148. François Dusault

1. En Nouvelle France

J’ai souvent fait un détour, dans mes recherches, vers la famille de François Dusault à Paris, mais toujours pour en revenir bredouille. Je m’étonnais de trouver si peu de choses sur le père de François, huissier de la Grande Chancellerie, et sur sa mère. On trouve quelques actes les concernant dans les minutes des notaires parisiens. Je m’y suis remis récemment, et comme il m’est arrivé plusieurs fois, déjà, je suis parti du travail de Jean Paul Macouin, et de ce qu’il avait déniché à Paris. Et si je n’ai pas encore trouvé les grands-parents de François, je m’en suis approché, et j’ai bon espoir d’y arriver prochainement. Je vais faire deux articles sur François Dusault; un premier sur quelques éléments connus de sa vie en Nouvelle France, puis un second, où j’exposerai ce que j’ai trouvé sur sa famille en France.

Dans son contrat de mariage avec Geneviève Mézeray, passé devant Gilles Rageot le 8 août 1676 à Québec, dans la maison de Denis Guyon et d’Elisabeth Boucher, cousine germaine de la future épouse, François du Sault est dit fils de Jacques du Sault, « huissier de la chesne au Parlement de Paris » (1), et d’Anne Fauvel, de la paroisse de Saint Germain l’Auxerrois, ville et archevêché de Paris.

Geneviève est veuve d’Estienne le Tellier, fille de René Mézeray et de Nicole Gareman, de Sillery. De son premier mariage, elle a eu six enfants, dont quatre sont vivants. Le contrat de mariage peut être consulté sur le site des Bibliothèque et Archives nationales du Québec. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4083919?docref=OUirWikItbKCuJ-iHKJy7g

Geneviève Mezeray ne sait pas signer, mais François signe, et cette signature assurée laisse deviner qu’il savait écrire couramment.

François du Sault est en Nouvelle France depuis au moins quatre ans. Il signe un acte devant le même notaire le 15 juillet 1672. Il y est nommé du Sault dit Sansoucy, et demeure à la Pointe aux Trembles (aujourd’hui Neuville, à une trentaine de kilomètres en amont de Québec sur le Saint Laurent). Ce nom dit pourrait indiquer une arrivée à Québec comme soldat.

Entre 1677 et 1687, François et Geneviève auront cinq enfants, quatre garçons et une fille, qui se marieront tous les cinq. Je descend de ce couple par mon père, à la 10è génération, à travers leur premier fils, Jacques. La famille s’est installée dans la région de Québec et de Neuville. Leurs enfants y sont nés et s’y sont mariés.

Le 12 mars 1710, un acte signé de l’intendant Raudot concerne François Dusault et Geneviève Mezeray.

« Denis du Saut nous ayant exposé que, voyant son père et sa mère dans une grande nécessité, ne pouvant pas subsister par eux mesme à cause de leur grand âge, il a offert à celui de ses frères qui voudrait s’en charger leur vie durand, de luy donner la part et portion qui luy reviendrait après leurs déceds dans leurs biens.« 

Ni ses frères ni sa soeur ne se proposant, Denis demande la réunion de la famille afin de trouver une solution. L’intendant ordonne que que la famille se réunisse en présence du curé Basset, de la Pointe aux Trembles, aussitôt qu’il sera possible.

Le 20 mars, la réunion se tient en présence du curé Basset chez les parents.

« Le vingtiesme du mois de mars de l’année 1710, ayant une ordonnance de Monsieur l’Intendant, j’ay esté chez François Dusaut, où ses enfans et son gendre se sont trouvés et ont tous consentis de donner leur part de la succession de leurs père et mère à Denis du Saut, son frère moyennant qu’il se charge d’avoir soin de leurs père et mère et de les entretenir et nourrir pendant toutte leur vie. C’est a quoy il a consenty volontiers en présence de Jean Baptiste Toupin, sieur Dusaut, seigneur de la Pointe aux Ecureuils, et de Robert Pagé, habitant de ladite seigneurie, et affin que ledit accord puisse continuer, luy est convenû qu’en cas que ledit François Dusaut père et Geneviève Mezeray, sa femme, ne puisse dans la suitte demeurer avec leur dit fils Denis du Saut, il leur fournira, toutes les années, vingt quatre minots de bled, un cochon gras prest à tuer, trente livres de beurre et les petits légumes pour la marmitte, et le bois de chauffage et leur entretien, comme pour luy mesme. Ledit Dusaut père se réserve le tiers de la pesche pour leurs menuts plaisirs et besoins. Ce présent accord et convention c’est fait en présence de François Dusaut, de Geneviève Mezeray, de Jacques Dusaut, fils aisné dudit Dusaut, de François et Gabriel Dusaut, et de Michel De Rome, Gendre pour avoir épousé Magdelaine Dusaut, et de Jean Baptiste Toupin, sieur Dusault, et de Robert Pagé ….

Cet acte peut aussi être consulté sur le site de BAnQ. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3312497

J’aime bien ces actes très concrets, réglant les détails de la vie courante. Je me souviens d’avoir consulté chez mon beau-frère, il y a près de 40 ans, les actes notariés concernant toute l’histoire de leur ferme, que la famille conservait dans la maison depuis plus de cent ans. Un acte de la fin du XIXè siècle ressemblait à celui-ci. Les vieux parents « se donnaient » à leur fils, biens, maison et terres, avec obligation au fils de s’occuper en tout de ses parents, logement, nourriture, soins, ainsi que des closes étonnantes, comme l’obligation pour le fils d’atteler la voiture de ses parents chaque dimanche et aux fêtes religieuses, afin que ceux-ci puissent se rendre à l’église.

Le recensement de 1681 donnait 34 ans à François Dusault, ce qui le ferait naître vers 1647. Geneviève Mereray, qui avait été baptisée le 5 juillet 1648 à Sillery, est inhumée le 10 janvier 1718 à Cap Santé, à presque 70 ans. François est inhumé le 3 juillet 1732 à Neuville, et le prêtre le dit âgé de plus de 85 ans. Cet acte confirme l’estimation de la naissance en 1647.

147. Mon Sosa 2022

Je n’ai pas pu participer aux Sosa 2020 et 2021 de la Société Française de généalogie, parce que mon Sosa 1010 est un bout de branche de mon arbre, et que ses parents ne sont pas connus… Je vais enfin pouvoir, cette année, me coller à ce petit défi.

Voici d’abord le parcours pour arriver à ce 2022. Il me rappelle des souvenirs, mes premiers articles de l’année 2021 avaient porté sur mes mères, et j’en retrouve une partie ici!

  • 3. Ma mère
  • 7. Ma grand-mère maternelle
  • 15. Mon arrière grand-mère maternelle
  • 31. Clémentine Arpin (1844-1916)
  • 63. Marie Madeleine Poirier (1816-1881)
  • 126. Joseph Poirier (1783-1864)
  • 252. François Poirier (?-1792)
  • 505. Madeleine Michel (?-?)
  • 1011. Marguerite Meunier (?-?)
  • Et mon Sosa 2022 est…
  • Jean Meunier (1651-?)

Que sait-on de lui?

Jean est baptisé le 8 janvier 1651 à Trois Rivières, sous le nom de Mousnier, fils de Mathurin et de Françoise Fafard, et Jean est le premier de leurs six enfants.

Mathurin Meunier, baptisé le 22 avril 1619 à Clermont, aujourd’hui Clermont-Créans, dans la Sarthe, et venu en Nouvelle France en 1644 comme engagé, épouse le 3 novembre 1647 à Montréal Françoise Fafard, originaire d’Argences, dans le Calvados, née vers 1624, et arrivée en Nouvelle France vers 1647.

Jean Meunier se marie le 5 octobre 1670 à Sainte Anne de Beaupré avec Marguerite Housseau, fille du roy arrivée la même année en provenance de Troyes, dans l’Aube. J’ai par hasard fait un article récemment sur la soeur de Marguerite.

Jean et Marguerite ont leurs quatre premiers enfants à Sainte Famille de l’Ile d’Orléans, puis, après 1678, partent s’installer en Acadie. C’est là que naîtront leurs trois derniers enfants, dont Marguerite, dont je descends. On ne sait pas ni quand ni où est décédé Jean Meunier, quelque part en Acadie, pas plus que son épouse Marguerite Housseau.

Leurs enfants vont faire souche en Acadie, deux de leurs fils épousant des filles du baron de Saint Castin, étonnant personnage de l’histoire de l’Acadie. Vous pouvez en savoir plus sur lui ici.

Un de leurs arrière-petits-fils, Joseph Poirier, mon Sosa 126 vu plus haut, quittera l’Acadie après la prise de cette région par les anglais, et viendra, avec ses frères et soeurs, s’installer au Québec, d’où étaient partis leurs ayeux.

Intéressant, ce Sosa 2022; entre ses parents et ses descendants, il nous fait voir du pays !

146. Pour commencer 2022

J’ai relu tout à l’heure ce que j’avais écrit Pour commencer 2021. L’envie d’enterrer 2020 en espérant qu’il en sortirait quelque chose de positif.

2021 est passée aussi. Une partie de ce que je nous souhaitais s’est réalisé. Les lieux de culture ont réouvert, j’ai pu retrouver le plaisir de chercher dans les salles d’archives à Paris ou ailleurs, nous avons pu à nouveau voir les amis, rire ensemble, se serrer les coudes dans les coups durs. Mais la fin de l’année ramène quelques mauvais souvenirs, nous ne sommes toujours pas débarrassés des masques, et l’avenir a encore le front un peu bas…

Je m’étais promis, début 2021 de retourner au Québec, voir mes frères et soeurs, que je n’ai plus vus depuis l’été 2019, et ça n’aura pas pu se faire. Et alors que j’avais, en octobre, réservé des billets d’avion pour Montréal en février, je commence à me demander si cette saleté de virus ne va pas encore repousser les retrouvailles.

Et si jamais il fallait passer encore un peu de temps isolé, je vous conseille un livre que j’ai découvert récemment. Tous ceux qui tombent, Visages du massacre de la Saint-Barthélémy, de Jérémie Foa (Editions La Découverte, 2021). L’auteur, partant des sources de l’époque, et des documents qui ont été écrits dans les siècles suivants, fait sortir de l’ombre des anonymes ayant péri lors de cet horrible massacre, explique les ressorts et la mécanique qui ont permis que ce massacre se commette. Il n’y eut pas une explosion de violence anonyme, une foule déchaînée qui n’a pas pu être contenue, mais un massacre lentement ruminé et commis par des voisins sur leurs voisins, des semblables sur leurs semblables. Un mélange de fanatisme religieux et d’appât du gain, les maisons des familles exécutées étant souvent pillées aussitôt leur propriétaires assassinés.

