deux parties se doivent. Françoise a prêté quinze livres au couple. Elle retient trois livres de la somme qu’elle leur doit, a déjà donné douze des vingt cinq livres du prix de la vente et doit payer le reliquat au jour de Noël prochain. De leur côté, de la Loire et sa femme s’engagent à rembourser le prêt que Françoise leur a fait dans les deux mois qui suivent. Les deux affaires sont traitées séparément, alors que la vente des biens contenus dans la chambre suffiraient à éteindre la dette du couple de la Loire.

Dans l’acte, Noël, qui est dit chirurgien à Paris, n’est pas présent. Il doit être à Bar-le-Duc, où il s’est engagé pour un an quelques mois plus tôt. Françoise déclare ne savoir ni écrire, ni signer. L’acte est passé devant le notaire parisien Olivier Gaultier. Archives nationales de Paris, MC/ET/IX/377

Je perds ensuite la trace de Noël jusqu’à 1646, où il semble être à Bordeaux, alors également touchée par la peste:

1646, 13 juin. — Délibération portant qu’il seroit payé à Noël Lémelin, compagnon chirurgien servant à l’hôpital d’Arnaud Guiraud, la somme de 36 livres par mois pour ses salaires (f° 191). Inventaire sommaire des registres de la Jurade, 1520 à 1783 (Volume 3), Archives municipales de Bordeaux, page 577.

Je ne suis pas tout à fait certain qu’il s’agit du même Noël; celui-ci est qualifié de compagnon chirurgien, alors que le père du pionnier est, dans les années précédentes, qualifié de maître chirurgien. Le Noël de Bordeaux pourrait être un fils qui aurait suivi les traces de son père.

D’où venait Noël Lemelin et où est né son fils Jean ?

Dans Histoire de Chartres, cité plus haut, Noël Lemelin était dit d’Orléans. J’ai évidemment cherché des traces de sa présence dans cette ville, et j’en ai trouvé une.

Françoyse, fille de Noël Lamelin, maître chirurgien, et Françoyse Meline, est baptisée le 23 décembre 1628 à l’église Saint Paterne d’Orléans. Parrain Mathurin Berry et marraine Philippe Lemelin, femme de Françoys Drouault, joueur d’instruments. Baptêmes (1627-1637) mariages (1631-1632), 1627 – 1637, 3 NUM 234/1272, 39/280D Contrairement aux actes de baptême des deux enfants nés à Tours, Noël ne signe pas. Il n’est probablement pas présent, puisqu’il s’est engagé à aller soigner les pestiférés à Chartres le 2 novembre précédent. Philippe Lemelin signe. Elle est certainement parente de Noël, soeur, cousine ou tante.

Noël était-il originaire de Chartres, ou d’Orléans, selon ce qu’on voit dans ses contrats d’engagement? Quant à Jean, j’ai cherché son acte de baptême dans les registres paroissiaux d’Orléans, de Chartres, de Tours et d’Angoulême entre 1625 et 1640, sans succès. Je suppose que Noël ne devait pas installer sa famille dans les villes fortement touchées pas la peste dans lesquelles il a travaillé. Françoise Melaine et ses enfants devaient rester en lieu plus sur, mais où? On peut supposer que Jean, leur fils, dont les recensements de la Nouvelle France estimaient la naissance vers 1631 ou 1632, est probablement né entre le baptême de sa soeur Françoise, en décembre 1628, et le baptême de son frère André, en novembre 1632, mais son acte de baptême reste à trouver.

Carte de France de Charles Avril, Léautaud éditeur, Paris, 1840, Gallica. On peut voir l’arc de cercle dans lequel Noël a laissé des traces. J’ai marqué Orléans en rouge, Chartres en bleu, Tours en vert, Angoulême en jaune, Reims en violet, Bar-le-Duc en orange, Paris en brun et Bordeaux en noir.

Noël Lemelin s’était peut-être fait une réputation, ou peut-être cherchait-il à s’en forger une, dans le soin des pestiférés, puisqu’il est recherché et engagé dans ces différentes villes . Certains chirurgiens (ils n’étaient pas médecins à l’époque) avaient dû, par la force des choses, par nécessité face à la virulence de cette épidémie qui se propagea sur plusieurs années dans le royaume, se faire une spécialité de ce travail risqué. Plusieurs d’entre eux y laissèrent leur vie.

La peste fit des ravages en Europe et en France depuis le milieu du XIVè siècle jusqu’au XXè siècle et sa quasi éradication. Des poussées plus ou moins violentes sont relevées localement tout au long de ces siècles. Le XVIIè siècle, où vécut Noël Lemelin, en compte plusieurs dans toute la France.

L’image est connue, les médecins de la peste portaient un costume (qui peut varier) et des accessoires très couvrants afin de se protéger de la maladie. Un long manteau de toile cirée allant de la tête aux cheville, un chapeau par dessus, un masque en forme de tête d’oiseau à long bec dans lequel on déposait de la thériaque, composition pharmaceutique d’une cinquantaine d’ingrédients, réputée antiseptique, pour protéger de la contagion. Posés sur le masque, des bésicles protégeaient les yeux. Le chirurgien portait enfin des gants, et dans une main, il avait une longue baguette qui lui permettait de ne pas toucher directement les malades. Une gravure célèbre d’un médecin de Rome représente ce costume que Noël a peut-être porté. Doctor Schnabel signifie « Docteur Bec », surnom qu’on donnait à ces courageux qui acceptaient de soigner les pestiférés.

Charles Delorme, premier médecin de Louis XIII, décrit en 1619 le costume qu’il préconise pour se protéger lors du traitement des pestiférés, et cette description est très proche de celle qu’on peut voir sur la gravure ci-dessus, datée de 1656. On peut lire cette description dans l’article suivant:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Costume_du_m%C3%A9decin_de_peste

Dans un second article, j’exposerai ce que j’ai trouvé sur la famille de Noël Lemelin et de Françoise Melaine, et les possibles grands-parents de Jean le pionnier.

164. Pierre le Tellier, du nouveau

J’ai déjà publié deux articles sur Pierre le Tellier. Dans le premier, j’avais indiqué ce que j’avais pu trouver à partir du contrat de mariage de Pierre avec sa première épouse, Claude Buselin, qui jusque là était resté inconnu. Tout ce qu’on apprenait sur les parents de Pierre était le fait qu’ils étaient tous les deux décédés au moment de la signature du contrat.

J’avais, dans un second article, exposé ce qui était arrivé dans la seconde vie de Pierre, en Nouvelle France.

Un acte que j’ai consulté récemment nous en apprend un peu plus sur Pierre et ses parents. Le 30 octobre 1685, trois mois après son contrat de mariage avec Claude Buselin, Pierre est devant Jean Le Camus, lieutenant civil. Il est dit âgé de dix neuf ans ou environ, donc mineur, marié à Claude Buslin et seul héritier de défunts Pierre le Tellier et Marie Chevalier, ses père et mère. Archives Nationales de Paris, Registres des tutelles, Y//4004/B

Pierre explique que ses parents ont pris un bail à rente de Marie Lezier, veuve de Germain Le Mire, vivant maître jardinier, sur une maison sise grande rue des Porcherons. Dans son contrat de mariage, Pierre déclarait demeurer dans ce quartier, et Marie Lezier était présente et signait en fin du contrat à titre d’amie du futur époux.

Pour bien se représenter les lieux, le chemin des Porcherons partait de l’ancienne porte Gaillon vers le nord-ouest et menait au château qui avait donné son nom au quartier. La rue de la Chaussée d’Antin a repris le tracé de ce chemin. Le chemin croisait la rue des Porcherons perpendiculairement. Une partie de la rue Saint Lazare, entre l’église de la Trinité et l’église Notre Dame de Lorette, reprend le tracé de la rue des Porcherons. Celle-ci revenait vers Paris sur une portion de l’actuelle rue Montmartre.

Le quartier des Porcherons en 1722. Le plan de Paris, ses faubourgs et ses environs. Commencé en 1716 et achevé en 1722, le 3e mars. Nicolas de Fer, auteur présumé. Bibliothèque historique de la ville de Paris. (Extrait). J’ai marqué en vert le chemin des Porcherons, en rouge la rue des Porcherons et en bleu, la rue Montmartre.

Pierre indique que la maison est plus amplement décrite dans l’acte de bail à rente passé le 17 octobre 1683 devant Moufle et Malingre, notaires à Paris. Il demande à pouvoir se désister, avec l’accord de la propriétaire, de ce bail qu’il n’arrive pas à honorer parce que les loyers que génère la maison ne lui permettent pas de payer la rente. Le Camus a fait réunir, selon la formule rituelle, les parents et amis de Pierre, puisqu’il est mineur, afin qu’ils donnent leur avis sur cette demande. Aucun parent, oncle, tante, cousin ou cousine n’est présent. Les personnes réunies sont toutes des amis, plusieurs étant charpentiers ou compagnons charpentiers, et c’est François Baudeau, boulanger, qui est élu tuteur de Pierre à l’effet de ce désistement.

Jean Le Camus accepte la demande de Pierre et de son tuteur, puisque la veuve Le Mire est d’accord. Pierre sera déchargé de la rente et Marie Lezier restera propriétaire de la maison.