Et au fil des pages, une réflexion passionnante sur la recherche, l’archive, ce qu’on y cherche, ce qu’on y projette et ce qu’on y trouve, ou pas, ce qu’on en attend et ce qu’on en apprend. A partir des sources de police, de justice, des inventaires après décès des victimes, l’auteur arrive à redonner un bout d’existence à ces personnes parfois sans nom qui deviennent une obsession, à ces personnes disparues brutalement de la fin de l’été à la fin de l’année 1572, à Paris et ailleurs en France.

Allons, soyons optimistes ! Je nous souhaite, pour 2022, un retour à la vie normale, à la vie tout court. Une nouvelle année commence. Qu’elle nous étonne ! (Dans le bon sens, si possible…)

Bonne Année 2022 !

Gilles

145. Louis Hébert, ascendance par les femmes

Louis Hébert fit deux séjours en Acadie entre 1606 et 1613 avant de  s’installer à Québec en 1617 avec sa femme, Marie Rollet, et leurs enfants, Anne, Guillaume et Guillemette.  Ils étaient ainsi la première famille française à prendre racine en Nouvelle France. 

Les travaux de chercheurs, dont ceux de Madeleine Jurgens (1), ont permis de connaître l’environnement familial de Louis avant son départ pour le Nouveau Monde.  Louis, apothicaire, est fils de Nicolas Hébert, également apothicaire à Paris, et de Jacqueline Pajot.  Jacqueline est elle-même fille de Simon Pajot, maître chandelier de suif, et de Jeanne Guérineau. 

J’ai eu le grand plaisir de découvrir, il y a quelques années, au bas d’une page d’un registre ancien de la paroisse Saint Sulpice de Paris, l’acte de mariage du couple Hébert – Rollet.  Vous pouvez consulter l’article qui raconte cette découverte ici.  Je continue de m’intéresser à Louis et Marie, et je repars, de temps à autres, sur leurs traces aux Archives Nationales de Paris.  

En suivant une piste, j’ai parcouru un inventaire après décès qui permet de connaître les parents et les grands-parents maternels de Jeanne Guérineau, et même un de ses arrière-grands-pères.  Cet homme, Guillaume Dupré, est le quadrisaïeul (arrière-arrière-arrière-grand-père) de Louis Hébert. Il a vécu au XVè siècle, et était actif en 1464.

L’inventaire après le décès de Jehanne Dupré, veuve de Pierre Gastellier, est dressé le mercredi 4 avril 1537 à la requête de son fils et de ses petits-enfants devant les notaires Michel de Felin et Claude Hallé.  Archives Nationales de Paris, Minutes du notaire Michel de Felin MC/ET/III/46.

L’an mil cinq cent trente sept, le mercredy quatrième jour d’avril après Pasques, à la requeste de honnorables personnes Nicolas Gastellier, marchant chandellier de suif, bourgeois de Paris, en son nom et comme exécuteur du testament et ordonnances de dernières volontés de feue Jehanne Dupré, en son vivant vefve de feu Pierre Gastellier, du vivant de luy aussi marchant chandellier de suif bourgeois de Paris, ses père et mère, de Guillaume Guérineau, pareillement marchant chandellier de suif, Guillaume Pajot, dudit estat , et Jehanne Guérineau l’aisnée, sa femme, Simon Pajot, semblablement dudit estat, et Jehanne Guérineau la jeune, sa femme.  Et lesdits Nicolas Gastellier, Guillaume Guérineau, Jehanne Guérineau l’aisnée et Jehanne Guérineau la jeune habilles à estre héritiers de ladite feue Jehanne Dupré, mère dudit Nicolas Gastellier et ayeulle maternelle desdits Guillaume Guérineau, Jehanne Guérineau l’aisnée et Jehanne Guérineau la jeune.

Grâce à cet acte, on sait que les deux Jeanne Guérineau, épouses de Guillaume et Simon Pajot, sont les petites filles de Jeanne Dupré, mais leurs parents ne sont pas nommés.  C’est la lecture des « titres et papiers » laissés par la défunte qui nous permettra de les connaître. 

L’acte inventorié Trois dit ceci : Item, Un autre brevet dudit Chastellet daté de l’an mil cinq cent quatorze le lundi douzième jour de may signé Pichon et Pichon par lequel appert Claude Guérineau, marchant huillier et chandellier de suif demeurant à Paris, rue Saint Honoré, et Marguerite, sa femme, de luy autorisée, fille de feu Jacques Jumault et de Jehanne, jadis sa femme, et lors femme dudit Pierre Gastellier…

Claude Guérineau et Marguerite Jumault sont ainsi les parents de Guillaume Guérineau et des deux Jeanne, ses sœurs.  Jehanne Dupré, avant d’épouser Pierre Gastellier, avait épousé en premières noces Jacques Jumault, avec qui elle avait eu au moins une fille, Marguerite.

La pièce inventoriée Vingt Ung confirme ces informations.  Cette pièce, faite et passée sous le scel de ladite prévosté le jeudy cinquiesme jour de juillet 1526 signée Pichon et Pichon contenant le traicté de mariage d’entre lesdits Guillaume Pajot et Jeanne Guérineau l’aisnée, sa femme, fille dudit deffunct Claude Guérineau et Marguerite Jumault, sa femme, fille de ladite deffuncte Jehanne du Pré et de feu Jacques Jumault, son premier mary.

C’est bien à travers Marguerite Jumault que Jehanne Guérineau l’aînée et Jehanne Guérineau la jeune sont petites-filles de Jehanne Dupré.

L’acte inventorié Quatre est une quittance passée le 14 février 1507 devant les notaires Desnoyers et Bithon par laquelle  appert ledit Guérineau avoit quitté à toujours lesdits deffuncts Gastellier et sa femme de tous les proffitz et guains qui pouvaient avoir esté faicts pendant le temps qu’ils avaient esté ensemble en leur mestier en l’hostel desdits Gastellier et sa femme. 

On peut imaginer que Claude Guérineau ait appris son métier chez Gastellier, qu’il y ait rencontré la fille de l’épouse de son maître, avec laquelle il se sera marié.  Dans tous les cas, cet acte nous apprend que Gastellier et Guérineau ont exercé ensemble leur métier pendant quelques années, et que Claude Guérineau se tenait pour content du partage des profits et gains qu’ils avaient faits en commun.

Dans la pièce inventoriée Six, passée devant de Sainct-Yon et Hochet et datée du lundi 14 février 1501, Claude Guérineau atteste avoir reçu une somme à lui promise par Pierre Gastellier et sa femme en faveur de son mariage avec Marguerite Jumault.

Dans la pièce inventoriée Sept, datée du 10 juin 1489, passée devant Barthélémy et Maulevault, Guillaume Dufour, marchand chandellier de suif, déclare avoir reçu une somme de Jehanne, veuve de feu Jacques Jumault.  Dufour agissait tant en son nom que comme ayant le gouvernement de Marguerite Jumault, fille mineure de ladite défunte.

Claude Guérineau et Marguerite Jumault se sont mariés entre le 10 juin 1489, date où Marguerite est dite fille mineure de Jehanne Dupré, sous la tutelle de Guillaume Dufour, et le 14 février 1501, où Claude et Marguerite sont mariés. Ils ont dû mourir relativement jeunes tous les deux, dans la mesure où c’est Jehanne Dupré qui stipule pour Jehanne Guérineau l’aînée lors de son contrat de mariage en 1526.

L’acte inventorié Huit nous dit que Jacques Jumault, premier mari de Jehanne Dupré, était aussi chandelier de suif, et qu’il était toujours vivant le 19 janvier 1480, date où est passé cet acte.

Un acte du 13 juillet 1531 passé devant Pichon et Pichon et inventorié Dix est une quittance de Nicolas et Marie Gastellier à Jehanne Dupré, leur mère.  Les deux enfants reconnaissent que leur mère leur a bien donné tous les biens qui leur revenaient comme héritiers de Pierre Gastellier, leur père.  Marie Gastellier est certainement morte sans enfant avant sa mère, puisqu’elle n’apparaît pas comme héritière dans l’inventaire après décès de celle-ci.

La pièce inventoriée Quatorze est passée devant Pichon et Pichon le 8 avril 1524.  Comme d’autres actes de cet inventaire, elle parle d’une maison située « dans une petite ruelle par laquelle l’on va de la croix de l’Apport Baudoyer au vieil cymetiere Saint Jehan ».  Jehan Aubry l’aîné, marchand chandelier de suif, et sa sœur Geneviève, femme de Pierre Pajot, vendent à Pierre Gastellier et Jehanne Dupré deux dixièmes de la moitié de cette maison, qu’ils tiennent « de leur propre et à eulx venus par le trespas et succession de feue Marguerite Dupré, leur mère ».  L’acte inventorié Onze nommait déjà Marguerite Dupré, femme d’Isaac Aubry, et Robine Dupré, femme de Louis Bonouvrier, les deux sœurs filles de feu Guillaume Dupré.  Il est facile d’imaginer que Jehanne, Marguerite et Robine Dupré étaient sœurs, filles de Guillaume, Jehanne et son mari rachetant les parts des sœurs de Jehanne dans cette maison.

L’acte inventorié Dix Neuf confirme l’hypothèse énoncée plus haut sur les liens entre les filles Dupré.

Item Un inventaire contenant trente six Rolles de pappier escripts fait des biens meubles, debtes  et —– demeurez du décès de feue Robine Dupré, en son vivant femme de Jehan Nodes, paravant femme dudit Bonouvrier, seur de ladite deffuncte, non signé. Comme cette pièce est inventoriée dans l’IAD de Jehanne Dupré, celle-ci est bien ladite défunte dont on parle.  Jehanne, Robine et Marguerite Dupré étaient donc sœurs, filles de Guillaume.

Et voici l’acte inventorié Vingt : Item Un autre inventaire contenant vingt cinq feuillets escripts, fait des biens meubles, debtes et —– demeurez du décès dudit deffunct Pierre Gastellier, signé Pichon et Pichon.  La date de cet inventaire n’est pas donnée, mais il est certainement à trouver dans les minutes des notaires nommés.

Entre les actes Vingt et Vingt Ung, le notaire commence à inventorier une pièce, mais s’arrête et la rature.  On trouve quand même les éléments les plus importants dans ce début de texte.

Item Une —— faitte et passée sous le scel le vendredy XIè jour de juing mil IIIIc IIIIXX et deux (1482) signée Barthélémy et Maulevault, contenant le traicté de mariage d’entre lesdits deffuncts Pierre Gastellier et Jehanne Dupré, par lequel entre autres choses, appert ledit deffunct Gastellier avait doué…   La rédaction s’arrête à cet endroit.  Le minutier central de Paris ne contient pas de minutes au nom de Barthélémy, et celles de Maulevault correspondant à cette date ne sont malheureusement pas consultables à cause de leur état matériel. Lors de son décès en 1537, Jehanne Dupré devait être très âgée, puisqu’elle est morte 55 ans après son second mariage.

L’apparition de Pierre Pajot dans l’acte inventorié Quatorze est intéressante. J’ai pu consulter le contrat de mariage de Guillaume Pajot et de Jehanne Guérineau l’aînée, dont j’avais parlé plus haut.  Il est conclu entre Jehanne Dupré, comme grand-mère de l’épouse, et Guillaume Pajot, en son nom.  Le contrat nous apprend malheureusement peu de chose sur la famille Pajot.  Les témoins de Guillaume sont Pierre, son frère, et Pierre Tabart, son cousin.  Ce Pierre Pajot doit être l’époux de Geneviève Aubry, rencontré dans l’acte inventorié Quatorze.  Je n’ai rien trouvé sur le cousin des frères Pajot, Pierre Tabart.

L’inventaire après déces de Jehanne Dupré nous permet donc de connaître cinq nouveaux ancêtres sur trois générations dans l’ascendance maternelle de Louis Hébert.  On y voit aussi que toute cette branche de sa lignée maternelle faisait partie de la communauté des chandeliers de suif et huiliers, comme son grand-père Pajot. 

On trouve nommés quelques-unes des personnes citées dans l’inventaire après décès de Jehanne Dupré dans un texte officiel.  En décembre 1464, les statuts et règlements de la communauté des chandeliers huiliers de Paris sont mis à jour par le roi Louis XI, afin de les rendre plus adaptés à l’époque.  A la fin de cet édit royal, plusieurs maîtres chandeliers sont nommés, parce que présents lors d’une audience où, représentant leurs pairs, ils reconnaissent l’utilité de ces nouveaux statuts. (2)

Guillaume Dupré et Guillaume du Four sont certainement ceux rencontrés dans les actes cités plus haut, et qui dataient des années 1480.  Le Pierre Pajot de ce texte n’est probablement pas celui nommé dans l’acte de 1524, soixante ans plus tard.  Il pourrait être son père ou un parent.  On voit aussi deux maîtres chandeliers nommés Morillon.  Dans un des actes inventoriés mais que je n’ai pas utilisé ici, Marie Gastellier, fille de Pierre et de Jehanne Dupré était épouse d’un maître chandelier nommé Pierre Morillon. 

Le 24 juin 1572, Jehanne Guérineau la jeune est toujours vivante. Elle est présente lors de la signature du contrat de mariage de sa petite-nièce, Jehanne Clauseau, fille de Pierre Clauseau et de Thomasse Pajot, avec Jean Puthomme, notaire à Paris. Thomasse était fille de Guillaume Pajot et de Jehanne Guérineau l’aînée.
Jehanne la jeune est dite décédée lors du contrat de mariage de son fils Jehan avec Catherine Chambize, le 8 mars 1573. Je n’ai pas pu consulter cet acte, dont je suppose qu’il est daté du 8 mars 1573 avant Pâques (calendrier julien), donc probablement du 8 mars 1574, le dimanche de Pâques 1574 étant le 11 avril.
L’inventaire après décès de Jehanne Guérineau porte une annotation tardive indiquant qu’il serait daté d’octobre 1573. Le haut des pages, comme l’avait déjà fait remarquer Madeleine Jurgens, est très abîmé, avec des parties manquantes. Je n’ai pas trouvé de passage précisant la date de cet inventaire. Il est placé entre un inventaire daté d’octobre 1573 et un autre, daté de décembre 1573. AN de Paris, Inventaires après décès du notaire Jean Puthomme MC/ET/IX/217.

Ce détail du plan de Paris, de Truschet et Hoyau, Gallica (XVIè siècle), montre le quartier dont il est question dans quelques actes de l’inventaire après décès de Jehanne Dupré.

On voit à droite la Seine, et au centre, en bas, la place de Grève et l’Hôtel de Ville.  Juste derrière l’Hôtel de Ville, on trouve l’église Saint Jean en Grève, et juste derrière elle, l’église Saint Gervais – Saint Prothais.  A gauche de Saint Gervais, j’ai entouré en rouge la croix de l’apport Baudoyer et, à sa gauche, le cimetière Saint Jean.

Voici, pour finir, l’ascendance maternelle de Louis Hébert telle que je peux l’établir à partir de l’inventaire après décès de son arrière-arrière-grand-mère.  Il est un peu étonnant de constater que, sur cinq générations, on ne remonte que par les femmes.

Notes:

(1) Voir les trois articles qu’elle a écrits pour la revue Mémoires de la Société Généalogique Canadienne-Française sous le titre général Recherches sur Louis Hébert et sa famille
I. La famille maternelle de Louis Hébert : les Pajot, Vol. VIII No 2, avril 1957, pp 106-112
II. Nicolas Hébert, Vol. VIII No 3, juillet 1957, pp 135-145
III. Louis Hébert, Vol. XI Nos 1 et 2, janvier – avril 1960, pp 24-31

(2) Recueil des statuts, arrest et sentences servant de réglement à la Communauté des Maîtres chandeliers, et des Maîtres huiliers de la Ville et Fauxbourgs de Paris. Paris, 1760, Chardon imprimeur. Gallica. Ce document regroupe les différents textes qui ont réglé le métier depuis 1061. L’extrait que j’ai reproduit est à la page 11.

144. Les hypothèses: Anne Rabady (Rabardy), fille du roy

Cette fille du roy est une énigme, dans la mesure ou ni son contrat de mariage, ni son acte de mariage n’ont été conservés. Aucune autre pièce ne donne d’indice sur son parcours en France avant son départ. On ne connaît pas, en conséquence, son lieu d’origine, pas plus que le nom de ses parents.

On estime en général que son mariage avec Antoine Lécuyer a dû avoir lieu vers 1670. Je descends d’Anne et d’Antoine à la 11è génération par mon père à travers leur première fille, Marie Anne. Ils ont mis au monde sept filles et quatre garçons, dont dix ont atteint l’âge adulte, et sept se sont mariés. Les actes de baptême des quatre premiers enfants sont perdus, le cinquième a été baptisé à Champlain, la sixième à Sainte Anne de la Pérade, et les cinq derniers à Batiscan. Anne fut sage-femme, selon certains actes de baptême de ce village.

Antoine Lécuyer, son mari, est inhumé le 30 avril 1718 à Batiscan. Comme pour son épouse, on ne sait pas d’où il est venu, et on ne connaît pas le nom de ses parents. On estime son âge à 33 ans lors du recensement de 1681, et à 74 ans lors de son inhumation. Il serait ainsi né vers 1644 ou 1648.

Anne, dont on estime l’âge à 27 ans en 1681, est inhumée le 4 septembre 1747 à Batiscan, et on lui donne « 96 ans et plus ». Elle serait née vers 1651 ou 1654.

J’ai fait des recherches sur le nom Rabady en France, mais on ne trouve pratiquement rien, et les actes relevés, à une exception près, ne sont pas au nom Rabady. Je suis revenu vers les registres paroissiaux de Nouvelle France pour constater que le nom d’Anne varie beaucoup. On trouve Rabady, Rabaddy, Rabaddi, Rabbady, mais également, et c’est là que ça devient intéressant, Rabardie et Rabardy.

Voici comment sont recensés Anne et son mari en 1681 à Batiscan.

Anthoine Lequier, 33 [ans] Anne Rabardy, sa femme 27 [ans]

Une recherche sur le nom Rabardy en France donne de nombreux résultats, et à quelques rares exceptions près, ces Rabardy ont tous vécu dans la ville de Grand Quevilly, près de Rouen, dans le département de la Seine Maritime. On pourrait croire qu’il n’y avait qu’une seule famille Rabardy en France, ou alors que cette famille était originaire d’un autre pays et s’était installée en France au milieu du XVIè siècle. J’ai donc exploré les registres de cette paroisse, à la recherche d’une Anne Rabardy, et j’en ai trouvé cinq, dont une qui pourrait bien correspondre à la pionnière. Les quatre autres, trois filles nommées Anne et une nommée Marie Anne, sont toutes nées trop tardivement (entre 1675 et 1697) pour être celle qui nous intéresse.

Atlas de la généralité de Rouen, où on voit tous les lieux ou il y a quelq. dignité, les charges de judicature, les bénéfices, le fort et le faible des paroisses et autres observations expliquées dans la clef et qui n’ont été faites jusq. a present / par De La Motte, un des eschevins de la ville de Harfleur. François de la Motte, cartographe, 1683. Gallica
Détail de la carte précédente, où on voit la ville de Rouen, sur la rive nord de la Seine, et de l’autre côté, dans la boucle formée par les méandres du fleuve, Grand Quevilly. La ville est à un peu moins de six kilomètres de Rouen.

Anne, fille de Thomas Rabardy et de Marie Huet est baptisée le 29 juillet 1655 à Grand Quevilly. Parrain (prénom laissé en blanc) Rabardy et marraine Anne Dupont.

Anne, fille de Thomas Rabardy et Marie Huet a esté baptisée le 29 de juillet, nommée et tenue par —— Rabardy et Anne Dupont, parrain et marraine.

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/6c2f9367d8afacdc3b61e16dd3979411/dao/0/12

Le même acte se trouve en vue 16 du même registre. L’âge estimé d’Anne en Nouvelle France, on s’en souvient, la faisait naître vers 1651 ou 1654. Née en 1655 à Grand Quevilly, cette Anne est donc très intéressante.

Thomas Rabardy et Marie Huet ont trois autres enfants baptisés à Grand Quevilly.

  • Marie, soeur d’Anne, avait été baptisée le 6 juillet 1653 à Grand Quevilly. Parrain Pierre Huet et marraine Marguerite Besnard, fille de Nicolas. (1) Marie Rabardy, fille de Thomas, est inhumée le 11 octobre 1661 à Grand Quevilly.
  • Nicollas Rabardy, fils de Thomas et de Marie Huet, est baptisé le 29 décembre 1656 à Grand-Quevilly.  Parrain Nicollas Le Fevre et marraine Isabeau Conitrel. (2)
  • Jeanne Rabardy, fille de Thomas et de Marie Huet, est baptisée le 2 janvier 1660 à Grand-Quevilly.  Parrain André Durand et marraine Janne Durand. (3)

Thomas Rabardy est parrain d’Isabeau Lucet, baptisée le 5 février 1651 à Grand Quevilly.

Thomas Rabardy est encore parrain de Thomas, fils de Nicolas Rabardy et de Robine Costé, baptisé le 17 septembre 1651 à Grand Quevilly.

Marie Huet est marraine d’un second fils nommé Thomas, de Nicolas Rabardy et Robine Costé, baptisé à Grand Quevilly le 24 août 1655.

Je n’ai plus trouvé trace de Thomas Rabardy et de Marie Huet après l’inhumation de leur fille Marie, le 11 octobre 1661.