Cet acte de tutelle nous apprend que Pierre fils, âgé d’environ dix neuf ans en octobre 1685, avait dû naître vers 1666, et qu’il était le seul héritier de ses parents, donc seul enfant, ou seul enfant vivant de ses père et mère. On découvre aussi que Pierre le Tellier père et Marie Chevalier sont morts entre le 17 octobre 1683, où ils prennent le bail, et le 22 juillet 1685, date ou est conclu le contrat de mariage de leur fils, et où ils sont dits décédés tous les deux. J’ai cherché dans les répertoires des notaires du quartier de Saint Eustache entre octobre 1683 et fin 1685, mais je n’ai pas trouvé trace des testaments ou inventaires après décès de Pierre le Tellier père ou de Marie Chevalier.

Je suis allé consulter l’acte original du bail à rente passé par les parents de Pierre avec Marie Lezier. AN de Paris, minutes du notaire Jules Malingre MC/ET/XIII/101. Il ne nous révèle malheureusement que peu de nouveau. On y apprend que Pierre le Tellier, voiturier par terre, et Marie Chevalier, au moment où ils prennent ce bail à rente, habitent déjà dans la maison concernée depuis quatorze ans. Marie Lezier en est propriétaire par héritage de son père, Jean Lezier, maître jardinier. On voit, à la fin de l’acte, que Pierre le Tellier sait signer. Marie Chavalier déclare ne savoir ni écrire ni signer.

Signature de Pierre le Tellier en fin du bail à rente du 17 octobre 1683.

La rente prévue par l’acte est de quarante livres par an, rachetable pour huit cent livres.

Si Pierre le Tellier et Marie Chevalier habitaient dans la maison appartenant à la famille Lezier depuis quatorze ans avant de signer ce bail à rente, ils avaient dû signer au fil de ces années un bail à loyer (ou plusieurs). Je ne suis pas arrivé pour l’instant à trouver avec qui ils avaient conclu ces baux; peut-être Jean Lezier, le père, ou Marie et son mari, Germain Le Mire.

Un détail intéressant, la grand-mère paternelle de Marie Lezier était née Tellier, ou le Tellier selon les actes. Cependant, ni dans le bail à rente, ni dans le contrat de mariage de Pierre le Tellier fils avec Claude Buselin, Marie Lezier n’est dite parente ou alliée des le Tellier.

Un détail encore. On ne trouve aucun parent, ni paternel ni maternel, dans le contrat de mariage de Pierre le Tellier fils, non plus que dans l’avis sur le désistement du bail à rente qui le concerne. Il était enfant unique, ou unique enfant survivant de ses parents. Ceux-ci étaient-ils parisiens de fraîche date, leurs familles vivant ailleurs dans le pays, ou étaient-ils, eux aussi les derniers rejetons de leurs familles? Je vais continuer de chercher. La réponse reste encore à découvrir.

163. Claude et Dominique Jutras

Ces deux frères, dont je suis a peu près certain qu’ils ne sont pas venus en Nouvelle France en même temps, s’y sont installés, s’y sont mariés et y ont implanté une descendance nombreuse. Leurs mariages se sont tenus à 27 ans d’intervalle. Ils déclarent tous les deux être fils de Pierre Jutras (c’est ainsi que le nom s’est normalisé au Québec) et de Claude Boucher, de la paroisse Saint Severin de Paris.

Les frères Jutras en Nouvelle-France

Claude serait arrivé en Nouvelle France en 1654 comme soldat. Il est témoin, le 29 mars 1655, d’un contrat de mariage (que je n’ai pas consulté).

Son contrat de mariage avec Elizabeth Radisson, soeur de l’explorateur Pierre Esprit Radisson, est passé le 8 octobre 1657 devant le notaire Séverin Ameau. Je n’ai pas non plus vu ce contrat. Le mariage religieux s’est tenu le 5 novembre 1657 à Trois-Rivières. Claude y est appelé Jutrat dit La Vallée. Lors du recensement de 1666, Claude vit à Trois Rivières, et on le dit âgé de 36 ans. Il serait donc né vers 1630.

Claude a porté les deux prénoms de ses parents. La plupart du temps appelé Claude dans les actes où il figure, il est aussi parfois nommé Pierre, comme son père.

Le couple Jutras – Radisson aura 9 enfants entre 1658 et 1678, dont six se sont mariés.

  • Madeleine en 1658
  • Marie en 1660
  • Claude en 1664
  • Pierre en 1667
  • Elisabeth en 1669
  • Catherine en 1671
  • Marie Josephe en 1673
  • Françoise en 1677
  • Jean Baptiste en 1678

Claude et Elizabeth devaient jouir d’une certaine considération dans leur milieu, puisque leurs enfants ont épousé des enfants des familles de notables et seigneurs de la région de Trois-Rivières, les Godefroy de Tonnancour, Godefroy de Linctôt, Poulin de Saint Maurice, Mouet de Moras, Crevier et Tourillon.

Dans un acte du 30 septembre 1660, Claude est dit matelot de la chaloupe de Monsieur de la Potterie. Quelques autres pièces des mêmes années traitent du transport de marchandises entre Québec et Trois-Rivières. Jusqu’à sa disparition, il sera dit habitant, il possède des terres à Trois-Rivières, marchand et bourgeois de la ville.

Claude est présent dans un grand nombre de pièces de la juridiction royale des Trois-Rivières, entre 1657 et 1698, soit comme demandeur, soit comme défendeur et parfois comme témoin. Ces pièces illustrent, ce qui a souvent été relevé, l’usage très fréquent, voire immodéré, de la justice par nos ancêtres, pour trouver une solution aux différends qu’ils avaient entre eux. Deux actes de décembre 1695 traitent même d’une affaire entre les deux frères Jutras, au sujet d’une terre et des grains qu’elle a produits. Claude et Dominique sont renvoyés hors cour afin de trouver une solution.

Claude Jutras est mort à une date inconnue, avant le 29 mars 1705. Ce jour-là, devant Jean Baptiste Pottier, notaire aux Trois-Rivières, Antoine LePelé Demarest et son épouse, Barbe Godefroy de Saint Paul, renoncent à la succession de défunt Claude Jutras et à la future succession d’Elisabeth Radisson, grands parents de Barbe. Les enfants et petits enfants de Claude et Elisabeth ont conclu un accord à l’amiable sur la succession de Claude afin d’assurer l’entretien de leur mère et grand-mère après le décès de son mari. Elisabeth est inhumée le 11 mai 1722 à Trois Rivières sous le nom d’Elizabeth LaValée, et le prêtre la dit âgée de 86 ans.

Dominique Jutras est présent en Nouvelle France au moins depuis l’année 1664. Le 24 septembre, il est parrain de Claude, fils de son frère Claude et d’Elisabeth Radisson, baptisé à Trois Rivières. Il est donc arrivé cette année-là ou peut-être avant. Il est recensé en 1681 à Nicolet, et on le dit âgé de 38 ans, ce qui indiquerait une naissance en 1643. Son contrat de mariage avec Marie Niquet est signé sous seing privé le 8 janvier 1684 dans la maison des parents de Marie, à Saint François du Lac, et déposé devant le notaire Anthoine Adhémar le 18 janvier 1684. Claude est présent et signe le contrat, de même que Dominique, tous les deux d’une écriture qui n’est pas très assurée. Une troisième signature au nom de Jutra figure au bas du contrat, celle de Pierre Jutra, qui doit être le fils de Claude né en 1667, et qui avait alors 17 ans. Sa signature est plus fluide que celles de son père et de son oncle.

Signatures en fin du contrat de mariage de Dominique Jutras et de Marie Niquet. En rouge, j’ai entouré celle de Claude, en vert, celle de Dominique, et en bleu, celle de Pierre, fils de Claude.

La cérémonie de mariage de Dominique a lieu le 9 janvier 1684 à Sorel. Le couple aura sept enfants entre 1686 et 1698, baptisés à Trois Rivières, sauf un dont l’acte de baptême n’a pas été retrouvé.

  • Marie en 1686
  • Michel en 1688
  • Dominique en 1690
  • Jean Baptiste vers 1692
  • Catherine en 1694
  • Madeleine en 1695
  • Françoise en 1698

Dominique est inhumé le 26 mars 1699 à Trois Rivières. Marie Niquet, sa veuve, se remarie le 20 juillet 1699 à Trois Rivières avec François Péloquin. Elle est inhumée le 29 novembre 1706 à Trois Rivières.

Claude et Dominique sont nommés de différentes façons dans les actes en Nouvelle France: Jutra, Jutras, Juttra, Juttras, Joutra, Joutras, Jutrat. Claude est parfois simplement nommé La Vallée, son nom dit. Dominique porte le nom dit Desrosiers. Voici deux autres signatures des frères Jutras.

Signature de Claude en 1683. Claude Jutraz.
Signature de Dominique en 1688. Dominique Iutra.

Leur origine en France

J’avais cherché à plusieurs reprises leurs parents à Paris. Ne trouvant rien au nom de Jutras, je me suis tourné vers le nom de leur mère, Claude Boucher. C’est ainsi que j’ai pu finalement trouver leur contrat de mariage.