Nicolas Rabardy et Robine Costé (Cotté)

On trouve, dans les registres paroissiaux de Grand Quevilly, les actes de baptême de cinq des enfants de ce probable frère de Thomas Rabardy.

  • Magdeleine, fille de Nicolas Rabardy et de Robine Cotté, est baptisée le 6 avril 1640 à Grand Quevilly. Parrain Jehan Cotté et marraine Noëlle du Hamel. (9)
  • Nicolas, fils de Nicolas Rabardy et de Robine Cotté, est baptisé le 21 janvier 1642 à Grand Quevilly. Parrain François Cotté et marraine Jeanne Dieul. (10)
  • Thomas, fils de Nicolas Rabardy et de Robine Costé, est baptisé le 17 septembre 1651 à Grand Quevilly. Parrain Thomas Rabardy et marraine Jacqueline Martin. (11)
  • Thomas, fils de Nicollas Rabardy et de Robine Costé, est baptisé le 24 août 1655 à Grand Quevilly. Parrain Pierre Mallet et marraine Marie Huet. (12)
  • Jean, fils de Nicollas Rabardy (la mère n’est pas nommée), est baptisé le 18 mars 1658 à Grand Quevilly. Parrain Jean du Pont, et marraine Elisabeth ?????. (13)

J’ai aussi identifié deux autres fils de ce couple, Pierre et Abraham.

Pierre Rabardy, fils de Nicolas, épouse Marthe Caban le 6 août 1670 à Grand Quevilly. Sa mère n’est pas nommé, mais Jean Costé est présent au mariage.

Les bans de mariage d’Abraham Rabardy, fils de Nicolas et de Robine Costé, de la paroisse de Saint Pierre de Grand Quevilly, et d’Anne Doré, sont publiés à Saint Eloi de Rouen le 15 août 1688. Leur mariage a lieu à Grand Quevilly le 31 août 1688. Dans l’acte, Abraham est dit fils de Nicolas, et de défunte Robine Costé.

Si j’ai perdu la trace de Thomas Rabardy et Marie Huet en 1661, Nicolas Rabardy et Robine Costé restent présents dans les registres de Grand Quevilly.

  • Un fils nommé Pierre, est inhumé le 8 octobre 1668 à l’âge de 18 ans.
  • Un autre fils, Jean, est inhumé le 13 mars 1677 âgé de 20 ans. Il doit s’agir du fils baptisé le 18 mars 1658.
  • Robinne Costé est inhumée le 14 avril 1676 âgée de 65 ans. Nicolas Rabardy, son mari, est présent, ainsi que Nicolas et Pierre Rabardy, leurs fils.
  • Nicolas Rabardy est inhumé le 1er novembre 1688. On lui donne 63 ans alors qu’il en a dix de plus. C’est la présence de ses trois fils, Thomas, Nicolas et Abraham, qui confirme qu’il s’agit bien du bon Nicolas.

Abraham Rabardy et Ysabeau/Elizabeth, sa femme

Ce couple ayant mis au monde deux fils, nommés Thomas et Nicolas, ils sont certainement les grands-parents d’Anne.

  • Catherine, fille d’Abraham Rabardy, est baptisée le 6 juillet 1611 à Grand Quevilly. Parrain Henri Dieul et marraine Catherine Dieul. (4)
  • Ysabeau, fille d’Abraham Rabardy et d’Ysabeau, sa femme, est baptisée le 27 septembre 1613 à Grand Quevilly. Parrain Jehan Caben et marraine Catherine Paris. (5)
  • Nicolas, fils d’Abraham Rabardy et d’Elizabeth, sa femme, est baptisé le 8 octobre 1615 à Grand Quevilly. Parrain Adrien Benard et marraine Alizon du Pont. (6)
  • Thomas, fils d’Abraham Rabardy et Elisabeth, sa femme, est baptisé le 6 mars 1618 à Grand Quevilly. Parrain Thomas du Pont et marraine Ester, femme d’Henri Dieul. (7)

Abraham Rabardy et Simonne, sa femme

Abraham, fils d’Abraham Rabardy et de Simonne, sa femme, est baptisé le 8 novembre 1621 à Grand Quevilly. Parrain Denis Benard et marraine Ysabeau Hornay. (8) S’agit-il du même Abraham qui, veuf d’Ysabeau, sa première femme, aurait épousé Simonne?

Le plus ancien Rabardy que j’ai repéré dans les registres paroissiaux de Grand Quevilly est Robert, qui se marie avec Marie Legendre en 1586. Le prêtre indique les trois mariages qui ont été célébrés cette année-là, mais sans en donner la date. (14) Les registres de Grand Quevilly ont ensuite une lacune qui va de 1587 à 1604. Je ne sais donc pas s’il y a un lien entre Robert et Abraham Rabardy. Il est probable que oui, vu le peu de personnes qui portent ce nom de famille.

J’espérais trouver trace d’Anne Rabardy dans les registres des entrées et sorties de l’Hôpital Général de Rouen, où on croise quelques unes des filles du roy originaires de cette ville, mais elle n’y figure pas. Je range donc cet article dans la catégorie des hypothèses. Rien ne permet d’affirmer qu’Anne Rabardy, née en 1655 à Grand Quevilly, fille de Thomas et de Marie Huet, est la fille du roy recherchée. Cependant, la rareté du nom Rabardy en France, et sa répartition géographique très concentrée dans la ville de Grand Quevilly, de même que l’année de naissance qui correspond à un an près à celle attendue, permet de poser l’hypothèse, et de penser que cette Anne a peut-être traversé l’Atlantique pour fonder une famille avec Antoine Lécuyer.

Deux autres filles du roy sont originaires de Grand Quevilly, arrivées à Québec en 1667 et mariées en novembre 1667 pour l’une, et en janvier 1668 pour l’autre. Assez étrangement, l’une d’elles se nomme Marie Huet ou Hué. Je me suis un moment demandé s’il pouvait s’agir de la mère d’Anne Rabardy, mais née en 1633 et baptisée au temple protestant de Grand Quevilly, et n’étant pas dite veuve de Thomas Rabardy lors de son mariage à Québec en 1668, elle n’est pas la mère d’Anne, mais était peut-être une parente.

L’autre fille originaire de Grand Quevilly est Marie Varin, dont j’ai eu le plaisir, il y a trois ans, de trouver l’acte de baptême dans les registres protestants de la ville. Vous pouvez lire l’article sur Marie Varin ici.

Notes:

(1) https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/6c2f9367d8afacdc3b61e16dd3979411/dao/0/9

(2)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/6c2f9367d8afacdc3b61e16dd3979411/dao/0/20

(3)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/6c2f9367d8afacdc3b61e16dd3979411/dao/0/29

(4)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/0e49f7332fd1c9cd18cdada4f9d00680/dao/0/10

(5)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/0e49f7332fd1c9cd18cdada4f9d00680/dao/0/11

(6)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/0e49f7332fd1c9cd18cdada4f9d00680/dao/0/13

(7)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/0e49f7332fd1c9cd18cdada4f9d00680/dao/0/14

(8)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/0e49f7332fd1c9cd18cdada4f9d00680/dao/0/18

(9)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/0e49f7332fd1c9cd18cdada4f9d00680/dao/0/29

(10)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/0e49f7332fd1c9cd18cdada4f9d00680/dao/0/32

(11)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/6c2f9367d8afacdc3b61e16dd3979411/dao/0/8

(12)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/6c2f9367d8afacdc3b61e16dd3979411/dao/0/17

(13)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/6c2f9367d8afacdc3b61e16dd3979411/dao/0/24

(14)

https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/edb3f188dc5250d87b9c0e5bfddf8224/dao/0/9

143. Marguerite Housseau, fille du roy

Il y a bientôt dix ans, Jean-Marie Germe me signalait les découvertes qu’il avait faites sur Marguerite, ses parents et grands-parents. Il m’avait permis de connaître l’acte de baptême de la pionnière, six frères et sœurs baptisés à Troyes, enfants de Nicolas Housseau et de Marguerite Baleduc, ainsi que ses grands-parents paternels, Claude Housseau et Claude Pertuisot, qui avaient eu sept enfants, dont Nicolas, le père de Marguerite. (1)

Lors d’un passage aux Archives départementales de l’Aube, à Troyes, où je faisais des recherches sur une autre famille, je suis tombé par hasard sur le contrat de mariage d’une des soeurs de Nicolas, donc tante de Marguerite, jusque là inconnue.

Le 19 juillet 1633, devant Barat et Tartel, notaires à Troyes, Françoise Housseau, fille de Claude, marchand demeurant à Troyes, et de Claude Perthuisot signe son contrat de mariage avec Estienne Chauchefoin, fils de Nicolas, marchand demeurant à Auxerre, et de défunte Marie Bourgoin. Françoise et Estienne sont tous les deux au service de Nicolas le Marguenat, sieur de Courcelles, conseiller du roi, grand audiencier en la chancellerie de Bourgogne, demeurant à Troyes. C’est d’ailleurs dans la maison de le Marguenat que le contrat est signé. Les témoins de Françoise, outre ses parents, sont Pierre Housseau, petit clerc en l’église Saint Nicolas de Troyes, et Marc Housseau, marchand à Troyes. Archives départementales de l’Aube, minutes du notaire Laurent Tartel 2E2 41.

Parmi les enfants de Claude Housseau et de Claude Pertuisot que M. Germe avait retrouvés, il y avait effectivement deux garçons nommés Pierre et Marc. Les deux témoins de Françoise doivent être ses frères.

En fin de contrat, on trouve, dans la colonne de droite, les signatures de Claude Housseau et de sa fille Françoise, du futur époux, Estienne Chauchefoin ainsi que celle du notaire Tartel.

J’espérais trouver d’autres actes concernant la famille de Claude Housseau et Claude Pertuisot dans les minutes de Laurent Tartel, mais je n’ai malheureusement rien repéré dans les années qui précèdent et qui suivent. J’ai aussi cherché dans les registres de Saint Jean de Troyes l’acte de baptême de Françoise, mais sans succès.

Note:

Voici le lien vers l’arbre de M. Germe publié sur généanet, où se trouvent les informations sur la famille de Marguerite Housseau.

(1) https://gw.geneanet.org/jgerme

142. Marguerite Laverdure, fille du roy

Marguerite La Verdure passe son contrat de mariage avec Maurice Crespeau à Québec, devant le notaire Pierre Duquet, le 12 octobre 1665. Je n’ai pas vu ce contrat de mariage, les minutes de Duquet n’étant pas en ligne. J’ai cependant consulté une transcription qui en a été faite et qu’on trouve sur le site de la Société Généalogique de Québec. L’acte de mariage du couple est semble-t-il perdu. Dans la transcription du contrat, il est écrit que Marguerite La Verdure est fille de Martin La Verdure et de Jacline Lu Liot, de la paroisse Saint Nicolas des Champs de Paris.

Dans les fiches du PRDH, Programme de Recherche en Démographie Historique, on donne neuf enfants au couple, nés entre 1667 et 1684 dans les paroisses de Sainte Famille et Saint Pierre de l’Ile d’Orléans. Sept d’entre eux atteindront l’âge adulte et se marieront. Je descends de Marguerite Laverdure et de Maurice Crespeau à la 9è, 10è et 11è génération à travers trois de leurs enfants, Anne, Marguerite et Robert, une fois par ma mère et trois fois par mon père.

Maurice Crespeau est décédé le 8 et inhumé le 10 septembre 1704 à Saint Pierre de l’Ile d’Orléans à l’âge de 66 ans. Marguerite lui survit plus de vingt ans. Elle meurt à son tour le 22 et est inhumée le 23 août 1727 à Saint Pierre. Le prêtre la dit âgée de 86 ans, et il indique aussi que Marguerite était depuis plusieurs années retombée en enfance, comme on le disait encore dans ma jeunesse.

Le vingt deux du mois d’aoust de l’année mil sept cent vingt sept est décédée en cette parroisse, dans la communion de la sainte Eglise, Marguerite Verdure, veuve de Morice Crespeau, âgé de quatre vingt six ans, estant —- sans sacrements, estant morte subitement apprès plusieurs années d’enfance. Le vingt trois dudit mois a esté inhumée dans le cimetière de cette parroisse avec les cérémonies prescrites par la sainte Eglise Romaine en présence de Jean Bussière et Michel Marandas, pris pour tesmoins, qui ont déclaré ne savoir signer de ce requis, lecture faite suivant l’ordonnance par moy soubsigné. L Caillet curé de St Pierre

J’ai vu récemment un contrat de mariage dans les minutes du notaire Claude Le Vasseur, Archives Nationales de Paris, MC/ET/XXXV/226, dont je pense qu’il pourrait bien s’agir du contrat de mariage des parents de Marguerite.

Ce contrat est conclu le 19 juillet 1644 entre « Louis Pillet, maître savetier à Paris, y demeurant rue Saint Martin, paroisse Sainct Nicolas des Champs, et Jeanne Capelle, à présent sa femme et auparavant vefve de feu Nicolas Verdure, vivant tailleur d’habits à Paris, stipullant pour Martin Verdure, fils dudit deffunct Verdure et de ladite Capelle, d’une part, et Jacqueline Gromont, usant de ses biens et droicts, fille de deffuncts Josse Gromont, vivant charon demeurant à Villiers, et de Jeanne Parmentier, sa femme, demeurant à Paris, rue des Gravilliers, paroisse Sainct Nicolas des Champs ».

Nicolas Verdure est décédé avant 1629. Le 26 juillet 1629 est baptisé à Saint Eustache de Paris Pierre Pilet, fils de Louis, maître savetier, et de Jeanne Capel. (Fonds Laborde)

On l’a vu plus haut, les 86 ans qu’on donne à Marguerite Verdure lors de son inhumation indiquerait une naissance en 1641. Son âge estimé lors des recensements de 1666 (20 ans), 1667 (22 ans) et 1681 (35 ans), la ferait plutôt naître en 1645 ou 1646. Estimer l’âge d’une jeune femme, avec son aide, est certainement plus simple que d’estimer l’âge d’une vielle dame qui n’a plus sa tête. Je penche donc davantage vers une naissance en 1645 ou 1646.

Dans les actes relevés par le PRDH où elle apparaît, Marguerite est nommée huit fois Laverdure mais quatorze fois Verdure. Le contrat de mariage de Martin Verdure et de Jacqueline Gromont a lieu en 1644. Née en 1645 ou 1646, Marguerite serait née dans les deux ans suivant le mariage de ses parents. Le prénom et le nom du père sont les bons, la paroisse d’origine est aussi la bonne. Le prénom de la mère coïncide également.

Le nom de la mère de Marguerite, Jacline Lu liot, selon la transcription dont j’ai parlé, est le plus souvent interprété Leliot, ou parfois Le Cat. Reste évidemment à comprendre comment le nom Gromont serait devenu Lu liot, Leliot ou Le Cat en Nouvelle France. J’ai déjà évoqué des situations semblables dans quelques articles, Marguerite ne serait pas la première dont le prénom ou le nom d’un des parents ne serait pas celui attendu. La question se pose régulièrement; comment le notaire comprend-il et inscrit-il les noms dans un acte? Et dans ce cas précis, on peut aussi se poser la question de la façon dont le nom a été interprété dans la transcription du contrat de mariage. J’aimerais bien consulter l’original de ce contrat pour m’en faire une idée plus précise.

A défaut de pouvoir affirmer de manière certaine que ce contrat de mariage est bien celui des parents de la pionnière, et qu’il nous révèle le nom de ses grands-parents paternels et maternels, j’avance qu’il y a une assez forte probabilité pour qu’on soit bien en présence des parents et grands-parents de Marguerite.

141. Marguerite Lespeuvrier, fille du roy, famille paternelle.

Dans l’article précédent, j’ai exposé ce que j’ai trouvé sur l’ascendance de Marguerite du côté de sa mère, Marguerite Bourgeois. Dans ce nouvel article, je vais parler de la famille de son père, Nicolas Lespeuvrier. J’ai bien identifié les parents de Nicolas, mais les sources que j’ai consultées, même si on y rencontre un assez grand nombre de personnes certainement parentes tant du côté paternel que maternel, ne permettent pas de remonter de façon certaine l’ascendance paternelle de Marguerite Lespeuvrier au delà de ses grands-parents.

Au moment de la signature de son contrat de mariage avec Marguerite Bourgeois, dont j’ai parlé dans l’article précédent, Nicolas Lespeuvrier est procureur en la Cour de Parlement de Paris, demeurant rue des Noyers, paroisse Saint Etienne du Mont. Il est fils de Jean Lespeuvrier, bourgeois de la ville de Troyes, et de Marie Nervost. On trouve d’ailleurs les signatures de ses parents sur la procuration qu’ils ont faite devant deux notaires de Troyes le 22 novembre 1633. Le nom de la personne à qui les parents de Nicolas donnaient le pouvoir de consentir à leur place à la conclusion du contrat de mariage est laissé en blanc, probablement parce que Marie Nervost s’est finalement déplacée elle-même à Paris, et qu’il n’était plus besoin de nommer un « procureur général et spécial ». Voici les signatures de Jehan Lespeuvrier et de Marie Nervost.

J’ai joint, dans l’article précedent, les signatures des témoins au contrat de mariage de Nicolas Lespeuvrier et de Marguerite Bourgeois. J’y reviens, parce qu’un détail a attiré mon attention. Marie Nervost est le seul témoin nommé pour Nicolas, or, quatre personnes signent « Nervost ».

Soit plusieurs personnes de la famille maternelle de Nicolas se sont déplacées depuis Troyes pour assister à la signature de ce contrat de mariage, ce qui paraît étonnant pour l’époque, soit il avait des parents du côté maternel installés à Paris. C’est bien cette deuxième hypothèse qui se révèle la bonne.

Le 16 mars et le 13 mai 1640, un conseil de famille se réunit à la demande de Pierre Nervost, émancipé d’âge, fils de défunt Denis Nervost, procureur au parlement de Paris, et d’Elisabeth Jouanet, sa première femme, afin de conclure un accord avec Louise Le Meusnier, seconde épouse et veuve de Denis Nervost, comme tutrice des enfants mineurs du défunt et d’elle, sur la transmission de l’office de procureur en parlement de Denis vers Pierre Nervost. On trouve parmi les membres de la famille présents François Nervost, marchand de la ville de Troyes, cousin paternel, et Nicolas Lespeuvrier, également procureur en parlement, et aussi cousin paternel de Pierre.

L’inventaire après décès de Denis Nervost est commencé le 27 mars 1640 devant le notaire Nicolas Bauldry à la requête de Louise Lemusnier, sa veuve, comme tutrice de leurs enfants mineurs, mais également à la requête de Pierre Nervost, fils du premier mariage du défunt avec Elizabeth Joannet, de Gilles Legalier, procureur en la cour de Parlement, curateur de Pierre Nervost (Gilles Legalier était oncle de Pierre, étant l’époux de Catherine, soeur d’Elizabeth Joannet) et enfin de Nicolas Lesprivier, procureur en la cour de Parlement, comme subrogé tuteur des enfants mineurs de Denis Nervost et de Louise Lemusnier. Nicolas habite alors rue et paroisse Saint André des Arts. AN de Paris, Minutes du notaire Nicolas Bauldry MC/ET/XIX/419

Denis Nervost, procureur en la cour de parlement demeurant rue Saint Jean de Beauvais, paroisse Saint Etienne du Mont, et Louyse Le Musnier, fille de défunt Estienne, aussi procureur en la cour de parlement, et de dame Anne Hureau, avaient passé leur contrat de mariage le 14 janvier 1630. AN de Paris, Minutes du notaire Pierre Cressé MC/ET/XXXIII/258. Les témoins de Denis issus de sa famille sont Messire Nicolas Nervost, prêtre et aumônier de Monseigneur le duc de Chevreuse, honorable homme Jehan Nervost, bourgeois de Paris, ses oncles, Jehan Lespeuvrier, son cousin, (probablement l’époux de Marie Nervost, père de Nicolas Lespeuvrier) Nicolas Lefébure, sieur de Champblain, et (prénom laissé en blanc) Lefébure son fils, cousins.

Dans l’IAD de Denis Nervost, parmi les titres et papiers du défunt, l’acte inventorié Onze est une renonciation par Denis Nervost aux successions de Loup Nervost et Magdelaine Balleseau, ses père et mère, 22 mai 1637 au greffe du Châtelet de Paris.

Dans l’acte inventorié Quinze, on retrouve Jehan Lespeuvrier, marchand hostelier à Troyes, et Marie Nervost, sa femme. Ils demandaient au défunt d’accorder un prêt à leur fils Nicolas. A cet acte sont attachées trois obligations de Nicolas Lespeuvrier à Denis Nervost pour le remboursement des sommes prêtées.

Les Lespeuvrier et Nervost à Troyes

Dans les registres paroissiaux de Saint Jean de Troyes, on trouve les actes de baptême d’un frère et d’une sœur de Nicolas.