Pierre Geotraz et Claude Boucher passent leur contrat de mariage le 12 juillet 1629 à Paris devant le notaire Richard Bourgeois, AN de Paris, MC/ET/C/158. Ni Pierre ni Claude ne savent signer. Pierre est cocher, il ne nomme malheureusement pas ses parents, mais il dit demeurer rue Saint Antoine, et être natif de Flogny, à six lieues d’Auxerre, près de Saint Florentin. Flogny est aujourd’hui en Bourgogne, dans le département de l’Yonne, à la frontière de ce département avec celui de l’Aube.

Carte particulière de la duché de Bourgogne, 1625-1650 (Gallica) Détail. J’ai entouré en rouge Auxerre, en bas, Saint-Florentin, en haut, et Flogny, au centre.

On retrouve des Jotterat à Flogny. Le premier acte des registres qui sont conservés pour cette commune est l’acte de baptême de Pierre Jotterat, fils de Jehan et de Jehanne Jay, baptisé le 8 juillet 1599. Il s’agit peut-être de l’acte de baptême du père des pionniers, mais rien, cependant, ne permet de l’affirmer. Ce Pierre aurait eu 30 ans lors du contrat de mariage de Pierre Geotraz et de Claude Boucher.

Claude Boucher est dite usante et jouissante de ses droits, fille de défunts Pierre Boucher, vivant faneur de ????, et de Jeanne Le Maire, jadis sa femme. Elle demeure dans la maison de Thoinette Baurain, sa maîtresse, veuve de François Lechasseur, vivant marchant fruitier à Paris. Les témoins de Pierre comme ceux de Claude sont tous des amis, aucun n’est apparenté aux futurs époux, ce qui pourrait plaider pour une origine hors de Paris. Je n’ai rien trouvé sur les parents de Claude Boucher, ni à Paris, ni ailleurs.

Claude Jutras dit la Vallée et Dominique Jutras dit Desrosiers étaient donc bourguignons par leur père, et leur nom était plutôt Jotterat, tel qu’on le trouve en Bourgogne, mais l’origine de leur mère reste inconnue.

Je ne descends d’aucun des deux frères, mais j’ai pensé descendre de Claude pendant quelques années. Mon ancêtre Joseph Fournier a épousé en 1813 Elisabeth Defond Lamy, descendante à la 5è génération de Claude Jutras. J’ai mis du temps a découvrir que le fils de Joseph, également nommé Joseph et dont je descend, n’était pas le fils d’Elisabeth, mais d’une amérindienne avec laquelle Joseph père avait été lié avant son mariage. Claude Jutras fait partie de ceux que j’appelle en plaisantant mes anciens ancêtres.

Un possible parent de Claude et Dominique

Le 28 novembre 1633, un possible parent des frères Jutras – Jotterat passe un contrat de mariage à Paris, devant le notaire Nicolas Bauldry. Archives Nationales de Paris, MC/ET/XIX/405 Jacques Joutterat, maître painctre et vitrier à Erville, demeurant audit lieu d’Erville, de présent en cette ville, fils de feu Anthoine Joutterat, vivant aussy maître painctre et vitrier audit lieu d’Erville et de Hilarde (?) Letregne (?), ses père et mère passe ce contrat de mariage avec Elleine Vidy, veuve de Rolland Fusilier, qui stipule pour leur fille Denise. Le seul témoin de Jacques est un ami, valet de chambre de Monsieur Chaillou.

Le Fonds Laborde garde la trace de leurs fiançailles et de leur mariage, qui se sont tenus à l’église Saint Sulpice, paroisse où résidait Denise. Les fiançailles eurent lieu le 30 novembre et le mariage le 1er décembre. La personne qui a retranscrit les registres anciens donne à l’époux le nom de Jacques Joustrard. Il est bien maître peintre vitrier, et il est natif d’Hervy le Chastel, au diocèse de Sens. Ses parents ne sont pas nommés dans cet acte.

Le village dont est originaire Jacques est Ervy le Châtel, qui se trouve dans le département de l’Aube, à un peu plus de 10 kilomètres de Flogny, d’où venait Pierre Geotraz, père des pionniers. Ils sont à Paris dans la même période, et se marient à quatre ans d’écart. Pierre n’est pas nommé, ni dans le contrat, ni dans l’acte de mariage de Jacques, pas plus que Jacques dans le contrat de mariage de Pierre.

Le 26 février 1644, dans l’égise Saint Nicolas des Champs de Paris, Denise Phiselier (sic) veuve de Jacques Joutra, vivant peintre vitrier, est marraine de Denise, fille de Pierre Joutra, charpentier, et de Claude Granpère, demeurant rue de Périgueux. (Fonds Laborde) Le prénom et le nom du père sont les mêmes que celui des pionniers, le prénom de la mère également. Dans son contrat de mariage avec Claude Boucher, Pierre était cocher. Aurait-il pu devenir charpentier? Claude Granpère pourrait-elle être Claude Boucher, ou une seconde épouse de Pierre Geotraz? Encore une hypothèse tentante, mais que rien ne valide.

Denise Fuselier, parisienne (Dionysiam Fuselier, parisinam, l’acte est rédigé en latin), épouse Marin Bonnerot le 4 mai 1648 à Epineau les Voves, dans l’Yonne, à un peu moins de 40 kilomètres d’Ervy le Châtel. Il pourrait s’agir de la même Denise, veuve de Jacques Joutra en 1644 et remariée en 1648 dans la région d’origine de son mari.

162. Les hypothèses: Jean-François et Marie Françoise Laguerce

Jean François Laguerce arrive en Nouvelle France avant 1713. Le 25 mai de cette année-là, il épouse Marie (Marguerite) Lefebvre dite Laciseray à Trois Rivières. Jean François est « sergent de la Compagnie de Monsieur Le Gardeur dans les troupes entretenues dans ce pays, fils de Jean François La Guerse, receveur des droits du Roy et bourgeois de Paris et de damoizelle Marie Catherine Plagnolle, diocèse de Paris et de la paroisse Saint Paul« . Marguerite est nommée Marie Lefébure de la Serisay, fille de défunt Sieur Michel Lefébure, vivant bourgeois de cette ville, et de Catherine Trottier.

Jean-François était arrivé à Trois Rivières au moins six mois avant son mariage, puisque Marguerite Lefébvre accouche d’un premier enfant, Antoine François, trois mois après la cérémonie. Le couple aura six enfants baptisés à Trois Rivières, dont quatre atteindront l’âge adulte et se marieront. Je descends par ma mère de Jean-François et de Marie Marguerite à la 9è génération à travers leur dernier fils, Nicolas.

Marguerite Lefebvre est inhumée à Trois Rivières le 4 mai 1724, âgée de 37 ans. Jean François Laguerce se remarie le 2 janvier 1727 à Trois Rivières avec Marguerite Bissonnet, avec laquelle il aura cinq autres enfants. Il meurt le 27 septembre 1754 à Trois Rivières, toujours qualifié de sergent dans les troupes, et on lui donne 69 ans, ce qui le ferait naître vers 1685.

La soeur de Jean François, Marie Françoise, est à Québec presque dix ans avant le mariage de son frère. Le 3 novembre 1705, elle épouse à Québec Philippe le Saulnier, écuyer sieur de Saint Michel, originaire de Clainchard (?) dans l’évêché de Bayeux. Françoise est dite fille de François La Guerche et de dame Jeanne Plagnolle, de la paroisse Saint Paul de Paris. J’ai parlé, dans un article récent sur Marguerite Laverdure, du problème des prénoms et noms des parents tels qu’on les lit dans les actes notariés ou religieux en Nouvelle France, et qui ne correspondent pas toujours à ce qu’on trouve en France. On voit ici que la soeur et le frère ne donnent pas le même prénom à leur mère.

On peut se demander ce qui a poussé deux membres de la même famille à quitter leurs parents, à Paris, pour aller faire leur vie de l’autre côté de l’océan. Jean François est militaire, et pour plusieurs jeunes hommes, le Nouveau Monde était une opportunité pour se faire une place plus rapidement qu’en France. Sa soeur fait ce qu’on appelait un « beau mariage ». Françoise et Jean François viennent d’un milieu où on vit honorablement, voire confortablement, ils ne sont orphelins ni de père ni de mère. Pourquoi partent-ils?

Peut-on imaginer un lien familial avec la Nouvelle France? Douze ans avant le mariage de Marie Françoise La Guerce et vingt ans avant celui de son frère Jean-François, Antoine Planiol (ou de Planiolle), « lieutenant au détachement de la Marine en ce pays et commandant au Fort de Saint François » signe son contrat de mariage avec Charlotte Giguère, veuve de Laurent Philippe de la Fontaine, de Saint François [du Lac] le 23 octobre 1693 devant François Genaple, notaire à Québec. Le 25 octobre, le couple se marie à Notre Dame de Québec. Antoine est dit lieutenant en pied commandant la Compagnie de Monsieur de Menicy. Antoine déclare être fils de Barthélémy Planiol et de Marie Bizard (acte de mariage) ou Bizarde (Contrat de mariage) de la paroisse Sainte Anne de Montpellier.

Antoine Plaignol est né le 1er mai 1648, et a été baptisé le 15 du même mois au temple protestant de Montpellier. Il est le fils de Barthélémy et de Marie de Bizard. https://archives-pierresvives.herault.fr/ark:/37279/vta557bac0639afc/daogrp/0/168

Jean-Paul Macouin a retracé les baptêmes de ses six sœurs, dont l’une est nommée Catherine, baptisée en 1642, et une autre qui porte le prénom Jeanne, née le 8 mars, et baptisée le 6 avril 1654. Cette Jeanne pourrait être la mère de Jean-François Laguerce, né vers 1685, et de Marie Françoise, sa soeur, née vers 1687.