Jehan, fils de Jehan Lespeuvrier et de Marie Nervost, est baptisé le 14 juillet 1592 à Saint Jean de Troyes. Parrains nh Jehan Daultruy, bourgeois de Troyes et maire de ladite ville (Jehan Daultruy était l’époux de Nicole Nervost), et nh Nicolas le Fébure (il était présent comme cousin de l’époux lors de la signature du contrat de mariage de Denis Nervost et de Louise Le Musnier), et marraine Jehanne Prieur, veuve de hh Nicolas Nervost.

http://www.archives-aube.fr/ark:/42751/s005568317263b3f/5568317273129

Marie, fille de noble homme Jehan Lespeuvrier et de dame Marie Nervot, sa femme, est baptisée le 14 mars 1594 à Saint Jean de Troyes. Parrain noble homme Isaac Camus, et marraines Jacquette Desrieux et Claude Nervost.

http://www.archives-aube.fr/ark:/42751/s005568317263b3f/556831727c580

On trouve aussi la famille de Loup Nervost et Magdelene Balesault dans les registres de Saint Jean et de Sainte Madeleine de Troyes.

Denis, fils de Loup Nervost et de Magdelene Balesault, est baptisé le 30 avril 1585 à Sainte Madeleine. Parrains Denis Boolof (Boolot ?), seigneur de Fontaine, et Françoys Nervost, fils de feu nh Jehan Nervost, et marraine dame Claude Nervost, veuve de feu nh Jehan Dufer.

http://www.archives-aube.fr/ark:/42751/s005568318025d61/5568318027cfd

Marie, fille de Loup Nervost, marchand à Troyes, et de Magdelaine Balesaux, est baptisée le 21 décembre 1586 à Sainte Madeleine. Parrain Jehan Daultruy, marchand à Troyes, et marraines dame Marie, femme de Monsieur Alain Balesaulx, et « Marie Nervost, soeur du père ». Cette Marie est peut-être la mère de Nicolas Lespeuvrier.

http://www.archives-aube.fr/ark:/42751/s005568318025d61/556831802baf7

Catherine, fille de Lupus Larvost (sic), sergent à Troyes, et de Magdelene Ballesot, est baptisée le 24 novembre 1588 à Sainte Madeleine. Parrain Jehan Larvost, prêtre, et marraines dame Jacquette Des Rault et dame Jehanne Prieur, femme de feu noble homme Nicolas Larvost,

http://www.archives-aube.fr/ark:/42751/s005568318025d61/556831802f75d

Nicole, fille de Loup Nervost, huissier à Troyes, et de Magdelene, sa femme, est baptisée le 14 octobre 1590 à Saint Jean. Parrain Nicolas Regnier, conseiller en la prévôté de Troyes, et marraines Claude Nervost, femme de sire Robert Jacquinet, et Perrette Dufer, fille de feu Jehan Dufer.

http://www.archives-aube.fr/ark:/42751/s005568317263b3f/556831726b410

Symonne, fille de Loup Nervost, huissier à Troyes, et de Magdheleine Ballesau, est baptisée le 24 février 1593 à Saint Jean de Troyes. Parrain nh Nicolas Mauroy, sieur de Belley, et marraines nf Symonne Daultruy, femme de nh Françoys Nervost, et Anthoinette Lespinette, fille de nh Jehan Lespinette.

http://www.archives-aube.fr/ark:/42751/s005568317263b3f/55683172767a5

La famille Nervost est donc originaire de la ville de Troyes, mais quelques membres de la famille, Loup (présent dans un acte à Paris en 1610), Nicolas, son frère prêtre, et Jean, son frère drapier, dont on trouve la trace à Paris entre 1616 et 1654, s’étaient installés à Paris au début du XVIIè siècle.

Je croyais avoir repéré les notaires chez qui les Lespeuvrier et les Nervost avaient passé les actes concernant leurs familles. Une journée aux Archives départementales de l’Aube, à fouiller les minutes de ces notaires n’a rien donné; de toute la journée, je n’ai même pas croisé un seul membre de ces familles. Il faudra que je replanifie une visite à Troyes, espérant avoir plus de succès.

Les registres paroissiaux de Troyes contiennent les actes de baptême d’enfants de quelques familles Lespeuvrier entre 1536 et la fin du XVIè siècle. Ce nom n’étant pas très répandu, ces familles étaient certainement apparentées à celle de Nicolas. Le Fichier Chandon, conservé aux Archives départementales de l’Aube, à Troyes, indique que la famille Lespeuvrier (Le Pevrier / Lesprivier/ Piperius / Le Poivrier) serait présente à Troyes depuis le XIIIè siècle, et qu’elle aurait donné à la ville quelques seigneurs, maires et édiles ainsi que des orfèvres.

Bernard Lespeuvrier et Marguerite de Vassan

Quatre enfants baptisés à Saint Jean:

  • Bernard, le 23 décembre 1539
  • Jehan, le 26 janvier 1541
  • Jehan, le 17 mai 1544
  • Guillemette, le 2 août 1545

Alain Lespeuvrier et Sire Roussel

Ce couple baptise sept enfants à Saint Jean:

  • Marguerite, le 18 février 1558
  • Bernard, le 16 octobre 1559
  • Jehan, le 2 novembre 1560
  • Jehan, le 15 octobre 1561
  • Perrette, le 22 août 1562
  • Catherine, le 13 novembre 1563
  • Nicolas, le 23 mai 1567

Alain Lespeuvrier et Catherine, sa femme (le nom n’est pas donné)

Deux enfants de ce couples sont baptisés à Saint Jean, et un à Sainte Madeleine. Il est probable qu’il s’agisse du même Alain dont la première épouse serait décédée peu après la naissance de leur dernier enfant, Nicolas, et qui se serait remarié.

  • Baptiste, le 26 décembre 1569 (SJ)
  • Marie, le 10 octobre 1572 (SJ)
  • Philippe, le 19 mai 1574 (SM)

François Lespeuvrier et Catherine Lamy

Ce couple baptise quatre enfants à Saint Jean:

  • Marguerite, le 1er mai 1565
  • Gillette, le 26 juillet 1566
  • Marguerite, le 17 novembre 1567
  • Marie, le 24 mai 1569

Bernard Lespeuvrier et Bonnaventure Le Roux

Ce Bernard est le fils de Bernard et de Marguerite de Vassan. Quatre enfants de ce couple sont baptisés à Saint Jean:

  • Pierre, le 18 avril 1566
  • Marguerite, le 5 novembre 1567
  • Bernard, le 17 avril 1570
  • Magdelenne, le 12 mai 1571

Jehan Lespeuvrier et Gillette Vigneron

Ce couple baptise treize enfants dans la paroisse Saint Jean de Troyes:

  • Marguerite, le 26 juin 1572
  • Thyenette, le 3 août 1573
  • Claude (fille), le 20 novembre 1575
  • Françoys, le 4 juin 1577
  • Jeanne, le 21 novembre 1578
  • Anne, le 18 février 1581
  • Jouachin, le 30 octobre 1581
  • Marie, le 1er mai 1584
  • Marye, le 22 mars 1586
  • Marie, le 2 septembre 1588
  • Joachin, le 23 mars 1590
  • Edmé, le 6 juillet 1592
  • Gillette, le 10 octobre 1595

Guillaume Lespeuvrier et Simonnette Bazet

Ce couple baptise quatre enfants dans la paroisse de Saint Jean:

  • Jehan, le 6 novembre 1576
  • Bernard, le 3 novembre 1578
  • Mar??? (fille), le 2 novembre 1581
  • Loys, le 26 août 1585

C’est surtout dans les registres paroissiaux de Sainte Madeleine de Troyes qu’on croise les membres de la famille Nervost (Nervot / Nervault). Mais on en rencontre aussi quelques uns dans les registres de Saint Jean.

Jehan Dufer et Claude Nervost

Ils devaient être proches parents de Marie et Loup Nervost, puisqu’ils sont parrain et marraines de certains de leurs enfants. Ils ont trois enfants baptisés à Sainte Madeleine:

  • Jehan, le 10 juillet 1567
  • Baltazart, baptisé le 10 août 1575
  • Perrette, le 7 mars 1577

????? Nervault, et ????? sa femme

Un fils, Anthoine, est baptisé le 11 octobre 1565 à Sainte Madeleine.

Jehan Nervost le jeune et Katerine Le Tartier (ou Tartier)

Ils ont au moins deux filles.

  • Barbe, baptisée le 4 décembre 1567 à Sainte Madeleine.
  • Nicolle, qui est l’épouse de Jehan Daultruy. (Chandon)

Nicolas Nervot et Jehanne Prieur

Quatre enfants sont baptisés à Sainte Madeleine:

  • Nicolas, le 10 avril 1568
  • Nicolas, le 23 mars 1574
  • Eustache, le 30 juin 1575
  • Jehan, le 22 septembre 1578

Vincent Nervault, l’épouse n’est pas nommée

Deux enfants baptisés à Saint Jean:

  • Hélène, le 26 juin 1656
  • Claude, le 25 juin 1557

Jacques Nervault, l’épouse n’est pas nommée

Charles, fils de Jacques Nervault, est baptisé le 27 juin 1556 à Saint Jean.

Clément Nervost, l’épouse n’est pas nommée

Ysabeau, fille de Clément Nervost, est baptisée le 15 mai 1554 à Saint Jean.

Jehan Nervault, l’épouse n’est pas nommée

Barbe, fille de Jehan Nervault, est baptisée le 9 juin 1546 à Saint Jean.

Pour terminer, je reviens vers Nicolas Lespeuvrier, père de la fille du roy. Au fil des actes où on le rencontre, il change plusieurs fois de domicile.

Détail du Plan de Paris Dessiné et gravé, sous les ordres de Messire Michel Etienne Turgot […] Levé et dessiné par Louis Bretez, gravé par Claude Lucas, et écrit par Aubin. Paris 1739, Gallica. On voit sur le plan la cathédrale Notre Dame dans le coin supérieur gauche, l’église Saint Séverin, au centre droit, et l’église Saint André des Arts, près du point jaune.

En 1634, lors de son contrat de mariage, il habite rue des Noyers, paroisse Saint Etienne du Mont (point rouge). En mars 1640, lors de l’inventaire après décès de son cousin Denis Nervost, ils habite rue et paroisse Saint André des Arts (point jaune). Au mois d’août 1640, lors d’un partage qu’il fait avec son beau-frère Pierre Savart, il demeure rue de la Huchette (point vert). Le 10 février 1655, il habite toujours rue de la Huchette, paroisse Saint Séverin, et il signe un bail de six ans pour une maison sise rue de la Parcheminerie, dans la même paroisse (point bleu). Enfin, dans son inventaire après décès en 1676, il est dit que Nicolas est mort chez lui, rue des Trois Chandeliers, paroisse Saint Séverin, rue Zacarie sur le plan, rue qui se poursuivait et se poursuit toujours jusqu’à la Seine, aujourd’hui rue Xavier Privas (point violet).