Antoine Plagnol meurt le 3 et est inhumé le 4 avril 1705 à Saint François du Lac, quelques mois avant que Françoise Laguerce n’arrive en Nouvelle France. Dans l’hypothèse d’un lien de parenté, Françoise Laguerce aurait pu quitter la France pour rejoindre son oncle sans savoir que celui-ci était décédé.

Antoine Plagnol et Jean François Laguerce ont tous les deux été officiers dans les troupes de la Marine, à Trois Rivières, ou proche de cette ville. C’est peut-être un hasard, mais le lien de parenté pourrait aussi expliquer cela.

Rien, dans les actes connus jusqu’à maintenant, ne permet de faire un lien formel entre Antoine Plagnol et les enfants Laguerce. Des pièces d’archives viendront peut-être infirmer ou confirmer cette hypothèse.

Le père des pionniers à Paris

François La Guerce, père des deux pionniers, est présent à Paris le 21 juillet 1715 devant le notaire Gabriel Mesnil, à titre d’oncle de la future épouse, lors de la signature du contrat de mariage entre Nicolas Garnier, jardinier, avec Jeanne Marie Fleury, fille de défunts Antoine Fleury, maître cordonnier à Paris, et de Marie Laguerche. François est dit employé dans les affaires du Roy, oncle maternel. Jean Delahaye, cousin de l’épouse, est également présent. On trouve, en fin de contrat, la signature de François La Guerce (il signe Laguerce), et juste au-dessus de la sienne, la signature de sa nièce.

Je n’ai malheureusement rien trouvé de plus sur Marie Laguerche, tante des pionniers, et son mari, Antoine Fleury. Le 5 novembre 1690, Marie renonce à la succession de son époux devant le notaire Noël de Beauvais. Pas de chance, alors que les minutes de ce notaire sont pratiquement complètes, celles de l’année 1690 sont perdues. On ne trouve la trace de cet acte que dans son répertoire.

161. Jehan le Blouf, l’oncle.

Alors que j’avais publié l’article précédent sur l’ascendance de Jean Blouf depuis quelques jours, je suis tombé par hasard, dans le répertoire d’un notaire, sur un acte d’apprentissage concernant un Jehan le Blouf. Je suis allé consulter cet acte, et c’est bien le grand-père du pionnier qui place un de ses fils en apprentissage.

Jehan le Blouf, maître tainturier demeurant en la ville Saint Marcel, Grande rue Mouffetard, paroisse Saint Martin, place son fils Jehan, âgé de 14 ans, en apprentissage auprès de Pierre Desmoullins, maître savetier demeurant dans la même rue, pour trois ans. Archives nationales de Paris, minutes du notaire Jean I Charles, MC/ET/XVIII/174

Ce Jehan fils est un frère d’Antoine, certainement son aîné, et oncle du pionnier. Âgé de 14 ans en 1622, il est né vers 1608 et, portant le même prénom que son père, il est probable qu’il soit le premier fils de la famille.

On trouve, en fin de contrat, les signatures du père et du fils. Celle du père est identique à celle qu’on voit dans le contrat de mariage d’Antoine, le père du pionnier.

Signature de Jehan Blouf en 1622.
Signature de Jehan Blouf en 1641
Signature de Jehan Blouf fils en 1622.

Le notaire donne au père et au fils le nom « le Blouf », mais ils signent tous les deux Blouf.

J’aime bien ces contrats d’apprentissage, et les clauses qu’on y trouve. Dans celui-ci, le maître s’engage à montrer et apprendre tout ce qu’il convient de connaître pour exercer le métier, il s’engage également à loger et nourrir l’apprenti. L’apprenti s’engage à apprendre son métier de son mieux, obéir et servir son maître de toutes les façons licites et honnêtes qu’il plaira au maître de commander pendant les trois ans du contrat. Jehan Blouf père s’engage à fournir à son fils les vêtements, chaussures et linges dont il aura besoin. Les contrats d’apprentissage se négocient avec ou sans versement d’argent. Ici, Jehan père et Desmoullins se sont entendus pour une somme de vingt sept livres, dont la moitié, treize livres et dix sols sont versés au maître le jour même, et le reste sera versé dans 18 mois.

Une clause que je trouve savoureuse est celle qui prévoit qu’en cas de fuite ou de « département » de l’apprenti, son père s’engage à le rechercher dans la ville de Paris et dans sa banlieue pour le ramener chez son maître afin qu’il termine son contrat.

Je n’ai pas, pour l’instant, trouvé d’autre acte où apparaît Jehan Blouf père, ni Jehan Blouf fils.

160. Jean Blouf

Jean Blouf (Blouffe) est un pionnier arrivé en Nouvelle France vers 1666. Il est recensé, cette année-là, comme savetier, domestique engagé. On lui donne 23 ans, ce qui le ferait naître en 1643. Son contrat de mariage avec Marie Magdelaine Guilleboeuf, fille du roy d’origine rouennaise, est passé devant Bénigne Basset le 30 mai 1669, et le mariage est célébré le 24 juin suivant à Notre Dame de Montréal.

Ils auront sept enfants, les trois premiers baptisés à Boucherville, les deux suivants à Contrecoeur et les deux derniers à Montréal. Cinq d’entre eux atteignent l’âge adulte et se marient. Jean Blouf meurt et est inhumé le 15 avril 1700 à Montréal. Je suis son descendant à la 9è génération par ma mère, à travers sa fille Geneviève.

A Paris, son frère Antoine, cordonnier comme leur père, passe son contrat de mariage avec Elaine (Hélaine, dans le répertoire du notaire) Vaudreuille le 20 avril 1687 devant Antoine Lorimier (acte repéré par Jean-Paul Macouin). Antoine Blouf père est toujours vivant et présent. Le notaire inscrit qu’Antoine est fils d’Antoine Blouf et de defunte Geneviefve de May. Le mot défunte est bien rayé, ce qui indiquerait qu’elle est toujours vivante, mais il n’est plus question d’elle dans le contrat, et elle ne figure pas parmi les témoins.

J’ai déjà, en 2018 et 2019, consacré deux articles à l’ascendance de Jean Blouffe, dont le nom est devenu Plouffe en Nouvelle France. J’avais ainsi fait sortir de l’oubli sa grand-mère paternelle, Cantienne Dufriche, dans un premier article que vous pouvez lire ici. Dans le second, j’avais remonté l’ascendance de sa grand-mère maternelle, Perrette Marinier. Vous pouvez le lire ici.

Dans les dernières semaines, j’ai trouvé du nouveau sur son grand-père maternel, Claude de Metz. J’avais indiqué, dans l’article sur Perrette Marinier, qu’elle avait eu un premier mariage avec le rôtisseur Jean Roussel, mais que je n’avais pas trouvé quand Roussel était décédé, ni quand Perrette s’était remariée avec Claude. C’est le contrat de Claude et de Perrette que j’ai pu parcourir récemment.

Ce contrat est passé devant le notaire parisien Jean I Charles (Archives Nationales de Paris MC/ET/XVIII/160) le 11 juin 1615, un peu plus d’un an après le premier contrat de mariage de Perrette. Je me suis étonné de ce court laps de temps entre les deux contrats, d’autant plus que Perrette, dans son contrat avec Claude Demetz, n’est pas dite veuve.

Soit le premier mari de Perrette est mort très rapidement, sans qu’ils aient eu d’enfants, ou alors ce contrat a été annulé, ce dont je n’avais pas trouvé trace. Cependant, un Jean Roussel, rôtisseur, épouse Marie Bessin avant 1617 à Paris, et il est présent dans les minutes notariales et certains actes religieux (Fonds Laborde) jusqu’en 1636. Il pourrait s’agir du même Jean Roussel.

Je suis revenu vers le contrat de mariage de Jean Roussel et de Perrette Marinier, et je l’ai relu. A la suite du contrat, une page particulièrement difficile à déchiffrer, que j’avais prise pour la quittance que les époux signent habituellement pour indiquer qu’ils ont bien reçu les sommes que les parents de la future mariée ont promis dans le contrat de mariage, est en fait le renoncement de Jean et Perrette. Les deux contractants ainsi que les parents de Perrette, de leur bon gré et de bonne volonté, se sont respectivement désistés et despartis du contrat qu’ils avaient signé. Cette renonciation est faite le 23 mai 1614.

Revenons au contrat de mariage de Claude et de Perrette. Claude Demetz, marchand laboureur demeurant à Saint Marcel lez Paris, Grand Rue Mouffetart stipule pour son fils Claude, marchand chandelier. Le nom de la mère du futur époux n’est pas donné. Anthoine Marigné et Marie Pougeot stipulent pour leur fille Perrette. Cet acte, ainsi que d’autres que j’ai consultés dans cette deuxième campagne de recherche sur cette famille, me permettent de corriger le nom de la mère de Perrette, que j’avais mal interprété à l’époque. Elle se nommait Marie Poujot (ou Pougeot, ou Poujault), et non pas Pousot comme je l’avais pensé il y a trois ans.