140. Marguerite Lespeuvrier, fille du roy. Ascendance maternelle

Cette fille du roy, probablement arrivée à Québec en 1663, se marie le 23 octobre 1663 à Château Richer avec Jacques Meneux dit Châteauneuf. L’acte de mariage la dit originaire de la paroisse Saint Severin de Paris, mais ses parents n’y sont pas nommés. Heureusement, Marguerite avait donné leurs noms devant le notaire Pierre Duquet au moment de passer son contrat de mariage, le 7 octobre. Le notaire inscrit qu’elle est fille de Nicolas Lepeuvrié, procureur au parlement de Paris, et de dame Marguerite Bourgeois. Jacques Meneux est chirurgien, et déclare être originaire de Château-Giron, en Bretagne, aujourd’hui dans le département de l’Ille et Villaine.

Marguerite et Jacques auront 10 enfants. Les trois premiers sont morts avant l’âge adulte, et les sept suivants se marieront et assureront une belle descendance. Les deux premiers enfants sont baptisés à Château Richer, le troisième et les six derniers à Saint Famille de l’île d’Orléans. L’acte de baptême de leur quatrième enfant n’a pas été trouvé.

Jacques Meneux meurt et est inhumé le 19 décembre 1690 à l’Hôtel Dieu de Québec. Marguerite se remarie le 9 octobre 1696 à Québec avec Guillaume Lizot, veuf lui aussi. Ils n’auront pas d’enfants, mais les deux familles s’allieront, des enfants Meneux épousant des enfants Lizot. La date du décès de Guillaume est inconnue, mais il meurt avant Marguerite, puisqu’il est dit décédé lors de l’inhumation de celle-ci. Marguerite meurt le 11 janvier 1709 à l’Hôtel Dieu de Québec. Elle est inhumée à Québec le jour même, et on lui donne 68 ans. En partant de cette estimation et de son âge estimé aux recensements de 1666, 1667 et 1681, Marguerite serait née entre 1638 et 1641.

Je descends de Marguerite et Jacques Meneux par trois de leurs filles, Françoise, Angélique et Reine, une fois par ma mère et deux fois par mon père. Je descends également par mon père de Guillaume Lizot et de sa première épouse, Anne Pelletier.

Malgré quelques variantes, le nom de Marguerite, dans les actes des archives du Québec, est écrit le plus souvent Peuvrié/er, ou Lepeuvrié/er. C’est donc à partir de ces deux versions du nom que j’ai commencé mes recherches à Paris.

Il a fallu triturer les noms, tâtonner et fouiller pour finir par retrouver l’inventaire après décès de son père, daté du 1er juillet 1676, et passé devant le notaire Guillaume Lévesque. AD de Paris, Minutes du notaire Guillaume Lévesque MC/ET/C/329. Le père de Marguerite est nommé Nicolas Lespeuvrier, en son vivant procureur en la Cour de Parlement. Il demeurait rue des Trois Chandeliers (le notaire écrit rue Chandelière) dans la paroisse Saint Séverin.

L’inventaire est fait à la requête de damoiselle Marguerite Bourgeois, sa veuve, qui a renoncé à la communauté des biens du couple par un acte du 27 juin de la même année. Cet acte, qu’on trouve dans les registres des tutelles, indique effectivement que Marguerite renonce à la communauté de biens, et s’en tient à son douaire et aux conventions matrimoniales qui lui avaient été accordés dans son contrat de mariage. AN de Paris, Registres des tutelles Y//3977/B.

Pour l’inventaire des biens de son mari, Marguerite agit en son nom, et comme tutrice de Marie Gabrielle Lespeuvrier, leur fille encore mineure, dont je n’ai trouvé aucune autre trace.

Jean de Gonne (il signe Dugons), avocat en Parlement, est présent comme époux d’Anne Lespeuvrier, sa femme, fille du défunt, et comme subrogé tuteur de Marie Gabrielle. Dans un acte de 1729, leur fils Jean Baptiste est dit héritier par bénéfice d’inventaire de ses défunts parents.

César Brelut, sieur de la Grange, conseiller du roi et substitut du procureur du roi au Châtelet de Paris, est également présent « pour l’absence et intérets des autres enfants présomptifs héritiers dudit défunt sieur Lespeuvrier« . On parle forcément de Marguerite, passée en Nouvelle France depuis plus de 10 ans, et peut-être d’autres enfants qui ne sont pas nommés.

Nicolas Lespeuvrier et Marguerite Bourgeois semblent avoir eu un fils nommé Germain, dont le placard de décès peut être vu sur le site des Archives Nationales.

Dès 1670, Nicolas est dit ancien procureur. La famille demeure dans la même paroisse, mais pas dans la même rue. AN de Paris, Placards de décès 1639-1936 MC/PL//30 , 4446

Revenons à l’inventaire de Nicolas. Le notaire indique que l’inventaire des biens délaissés par le défunt a été fait dans la maison où il est décédé le 20 mai précédent, et où habite sa veuve. On comprend, à la lecture de cet inventaire, que Marguerite Bourgeois ait renoncé à la communauté. Les objets et papiers inventoriés ne représentent pas un montant important. On y retrouve les objets usuels de la maison, sans qu’aucun ne soit de grande valeur. Le contrat de mariage inventorié Un indique que la dot de Marguerite s’élevait à 6000 livres, ce qui était une belle somme pour l’époque, et que son douaire garanti par son futur mari s’élevait à 2000 livres. Elle avait donc tout avantage à s’en tenir à son douaire et ses conventions matrimoniales.

Dans le placard de décès de Germain Lespeuvrier, son père était dit ancien procureur en la cour de Parlement. Or, dans l’inventaire après décès de Nicolas, la pièce inventoriée Cinq est la prisée faite le jour même à la demande de sa veuve de la pratique de son mari à la cour de Parlement, pratique évaluée à trois cent livres par deux experts.

J’ai évoqué plus haut le contrat de mariage de Nicolas Lespeuvrier et de Marguerite Bourgeois. Il avait été passé le 8 janvier 1634 devant les notaires parisiens Louis Poictevin et Claude Caron. AN de Paris, Minutes du notaire Claude Caron MC/ET/XXIII/272.

Marguerite est fille de Richard Bourgeois, notaire et gardenotes du roi au Châtelet de Paris, demeurant rue et paroisse Saint Séverin, et de défunte Guillemette Cothereau. Ses témoins, outre son père, sont —- Savart (le prénom est laissé en blanc), docteur en la faculté de médecine en l’Université de Paris, beau-frère à cause d’Isabel Bourgeois, sa femme, James Bourgeois, marchand bourgeois de Paris, son oncle, et plusieurs amis. Dans l’inventaire après décès de Geneviève Bourgeois, soeur de Marguerite dont je parlerai plus loin, on apprend que leur beau-frère, époux d’Isabel/Elisabeth Bourgeois était Pierre Savart, docteur en la faculté de médecine.

J’exposerai ce que j’ai pu trouver sur Nicolas Lespeuvrier et sa famille dans mon prochain article.

Voici les signatures des témoins au contrat de mariage entre Nicolas Lespeuvrier et Marguerite Bourgeois.

En haut de la colonne de droite, nous retrouvons les quatre principaux signataires, d’abord Richard Bourgeois, en dessous, Marie Nervost, puis Nicolas Lespeuvrier et enfin Marguerite Bourgeois. Il y a plus de signataires que de personnes nommées dans l’acte par le notaire.

La famille Bourgeois

On connaît encore mieux la famille de Marguerite Bourgeois en parcourant le contrat de mariage de sa soeur Geneviève avec Claude Boucot, passé le 16 février 1620 devant François Nutrat. AN de Paris, Minutes du notaire François Nutrat MC/ET/VIII/603. Guillemette Cothereau est toujours vivante. Du côté Bourgeois, James, oncle déjà cité au contrat de mariage de Marguerite, est présent, de même que Louis Lolgy, juré mouleur de bois à Paris, oncle à cause d’Elisabeth Bourgeois, sa femme.

Le contrat de mariage de Louis Lolgy et d’Elisabeth Bourgeois nous apprend le nom du père de Richard, James et Elisabeth. AN de Paris, Insinuations du Châtelet de Paris Y//138. Dans ce contrat, passé le 15 juillet 1599 devant les notaires Pierre Manchevelle et Hugues Babinet, Ysabel Bourgeois est dite « dame de soy (de soie ?), demeurant rue de l’Arbre Secq avec honneste femme Estiennette le Hongre, sa belle-mère, veuve de feu honnorable homme Loys Bourgeois, en son vivant bourgeois de Paris, père de ladite Ysabel ». La future épouse a pour témoins Maître Richard Bourgeois, notaire au Châtelet, son frère, Estiennette le Hongre, sa belle-mère, Paul Despré, maître teinturier de cuir à Paris, cousin. James Bourgeois sera présent lors de l’inventaire après décès de Paul Desprez, le 11 décembre 1608, comme subrogé tuteur du fils mineur de Paul.

Louis Lolgy a une histoire particulière. Il est juré mouleur de bois. Son nom est inconnu en France. J’ai fini par trouver un acte de donation de noble homme Guy de Lolgy à son fils naturel, Louis. Guy de Lolgy était italien, s’appelait en réalité Guido Lolgi, et était présent à Paris et en France dès les années 1560, comme ambassadeur du duc de Parme. Dans l’acte de donation du 9 mai 1597, Guy de Lolgy est dit bourgeois de Paris. Il avait dû s’installer définitivement en France. A cette date, Louis vivait dans l’hôtel de son père depuis sa naissance.

Le contrat de mariage de Louis Bourgeois, marchand fripier et bourgeois de Paris et d’Estiennette le Hongre, veuve de Guillaume Guérard, marchand de vin, est passé devant le notaire Jean Chazeretz, le 1er juin 1594. La liasse qui contient ce contrat n’est malheureusement pas communicable à cause de son état de conservation. Je n’ai pour l’instant pas pu trouver le nom de la première épouse de Louis Bourgeois, mère de Richard, James et Elisabeth, et arrière-grand-mère de Marguerite Lespeuvrier.

Si l’inventaire après décès de Nicolas Lespeuvrier ne montrait pas une grande aisance financière, l’inventaire fait après le décès de Geneviève Bourgeois, soeur de Marguerite et tante de Marguerite Lespeuvrier, montre une tout autre situation: quatre vingt quatorze pages d’inventaire, quatre vingt dix neuf « titres et papiers ». Des sommes qui, si on les additionnait, dépasseraient probablement cent mille livres. Une seule pièce, celle inventoriée Soixante, évoque la succession de Richard Bourgeois, mais sans donner ni la date de l’inventaire après décès, ni la date du partage des biens entre les trois filles du défunt. L’IAD de Geneviève Bourgeois, décédée le 25 septembre, fut commencé le 30 septembre et clos le 13 octobre 1684. AN de Paris, Minutes du notaire Jean Levasseur MC/ET/XLV/269.

L’inventaire après décès de Pierre Savare, autre gendre de Richard Bourgeois, montre par quelques pièces qu’il contient qu’il y avait eu un différend entre Nicolas Lespeuvrier et Pierre Savare sur la succession de leur beau-père, et que ce différend s’était réglé par un arbitrage. Ces pièces ne donnent pas non plus les dates de l’inventaire ni du partage.