Le contrat ne nomme donc pas la mère de Claude. Ses témoins sont Thomas Jolly, maître batteur d’or et d’argent à Paris, cousin, Guillaume Girard, marchand de vins, ami, Pierre Vigno et Pierre Vallet, maîtres boulangers à Paris, alliés. J’ai cherché le lien de cousinage entre Claude de Metz et Thomas Jolly, mais je n’ai pas encore trouvé. Dans son propre contrat de mariage, Thomas Jolly est dit fils de François, aussi batteur d’or et d’argent, et de défunte Marguerite de Navarre. AN de Paris, minutes du notaire Jean Chazeretz MC/ET/I/31.

Les témoins de Perrette sont Pierre Gras, maître charcutier, beau-frère, Lubin Vincenot, du même métier, oncle, Robert et Pierre Jubin, du même métier et bourgeois de Paris, oncles, Jehan Pougeo, marchand fruitier, Sébastien Bocquet, marchand de vins, Hillaire Maheu, marchand de chevaux, Adrian Chevaulché, marchand épicier, tous bourgeois de Paris, oncles, Charles Lymouzin, maître cordonnier à Paris, allié, François Guérin, maître charcutier, cousin, Michel ??? maître chaudronnier, Pierre Lene (?), Olivier Lespintel et Michel Puisson, tous cousins. Une grande partie des parents de Perrette étaient déjà présents lors de la signature de son contrat de mariage avec Jean Roussel.

Claude a une soeur, Noëlle, qui passe son contrat de mariage avec Pierre Musnier, maître maréchal, le 27 janvier 1632 devant le notaire Jean II Charles. AN de Paris MC/ET/XVIII/187. Noëlle Demetz y est dite fille de Clémence Caille, veuve de Claude Demetz et, au jour du contrat, épouse de Mathurin Merlet. Claude Demetz, chandelier en suif, frère de la future épouse, est présent et signe.

J’ai un temps pensé que Clémence Caille était la mère de Claude fils, mais ce n’est pas le cas. Le contrat de mariage de Claude père et de Clémence est passé dans la première demi-année 1605, dix ans avant le mariage de Claude fils. On en trouve la trace dans le répertoire du notaire Jean I Charles, mais la liasse qui le contient n’est pas communicable à cause de son état de conservation. Ce contrat aurait probablement donné le nom de la première épouse de Claude Demetz.

Dans un bail daté du 5 juillet 1622, Clémence Caille est dite veuve de Claude de Mey, Claude père est donc mort avant cette date. Clémence Caille et Mathurin Merlet passent leur contrat de mariage en 1627 devant Jean I Charles.

Je ne sais pas quand est morte Perrette Marinier, mais Claude fils se remarie en 1633 avec Claude Huguelin. Leur contrat de mariage est passé devant Jean II Charles le 23 juin 1633. AN de Paris MC/ET/XVIII/190. Les témoins de Claude sont Jeanne de Navarre, veuve de Jehan Riflé, vivant boulanger à Paris, et Brigide Lescuyer, femme de Jean Riflé, cousines. Brigide est la belle-fille de Jeanne de Navarre, ayant épousé Jean Riflé, fils de Jeanne et de défunt Jehan Riflé.

Le second mariage de Claude fils ne dure pas bien longtemps, moins d’un an. Attaché au contrat de mariage de Claude et de Perrette Marinier, un acte fait le 5 mai 1635 à la requête de Pierre Musnier (époux de Noëlle de Metz, on l’a vu plus haut) à titre de tuteur des enfants mineurs de Claude et de Perrette, indique que Claude est décédé le 8 mars 1634. Claude Huguelin est toujours vivante en 1641; elle est présente lors de la signature du contrat de mariage d’Anthoine Blouffe et Geneviève DeMets.

J’ai creusé du côté de la famille de Navarre. Marguerite est l’épouse de François Joly et leur fils Thomas est dit cousin de Claude de Metz. Jeanne est présente comme cousine au contrat de mariage de Claude avec Claude Huguelin. Je me demande si la première épouse de Claude de Metz père, et mère ce Claude fils, ne serait pas née dans cette famille de Navarre.

Voici les signatures en fin du contrat de mariage de Claude DeMetz et de Perrette Marinier. En rouge, j’ai entouré celles des deux futurs époux. Claude signe, comme d’habitude, Claude de Maictz. Perrette signe Perette Marinier. En vert, j’ai entouré celle de Claude père, qui signe Claude Deme– (la fin du nom est cachée dans la pliure). En bleu, les signatures des parents de Perrette, A[ntoine] Marinier et Marye Poujot.

159. Catherine Mignot, fille du roy

L’article précédent, sur Catherine Bodin, dont j’ai découvert que la mère était poitevine et le père tourangeau, m’a donné l’idée de revenir vers une fille du roy originaire de Tours, Catherine Mignot. J’ai déjà quelques fois cherché sa famille dans cette ville, toujours sans succès. Je m’y suis remis.

Voici ce qu’on peut lire dans le contrat de mariage de Catherine avec Pierre Lemoyne, passé le 14 octobre 1673 dans la maison d’Anne Gasnier, veuve de Jean Bourdon, devant le notaire Romain Becquet.

Par Devant Romain Becquet, notaire, furent présents en leurs personnes Pierre Lemoyne, habitant en la coste de Batiscan, fils de deffuncts Louis Lemoyne et Jeanne Lambert, vivants demeurant à Pittre sur Andelle, archevesché de Rouen, ses père et mère d’une part, et Catherine Mignot, de présent en ce pais, fille de Jacques Mignot, marchand drapier en la ville de Tours, et de deffuncte Marie Paugoüet, ses père et mère, de la ville et archevesché dudit Tours d’autre part.

Lors de son mariage avec Pierre Le Moyne, le lendemain 15 octobre 1673 à Notre Dame de Québec, Catherine est dite originaire de Tours, et fille de Jacques Mignot et de défunte Marie Paugouet.

Il est indiqué, dans le Fichier Origine, que les parents de Catherine seraient Jacques Mignot, boucher, et Marie Porcheron, mariés à Notre Dame la Riche de Tours le 16 février 1654. J’ai moi-même, il y a quelques années, signalé au Fichier les actes de baptême de trois filles de ce couple que j’avais dénichés dans la paroisse de Saint Pierre du Boile.

J’ai pourtant publié plusieurs articles ou on voit que le nom des parents ou les lieux d’origines des pionniers de la Nouvelle France ne sont pas toujours ceux qu’on attendait, je sais qu’on a parfois des surprises, mais dans le cas de Catherine Mignot, quelques éléments me font douter de l’hypothèse Mignot-Porcheron.

Le métier du père, d’abord. Catherine déclare que son père était marchand drapier, alors que l’époux de Marie Porcheron est boucher.

Le nom de la mère, ensuite. Bien qu’ils ne soient pas nombreux, il y a bien des Paugé, Paugouet, Paugoué, Paugoy, Paugouay (avec une hésitation sur la première syllabe, Pau ou Pan) à Tours, dans le département d’Indre et Loire, et dans les départements voisins de la Sarthe et du Loir et Cher. On trouve aussi des Mignot dans ces départements.

Enfin, Jacques Mignot, époux de Marie Porcheron, est dit défunt lors du mariage de leur fille Marie avec René Ruau, le 11 novembre 1669 à Saint Pierre du Boile de Tours, et Marie Porcheron est dite sa veuve.

Catherine Mignot, la pionnière, ayant quitté la France quatre ans plus tard, en 1673, elle aurait forcément eu connaissance du décès de son père, en 1669 ou avant, si elle était fille de Jacques Mignot le boucher, or elle déclare dans son acte et son contrat de mariage que son père est vivant, mais que sa mère est décédée. Si Marie Porcheron était la mère de Catherine, elle aurait très bien pu mourir entre 1669, année du mariage de sa fille Marie, et 1673, année du mariage de Catherine, mais en ce qui concerne Jacques Mignot le boucher, décédé en 1669 et vivant en 1673, les actes de mariage des deux filles sont contradictoires.

Pour ces trois raisons, je pense que Jacques Mignot et Marie Porcheron ne sont pas les parents de la pionnière.

J’ai parcouru l’ensemble des registres paroissiaux qui ont été conservés pour la ville de Tours pour la période concernée, mais je n’ai malheureusement pas croisé le couple Mignot – Paugouet. Un indice a pu m’échapper, où alors la famille de Catherine n’était peut-être pas originaire de Tours, mais s’y serait installée après sa naissance.

Catherine Mignot, comme Anne Foubert dont j’ai parlé il y a peu, fait partie de ces sujets sur lesquels je bloque, et que je laisse reposer un moment avant de les reprendre. Il y a forcément encore des choses à trouver sur cette fille du roi. J’y reviendrai sûrement.

158. Catherine Bodin, fille du roy

J’ai quelques fois, dans les derniers mois, évoqué le problème de la non concordance des noms de lieux ou de personnes entre les sources de la Nouvelle France, actes ou contrats de mariage, et les sources françaises. Catherine Bodin en donne un nouvel exemple.

Arrivée à Québec en 1671, elle passe son contrat de mariage avec Pierre Cocquin dit la Tournelle, originaire de Rouen, le 9 octobre de la même année devant le notaire Romain Becquet. Le notaire inscrit quelle est fille de deffunct Bastien Baudain et de Islaire Ledeslié, de la paroisse Saint Severain, ville et archevesché de Paris.

Trois jours plus tard, le 12 octobre, le couple se marie à Notre Dame de Québec. Le prêtre indique que Catherine est fille de deffunt Sébastien Baudain et d’Hilaire le Deslié, ses père et mère, de la paroisse de St Séverin de la ville de Paris.

Le couple s’intalle d’abord à Québec, où il baptise trois enfants, puis se déplace à Neuville, où sept autres enfants seront baptisés. Ils auront sept filles et trois garçons. Deux garçons et une fille meurent âgés de moins de deux ans. Les sept autres se marients à leur tour.

Pierre Cocquin est inhumé le 4 octobre 1703 à Neuville. Le curé lui donne 75 ans. Catherine est inhumée quinze ans plus tard, le 9 août 1718, sous le nom de Marie Magdeleine Latournelle. Dans la marge, le prêtre a inscrit « Enterrement de la bonne femme la Tournelle ». L’acte lui donne 66 ans.

Je descends de Catherine à la 10è génération par ma mère, à travers sa fille, Marie Angélique, et son mari, Nicolas Matte.

Le nom de Catherine, dans les actes en Nouvelle France, est écrit de différentes façons: Baudain, on l’a vu pour son contrat et son acte de mariage, mais aussi Bodin, Bodet, Baudin et Badin.

La famille de Catherine en France

J’avais déjà entrepris des recherches sur les parents de Catherine à Paris, sans succès, butant sur le nom de famille de sa mère « le Deslié ». Et récemment, en parcourant le répertoire d’un notaire, j’ai vu ceci:

Mariage Sébastien Bodin et Hillaire Vergnault

Même prénom et même nom pour le futur époux, même prénom un peu rare pour la future épouse, je me suis dit que ça valait le coup d’aller voir de plus près. Et j’ai eu la bonne surprise d’y trouver les parents de la pionnière, et l’explication du nom Le Deslié. Ce contrat de mariage se trouve dans les minutes du notaire parisien Claude Dauvergne et a été passé le 17 juin 1651. Archives nationales de Paris, MC/ET/LVIII/94

Le futur époux est Sébastien Bodin, sieur du Vignau, marchand de vins demeurant à Paris, rue de la Huchette, paroisse Saint Séverin, fils de René Bodin, sieur du Vignau, et de Dame Jeanne Lebloy, sa femme, demeurant à Seuilly l’Abbaye en la chastelenie du Coudray Montpensier. Sébastien présente au notaire la procuration que lui ont signée ses parents devant un notaire de Seuilly le 23 mai de l’année précédente, pour qu’il puisse l’utiliser, le moment venu, pour conclure son contrat de mariage. Dans cette procuration, René Bodin et Jeanne Lebloy nomment leur fils Sébastien Bodin, sieur du Vignau et surnommé le Marquis. Ce surnom lui vient probablement du fait qu’il fut au service du marquis du Coudray Montpensier. Le 18 novembre 1648, à l’église Saint Séverin de Paris, Sébastien est parrain d’un enfant, et on le dit maître d’hôtel de Monsieur du Coudré Monpensier (Fonds Laborde). C’est donc probablement en suivant le marquis que Sébastien est venu à Paris. Henry d’Escoubleau, chevalier, seigneur du Coudray Montpensier, Artenay et autres lieux est présent et signe en fin du contrat de mariage. Ni Sébastien ni Hillaire ne savent signer.

Sébastien doue sa future épouse de la somme de cinq cent livres.

Hillaire est dite usante et jouissante de ses droits. Elle est fille de deffunt Louis Vergnau, vivant maître mareschal à Vivonne en Poictou, et de Marie Abriou, jadis sa femme, à présent sa veuve. Elle demeure à Paris, rue de la Huchette en la maison et avec Michel Delyé, marchand de vin et bourgeois de Paris, et Marie Vergnault, ses oncle et tante, qui ont le consentement verbal de Marie Abriou pour conclure le contrat de mariage.

Hillaire apporte de son chef à son futur époux cent livres en habits, linge et hardes à son usage personnel. Michel Delyé et Marie Vergnault donnent à Sébastien la somme de 1200 livres, sept cent en meubles et objets divers, et cinq cent en deniers comptant. L’oncle et la tante d’Hillaire donnent cette somme pour la bonne amitié qu’ils portent à leur nièce, et pour les gages auxquels elle pourrait prétendre depuis qu’elle est en leur maison et à leur service. Un tiers des apports d’Hillaire entreront dans la communauté, les deux autres tiers lui resteront en propre.

Michel Delyé, voilà donc l’origine du nom donné à sa mère par Catherine. Avant son mariage, Hillaire ne vivait plus avec sa mère, à Vivonne, mais depuis quelques années (tel qu’indiqué dans le contrat de mariage), elle était à Paris, chez la sœur de son père, Marie Vergnault, et son mari, Michel Delyé. Ce nom est aussi parfois écrit de Lyé. Hillaire utilisait-elle ce patronyme dans la vie courante, ce qui expliquerait que Catherine le lui ait attribué lors de son mariage?

La famille Bodin à Seuilly

Seuilly est un village situé à dix kilomètres au sud-ouest de Chinon. Il est célèbre pour avoir vu la naissance de François Rabelais à la Devinière, à la fin du XVè siècle.

Diocese de l’archevesché de Tours. La Touraine. Les eslections de Tours, d’Amboise, de Loches et de Chinon dressé sur plusieurs mémoires, par Nicolas Sanson, Grégoire Mariette éditeur, Paris 1679. Gallica Jai entouré en rouge Tours, en haut à droite, Chinon, Seuilly (Suilly sur la carte) et Le Coudray.

René Bodin et Jeanne Le Bloy baptisent huit enfants à Seuilly entre 1617 et 1636:

On trouve la trace des mariages de quatre frères et soeurs de Sébastien à Seuilly et à Nogent le Rotrou:

Jehanne Le Bloy, veuve de René Bodin, est décédée 20 septembre 1661 et fut inhumée le lendemain à Seuilly. https://archives.touraine.fr/ark:/37621/4v2zt5n78ckp/4eec5cf8-e78c-4978-badf-b71b66ceb156

La famille Vergnault en Poitou

Vivonne est situé à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Poitiers. Lusignan est à une douzaine de kilomètres à l’ouest de Vivonne

Poictou. Pictonum vicinarumque regionum fidiss[ima] descriptio, Pierre Rogier cartographe, 1619, Maurice Bouguereau éditeur. Gallica J’ai entouré en rouge Poitiers, Lusignan et Vivonne.

Je n’ai pas croisé le couple Louis Vergnault – Marie Abriou dans les registres paroissiaux de Vivonne. Une Marie Abriou et son mari François du Gué y baptisent un fils, Jacques, le 29 juin 1634.

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/ark:/28387/vta4a7151d337f8bd19/daogrp/0/92

François du Gué, dans le contrat de mariage de leur fils Léonard, est dit maréchal, même métier que Louis Vergnault.

Pour autant, je ne suis pas certain que François du Gué ait épousé la veuve de Louis Vergnault. Il semble bien que Louis Vergnault et Marie Abriou aient été protestants, ce qui expliquerait leur absence des registres catholiques de Vivonne. Leur fils François, maréchal à Vivonne, comme son père, passe un contrat de mariage le 27 août 1645 devant un notaire de Lusignan.

François et sa femme, Marie Braconnier, baptisent, le 21 janvier 1652 au temple de Lusignan, un fils nommé François, né le 15 janvier. Les registres de ce temple ne commencent malheureusement qu’en 1651.

Pierre, fils de François Vergnault et de Marie Braconnier, né le 1er, est baptisé le 7 février 1653 au temple de Lusignan.

Magdelaine, fille de François Vergnault et de Marie Braconnier, née le 16, est baptisée le 17 février 1658 au temple de Lusignan.

Deux autres Vergnault sont présents dans les registres des baptêmes protestants de Lusignan dans les mêmes années que François, sans que je puisse faire un lien entre lui et ses éventuels frères. Jehan Vergnault et son épouse Marguerite Barrot baptisent quelques enfants, de même que Daniel Vergnault et Marie Pesron. (?)

Daniel est le parrain d’un des enfants de Jehan, baptisé en février 1661 au temple de Lusignan. Ces deux-là devaient être parents, frères ou cousins.

157. Sur la piste d’Anne Foubert, fille du roy

Anne est arrivée en Nouvelle France en 1670. Elle passe un contrat de mariage sous seing privé avec Pierre Boisseau le 15 octobre, et leur mariage a lieu à Notre Dame de Montréal le 20 octobre 1670. Ils vivent déjà tous les deux à Longueuil. Le couple aura 17 enfants, dont cinq atteignent l’âge adulte et quatre se marient. Je descends d’Anne par ma mère, à travers son fils, Vincent Boisseau, et son épouse, Marguerite Volant.

Pierre Boisseau achète, le 26 février 1678, de Charles Denys de Vitré et de Catherine de Lostelneau, sa femme, la seigneurie de Vitré, située entre celles de Contrecoeur et de Verchères. Il en concède la moitié dès le 15 mars suivant à Pierre Chicoine, à titre de fief et seigneurie. La seigneurie de Vitré, appelée ensuite Bellevue, n’était déjà pas bien grande, les deux fiefs créés en 1678 étaient tout petits.

Voici une partie d’une carte représentant les seigneuries du Québec. J’ai entouré en rouge celle de Bellevue. Pierre Boisseau et Pierre Chicoine l’ont partagée en parts égales. Celle de Boisseau était du côté de Contrecoeur, sous le mot « BELLE », et celle de Chicoine sous le mot « VUE ». Quand on les compare à l’étendue des seigneuries environnantes, on voit bien qu’elles n’étaient pas très grandes.

Pierre Boisseau est mort le 22 et est inhumé le 24 septembre 1699 à Varenne. Anne Foubert reste propriétaire de la moitié de leur seigneurie, leur fils aîné hérite du quart de celle-ci, et les autres enfants héritent ensemble du dernier quart. Anne meurt le 4, et est inhumée le 5 avril 1729 à Verchères, paroisse dont dépend sa seigneurie.

J’ai publié, en novembre 2018, un article sur Pierre Boisseau et Anne Foubert. Vous pouvez le lire ici. J’avais trouvé quelques éléments sur la famille de Pierre à Teillé, village voisin de Trans sur Erdre, commune de l’actuel département de la Loire Atlantique, et qui faisait, à l’époque, partie de la Bretagne. J’indiquais qu’Anne Foubert ne venait probablement pas de Châtres en Brie, selon ce qu’on trouvait habituellement, mais plutôt d’Arpajon, dans l’Essonne, le bourg s’appelant au XVIIè siècle Châtres sous Montlhéry. J’avais commencé des recherches à Arpajon et aux alentours, où on trouve des Foubert et des Charpentiers, mais je n’avais pas pu repérer le couple Louis Foubert – Marie Charpentier, parents de la pionnière.

Je m’y suis remis depuis quelques semaines. J’avais évoqué, en 2018, un couple formé de Louis Foubert et d’Anne Curet, dont quatre enfants sont baptisés à Châtres entre 1640 et 1647.

Louis Foubert et Anne Curet s’épousent en janvier 1632 à Châtres (la page est déchirée et ne permet pas de connaître le quantième, l’acte suivant est daté du 17 janvier). Leurs parents ne sont pas nommés, pas plus que leurs témoins. https://archives.essonne.fr/ark:/28047/rj7bsn2dfvz0/16af13db-60a5-4993-bfed-3ccacdc93ce0

Jacques Foubert épouse Anne Prévost à Châtres le sept novembre de la même année 1632.

Je ne sais pas où ont vécu Louis Foubert et Anne Curet entre leur mariage, en 1632, et le baptême de leur premier enfant en 1640 à Châtres. Anne Curet disparaît des registres de Châtres après le baptême de Catherine, en 1647. Louis ne laisse plus de trace dans la ville après 1649.

Un étrange acte de baptême est inscrit dans le registre paroissial en 1649.

Notta que l’Onziesme jour de novembre mil six cent quarante neuf fut baptisé à Châtres ung enfant d’une certainne femme ou fille qui accoucha subtillement au desseu de sa compaignie. L’enfant fut apporté à l’église par la sage femme ——– assistée de Louis Foubert et des parrin et marine, après lequel baptême l’enfant fut porté chez ledit Foubert, ce que j’ai voulu inscrire hors le cours des mois au registre, et —– en ces mots.

https://archives.essonne.fr/ark:/28047/rj7bsn2dfvz0/51f50e8f-76d4-4e33-aecd-12de62d4e70c

Acte vraiment étrange: ni le prénom de l’enfant, ni les noms des parents, ni les noms des parrain et marraine ne sont donnés. Le seul témoin présent dont on connaît le nom est Louis Foubert, celui qui ramène l’enfant chez lui après le baptême. On trouve régulièrement des baptêmes d’enfants illégitimes dans les registres paroissiaux. On nomme en général la mère en donnant le nom du père, ou en disant que le père est inconnu, mais ici rien… J’aime bien la formulation « une certaine femme ou fille qui accoucha subtillement au desseu de sa compagnie ». Accoucher subtilement, c’est déjà étonnant comme façon de le dire, et au desseu de sa compagnie ne doit pas signifier au dessus, à l’étage, mais que les proches n’en ont rien su.

Une hypothèse a pris forme dans ma tête. L’enfant anonyme serait-il Anne, fille illégitime de Louis Foubert et de Marie Charpentier, peut-être servante chez Louis, qui aurait accouché discrètement, à l’insu de la maisonnée, et que Louis aurait décidé de garder auprès de lui? Une Marie Charpentier, fille de Charles et d’Elisabeth Menault, de Villeconin, (village situé à un peu moins de 15 kilomètres au sud-ouest de Châtres) épouse François Fonte le 26 mai 1653 à Châtres, un an et demi après la naissance de l’enfant sans nom. Cette Marie pourrait être la mère d’Anne. L’hypothèse est un peu (beaucoup ?) échevelée et romanesque, mais tentante.

Une deuxième hypothèse s’est présentée cette semaine. Un couple formé de Louis Foubert et de Marie Charpentier baptise quelques enfants à Chars, dans le département du Val d’Oise, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, dans les années qui vont de 1640 à 1651. Je n’ai pas trouvé de baptême d’une fille nommée Anne. Cependant, les registres paroissiaux de Chars ont une lacune qui va de 1651 à 1670. Cette période commence précisément au moment où Anne a pu être baptisée, selon l’estimation de son âge lors du recensement de la Nouvelle France en 1681, et les registres reprennent l’année où elle s’installe en Nouvelle France. J’avais une forme de frustration à me dire que cette lacune nous empêcherait peut-être de connaître l’origine de la pionnière.

Chars aurait pu être déformé en Chastres dans l’acte de mariage d’Anne avec Pierre Boisseau à Montréal. Mais je me suis rappelé qu’Anne déclarait qu’elle était originaire de Châtres, dans le diocèse de Paris, ce qui m’avait permis d’éliminer Châtres en Brie, qui se trouvait dans le diocèse de Meaux. Chars, de son côté, se trouvait dans le diocèse de Rouen; ce couple Foubert – Charpentier, aussi séduisant qu’il soit, n’est donc vraisemblablement pas le bon.

Au moment de publier cet article, j’ai reconsulté sur Gallica les cartes des diocèses de Meaux et de Paris. La carte de Meaux que j’avais utilisée en 2018 était datée approximativement des années 1650 – 1680. On y voit distinctement Châtres. Je remets ici le détail de cette carte.

Et voici le détail d’une carte du diocèse de Paris, par Nicolas Sanson, éditée en 1667. (Gallica) Châtres s’y trouve aussi.

Il a dû y avoir une modification des limites des diocèses au cours du XVIIè siècle, qui a fait passer cette portion de la Brie du diocèse de Meaux vers celui de Paris (ou l’inverse). Devant cette interrogation, je suis reparti à la recherche de la famille Foubert dans les registres de Châtres en Brie, en me disant que j’avais peut-être manqué quelque chose en 2018, mais la famille d’Anne Foubert n’est pas présente dans ces registres.

Ayant cherché d’autre bourgs dont le nom serait Châtres dans l’ancien diocèse de Paris, et n’en ayant pas trouvé, il faut donc se rabattre sur Châtres sous Montlhéry, devenu Arpajon au XVIIIè siècle. L’acte de baptême d’Anne, la pionnière, finira peut-être par sortir de l’oubli, dans un des villages près d’Arpajon, à moins qu’elle ne soit l’enfant mystérieux baptisé le 11 novembre 1649 à Châtres.

156. Anne Lagoue, ascendance

Dans l’article précédent, j’ai exposé ce que j’avais trouvé sur les parents d’Anne, Laurent Lagouz, maître peintre au Mans, et Marie Martin de Boiscochin. Je vais, dans ce nouvel article, développer l’ascendance d’Anne.

Laurent Lagouz, peintre

En introduction, voyons ce qui reste de l’oeuvre de Laurent. D’après différents textes, Laurent Lagouz jouissait d’une bonne renommée dans le Maine, et même au-delà. Des oeuvres importantes peintes pour l’abbaye Saint Vincent du Mans, dont une Cène, ont disparu à la Révolution. Je me suis mis à la recherche d’éventuelles oeuvres qui subsisteraient de lui, et, bonne surprise, il y en a quelques unes.

Une Assomption, qui se trouverait dans l’église de Domfront-en-Champagne, village situé à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest du Mans, mais dont je n’ai pas trouvé d’image.

Une Assomption, qui se trouve dans l’église de Cérans-Foulletourte, village situé à un peu plus de trente kilomètres au sud-ouest du Mans. Lagouz s’est inspiré pour cette toile d’une Assomption de Claude Vignon, qui se trouve dans l’église Saint Thomas de La Flèche.

Laurent Lagouz – Assomption – Cérans Fouletourte canton du Lude – toile, 238 x 154 cm , retable, CLMH, ©Conseil départemental de la Sarthe – Exposition Trésors d’Art Sacré – Abbaye Royale de l’Epau 2021 La toile est signée. Au centre en bas, on peut lire LAGOUZ AU MANS 1650

Une autre Assomption se trouve dans l’église de Chaufour-Notre-Dame, village situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest du Mans. Elle n’est pas signée, mais est attribuée à Laurent Lagouz.

©Conseil départemental de la Sarthe – Exposition Trésors d’Art Sacré – Abbaye Royale de l’Epau 2021

Deux toiles se trouvent dans l’église de Piré-sur-Seiche, près de Châteaugiron, dans le département d’Ille et Vilaine, La remise des clés à Saint Pierre, et un Martyre de Saint Jean Baptiste, toile offerte par les confrères de Saint Pierre, en 1639. Cette toile est signée « Lagouz fecit au Mans ». Pas d’image, malheureusement.

La famille Lagouz à Angers

Quelques articles d’érudits angevins du XIXè siècle traitant de la production artistique en Anjou et dans le Maine, indiquent que la famille Lagouz, dont plusieurs membre furent des artistes renommés au cours du XVIè siècle et même au delà, résidaient dans la paroisse de Saint Pierre d’Angers. Un de ces érudits émettait l’hypothèse que le peintre Laurent Lagouz, du Mans, était peut-être le fils de Jean Lagouz, aussi peintre, mais à Angers.

Partant de cette hypothèse, et du fait que Laurent et Catherine de la Barre baptisent leur premier enfant au Mans en 1626, j’ai commencé mes recherches dans les registres de Saint Pierre d’Angers au tournant du XVIIè siècle. J’ai très vite repéré un premier Jehan Lagouz, le jeune, maître peintre, époux d’Yvonne Perrault, dont quelques enfants sont baptisés entre 1595 et 1610. Un autre Jehan Lagouz, l’aîné celui-là, aussi maître peintre, baptise six enfants entre 1589 et 1603, toujours à Saint Pierre, avec Marguerite Prime, sa femme. Des actes notariés que je n’ai pas consultés indiqueraient que ces deux Jehan étaient frères, fils de Roland Lagouz, peintre à Angers, et de Catherine Maucler.

Laurent Lagouz est bien le fils de Jehan le jeune et d’Yvonne Perrault. Il a été baptisé le 13 octobre 1596 à Saint Pierre d’Angers.

Le dimanche treiziesme jour d’octobre 1596, fut baptisé Laurent, fils de honneste homme Jean Lagouz, peintre, et de Yvonne Peraut sa femme et espouse. Les pareins nobles hommes Laurent Davy, conseiller du roy, maistre des eaux et forests en Aniou, recepveur des aydes et tailles en l’élection d’Angers, et René Lepeletier, receveur général des traictes d’Aniou, sieur de Grignon. Mareine honorable femme Franscoyse de Beaurepère, femme de noble homme Jean Capel, controlleur général desdites traictes. https://recherche-archives.maine-et-loire.fr/v2/ark:/71821/61b1826977af663798ebe8b7108b0c40

Jehan Lagouz et Yvonne Perault ont eu onze enfants, tous baptisés à Saint Pierre d’Angers:

  • Laurent, le 13 octobre 1596
  • Nicolas, le 2 décembre 1597
  • René, le 5 janvier 1599
  • Marie, le 25 mars 1600
  • Marguerite, le 15 juin 1601
  • Jehan, le 24 octobre 1602
  • Pierre, le 10 avril 1604
  • Daniel, le 3 août 1605
  • Charles, le 19 janvier 1607
  • Claude, le 23 juillet 1608
  • Estienne, le 26 février 1610

Parmi les parrains et marraines des enfants de Laurent Lagouz au Mans, un seul portait le nom Lagouz, Claude, que l’acte disait d’Angers. Il devait s’agir du frère de Laurent, né en 1608.

Laurent ne fut pas le seul des fils de Jean et Yvonne Perault à suivre la trace familiale en devenant peintre. Claude, Nicolas, Jehan, Daniel et Charles furent également peintres.

D’après les articles que j’ai consultés sur la famille Lagouz, il semble que Jehan, père de Laurent, fut le plus doué, et que son talent fut reconnu jusqu’à la cour. Jean Lagouz est mort au début janvier 1641, sans que le quantième ne soit noté. Les registres des sépultures de Saint Pierre indiquent:

Le mercredy, la sépulture d’honnorable homme Jean La Gouz, maîstre peintre. Les archives de la paroisse ajoutent qu’il fut inhumé dans la nef de l’église.

Le célèbre graveur d’origine angevine René Boyvin a fait un portrait de Jean Lagouz, grand-père d’Anne.

Toujours dans les registres paroissiaux de Saint Pierre d’Angers, on trouve les actes de baptême de quelques enfants de Rolland Lagouz et de Catherine Mauclerc.

  • Françoyse, le 14 juillet 1553
  • Mathurine, le 25 juillet 1554
  • Raoullant, le 12 octobre 1555
  • Deux enfants masles le 22 septembre 1556, le premier nommé Daniel et le second n’est pas nommé. Le père est nommé Roulland Picard.

Rolland, Daniel, Jean l’aîné et Jean le jeune sont présents avec Jean Leclerc, époux de leur soeur Mathurine, dans un acte du 21 août 1595 cité dans un article, Les artistes angevins, dans la Revue historique, littéraire et archéologique de l’Anjou tome 18 (1877).

Roland Lagouz, époux de Catherine Mauclerc était peinctre et vitrier à Angers. Les archives de la ville contiennent plusieurs actes et contrats le concernant. Il fait des vitraux pour les églises de la ville, pour la municipalité et pour des particuliers.

Ce Roland était fils d’un autre Roland Lagouz, le premier à s’être implanté à Angers, dit le Picard, ce qui indique peut-être son origine géographique. Il avait épousé le 19 juin 1525 à Saint Pierre d’Angers Françoise Bauldrier, fille de Maurice, maître pâtissier à Angers. Françoise Baudriller fut marraine de Françoise Lagouz, fille de Roland II, baptisée en 1553. Françoise Baudriller y est dite mère dudit Lagouz.

Je n’ai rien trouvé sur la famille d’Yvonne Perrault, femme de Jean Lagouz.

La famille Martin de Boiscochin

Je le disais dans l’article précédent, je n’ai repéré que peu de choses sur Mathurin Martin, père de Marie, et sa famille.

Philippe Renaud, dans son arbre généalogique publié sur Généanet, donne de très nombreuses informations sur la famille Martin de Crottay. Mathurin Martin de Crottay, sieur de Boiscochin, serait ainsi fils de Jehan Martin de Crottay, avocat à Beaumont, bailli de Meurcé et procureur général du roi en son duché de Beaumont, poste qu’il aurait occupé de 1573 à 1593, et d’Anne Niolle.

Jean Martin, sieur de Boiscochin et élu de Beaumont, est parrain de Jeanne Ménaiges, baptisée le 27 septembre 1599 à Meurcé, village situé à six kilomètres de Beaumont sur Sarthe et à un trentaine de kilomètres au nord du Mans.

On trouve dans l’arbre généalogique de Monsieur Renaud sept générations supplémentaires de sieurs de Crottay et de Boiscochin qui mènent jusqu’au XIVè siècle. J’ai écrit à M. Renaud, mais n’ai pas eu de réponse pour l’instant.

Sur le site Les Bibliothèques Virtuelles Humanistes, j’ai trouvé un témoignage de la famille Martin de Boiscochin. Il s’agit d’un ex-libris, certainement un tampon, apposé sur un ouvrage, une partition musicale, qui a donc appartenu à un membre de la famille, avant d’appartenir à Charles Josse, théologien manceau. La messe a quatre voix de Pierre Colin, éditée à Paris en 1564, est dans un ensemble de cinq documents conservés à la Médiathèque Louis-Aragon du Mans. En voici la page titre. C’est sur la partie droite de cette page qu’a été apposé l’ex-libris.

Colin, Pierre. Paris : Nicolas du Chemin, 1564

Et voici cet ex-libris. Joliment ouvragé, on y lit les noms Martin et Boiscochin, et tout à gauche, un M dont je me demande s’il ne serait pas mis pour Mathurin. Au centre, trois oiseaux et une étoile, qui sont peut-être les armes de la famille.

La famille Reau, au Mans

Anne Reau, femme de Mathurin Martin, mère de Marie Martin de Boiscochin et grand-mère d’Anne Lagoue était, selon l’acte de partage d’héritage cité dans l’article précédent, fille de Robert Reau, avocat au siège présidial et sénéchaussée du Maine, et de Jacquine Chartier. Robert Reau, dans certains actes, est appelé sieur de la Bourdonnière. Son fils Louis portera aussi ce titre.

On retrouve Robert Reau et Jacquine Chartier dans les registres paroissiaux de Notre Dame de Gourdaine et dans ceux de Saint Gilles des Guérêts au Mans. Cinq enfants sont baptisés à Notre Dame de Gourdaine:

  • Anne, au début janvier 1588, son parrain est Guillaume Chartier, grand-père et une de ses marraines est Anne ??? grand-mère.
  • Katherine, baptisée le 8 janvier 1590
  • Louis et Jehan, jumeaux, le 27 mai 1594
  • Françoise, le 11 juin 1596

Six enfants sont ensuite baptisés à Saint Gilles:

  • Guillaume, le 13 septembre 1598
  • Magdeleine, le 13 septembre 1599
  • Michel, le 12 novembre 1600
  • François, le 27 janvier 1602
  • Estienne, le 3 févruer 1603
  • Jacquine, le 16 février 1604.

Jacquine Chartier, morte le 5, est inhumée le 6 novembre 1635 à Notre Dame de Gourdaine.

Voici, pour finir, l’ascendance d’Anne Lagoue telle que je peux l’exposer pour l’instant.