La famille Cothereau

Du côté Cothereau, une soeur et un frère de Guillemette sont présents lors de la signature du contrat de mariage de Geneviève Bourgeois et de Claude Boucot: Jacqueline Cothereau, veuve de Mathurin Nutrat, et François Cothereau. Un autre notaire est présent, Noël Le Semelier, cousin de l’épouse à cause de sa femme, Magdelaine Sauvage. Richard Bourgeois, père de Marguerite et Geneviève, s’était allié, par son mariage, à d’autres familles de notaires parisiens, les Cothereau, Nutrat et Le Semelier.

La présence de Jacqueline et François Cothereau permet de savoir que Guillemette, mère de Marguerite Bourgeois, était fille de Guillaume Cothereau, aussi notaire à Paris. Quelques actes où on les retrouve ensemble, comme héritiers de leur père confirment que Jacqueline, François, Guillemette et Philippe Cothereau étaient enfants de Guillaume Cothereau.

Un acte particulièrement intéressant, mais malheureusement non communicable à cause de son état de conservation, est l’inventaire de Michel Baudesson, procureur au Châtelet de Paris, fait en juillet 1557 à la requête de Guillaume Cothereau, comme exécuteur testamentaire et tuteur des enfants mineurs que le défunt a eus de Jacqueline Guillot, décédée, et à la requête de Jeanne Baudesson, femme de Guillaume Cothereau, d’Antoine Becquerel, notaire et procureur au Châtelet, et de Marie Baudesson, sa femme, de Jacques Lelong, procureur au Châtelet, et de Geneviève Baudesson, sa femme, filles et gendres du défunt.

J’ai déjà dit, dans un autre article, que le monde est petit, et que la ville de Paris du XVIIè siècle l’était également. Cette recherche sur la famille de Marguerite Lespeuvrier m’a conduit à découvrir que cette famille était alliée de celle d’une autre fille du roy, Elisabeth Hubert.

François Cothereau, fils de Guillaume et de Jeanne Baudesson, présent comme oncle de la future épouse lors de la signature du contrat de mariage de Geneviève Bourgeois et de Claude Boucot, est le même qu’on avait rencontré dans les articles sur l’ascendance maternelle d’Elisabeth Hubert. Il avait épousé Marie Duchemin, fille de Claude et de défunte Françoise de Combes, soeur de Suzanne Duchemin, arrière-grand-mère d’Elisabeth Hubert. François Cothereau était ainsi le grand-oncle de Marguerite Lespeuvrier et l’arrière-grand-oncle par alliance d’Elisabeth Hubert. Vous pouvez retrouver Elisabeth Hubert et son arrière-grand-oncle dans l’article Elisabeth Hubert, ascendance maternelle.

Autre lien inattendu; lors du contrat de mariage de Louis Lolgy et d’Elisabeth Bourgeois, Louis a parmi ses témoins quelques amis, dont Nicolas Guérin, « jardinier du Roy, demeurant en son château du Louvre », et Nicollas Poullet, maître barbier chirurgien. Ce Nicolas Guérin est le grand-père maternel, et Nicollas Poullet est le grand-oncle de Jeanne de Chavarlanges, pionnière de Nouvelle France sur laquelle j’ai écrit quelques articles. On peut lire ici l’article sur l’ascendance maternelle de Jeanne, où figure Nicolas Guérin. Un autre article est consacré à Nicolas Guérin, jardinier et prince.

Voici l’ascendance de Marguerite Bourgeois, mère de Marguerite Lespeuvrier, telle que je peux l’établir aujourd’hui.

139. Marie Charpentier, fille du roy

Arrivée en Nouvelle France vraisemblablement à l’été 1671, Marie Charpentier passe son contrat de mariage avec Pierre Gendron le 1er novembre de la même année devant le notaire Jean Cusson. Le notaire inscrit qu’elle est fille de François Charpantier et de Marie Gatau, de la paroisse de Saint Etienne du Mont de Paris. Elle épouse Pierre Jenderon, fils de René Jenderon et de Catherine Blain, de Saint Genard en Poitou. On trouve le nom de son mari sous différentes versions, Jenderon, mais aussi Gendras et Gendron.

Dix ans après leur mariage, le recensement de 1681 donne 38 ans à Pierre et 26 à Marie. Marie serait ainsi née vers 1655. Ils ont alors deux enfants, dont les actes de baptême sont perdus, Jean (Baptiste) et Marie (Ursule). Deux autres enfants naîtront du couple, Antoine et René. Les quatre enfants se marieront et auront à leur tour des enfants. Je descends de Marie Charpentier et Pierre Gendras par mon père, à travers deux de leurs enfants, Ursule et René.

En faisant des recherches sur le couple, je suis tombé sur un article écrit plus tôt cette année par Danielle, qui tient le blogue Avant d’oublier, sur Marie Charpentier, célébrant le 350è anniversaire de son arrivée en Nouvelle France. Un article bien écrit avec des illustrations soigneusement choisies, auquel je vous renvoie pour en connaître plus sur ce qu’on sait de sa vie avant et après son arrivée. Vous pouvez le lire en cliquant ici.

J’ai parcouru récemment le contrat de mariage des parents de Marie, François Charpentier et Marie Gasteau, passé le 4 mai 1645 à Paris devant le notaire Guillaume Lévesque. Archives Nationales de Paris, minutes du notaire Guillaume Lévesque, MC/ET/C/206

François Charpentier est maître charcutier, demeurant rue de la Harpe, paroisse Saint Séverin. Il est fils de Jacques Charpentier, manouvrier demeurant à Moussy le Neuf, « près Dampmartin » (aujourd’hui Dammartin en Goële, dans le département de la Seine et Marne), et de Jeanne la Rocque. Moussy le Neuf est à quelques kilomètres au nord de l’aéroport de Paris Charles de Gaulle. Les témoins de François sont Jacques Charpentier, son père, Charles Savery, laboureur demeurant à Chutteau, paroisse de Moussy le Neuf, son frère utérin (1), et Isaac Pingard, avocat en parlement, ami.

Marie est fille de feu Quentin Gasteau, quand il vivait maître charcutier et bourgeois de Paris, demeurant rue de la Harpe, paroisse Saint Séverin, et de Marie Drouart, sa veuve. Les témoins de Marie sont sa mère, qui stipule pour elle, Robert Gasteau, maître charcutier à Paris, son frère consanguin (1), Gilles DuPuy, maître barbier à Paris, oncle maternel à cause de Jeanne Drouart, sa femme, Pierre Montalent, maître charcutier à Paris, cousin germain à cause de Louise Gasteau, sa femme, Claude Drouart, maître charcutier à Paris, oncle, et François Patu, avocat en parlement, ami.

Signatures en fin du contrat de mariage de François Charpentier et Marie Gasteau. Marie Drouart ne sais pas signer.

Diocèse, Prevosté et Eslection de Paris. Le Diocèse est divisé en Archipbrés ou Doyennés ruraux, La Prevosté en Bailliages ou Prevostés subalternes et l’Eslection en Chastellenies(Détail) Nicolas Sanson, cartographe, Paris, 1660. Gallica. On voit Paris, au bas de la carte, et j’ai entouré en rouge Moussy le Neuf et Dammartin en Goële

Les registres paroissiaux de Moussy le Neuf débutent en 1643, deux ans avant le mariage de François à Paris. On y rencontre quelques Charpentier, probables frères, soeurs, cousins ou cousines, mais je n’ai pas pu établir de liens de parenté. On y croise aussi le demi-frère de François, Charles Savery qui baptise et enterre quelques enfants dans les années 1640 et 1650 avec son épouse Nicolle Barrier. Charles est inhumé à Moussy le Neuf le 20 septembre 1666. Il est dit fermier de Chuteau. Archives départementales de la Seine et Marne, 5MI1302 Baptêmes, mariages, sépultures. ( 1643-1673 ) 382/393 D.

Le 9 mai 1648, Jacques Charpentier, manouvrier demeurant à Moussy le Neuf, étant à Paris logé chez son fils François, rue et Montagne Sainte Geneviève, paroisse Saint Etienne du Mont, donne à son fils François, maître charcutier, les droits successifs qu’il a hérité de défunt Sébastien Roze, compagnon charpentier, cousin issu de germain. Je n’ai rien trouvé sur ce cousin Roze.

Sauf à pouvoir consulter d’éventuels actes notariés par la famille de François à Moussy le Neuf ou dans les environs, il y a peu de chances de remonter davantage la lignée paternelle de Marie Charpentier. Sa famille maternelle, en revanche, est parisienne, et j’ai parcouru quelques actes concernant ses parents et grands parents.

Quantin Gasteau et Marie Drouard passent leur contrat de mariage le 14 juin 1627 devant les notaires Caron et Bourgeois. AN de Paris, minutes du notaire Richard Bourgeois MC/ET/C/156.

Quantin est maître rôtisseur charcutier, il demeure rue de la Harpe, paroisse Saint Benoît le Bien Tourné, et il stipule pour lui-même. Il n’a qu’un témoin, Claude Planche, sa belle-soeur, femme de Robert Gasteau, maître charcutier à Paris.

Marie, « usante et jouissante de ses droits », est fille de défunt Thoussaint Drouard, vivant maître cordonnier, et de Jacqueline Noizette. Ses témoins sont sa mère et Marie Malet, veuve de Jehan Planche, vivant maître chapelier à Paris.

Le 8 juin 1627, six jours avant son contrat de mariage avec Marie Drouard, Quantin Gasteau fait dresser devant le notaire Richard Bourgeois l’inventaire après décès d’Anne Cresson, sa première femme. AN de Paris, Minutes de Richard Bourgeois MC/ET/C/172. L’inventaire, outre les biens de la communauté, relève trois actes.

Le premier, inventorié Un, est un échange de pièces de terre sises aux terroirs de Tremblay en France et de Villepinte entre Quentin Gasteau et Anne Cresson sa femme, Marthe Gasteau et Anthoine Baillet son mari, et Anthoine Feydeau, sieur de Bois le Vicomte. Quentin et sa sœur possédaient ces terres par héritage du douaire que leur père, Robert Gasteau, avait constitué pour leur mère, Perrette Clairain. L’acte est passé à Paris devant Herbin et Richer le 1er avril 1624. AN de Paris, Minutes de Charles Richer MC/ET/LI/142.

Marthe Gasteau et son mari, Anthoine Baillet, baptisent quelques enfants à Mitry Mory. Mitry, Villepinte et Tremblay sont trois villages voisins. Quentin Gasteau est le parrain d’Anthoine Baillet, fils de sa soeur Marthe Gasteau et d’Anthoine Baillet, baptisé à Mitry-Mory le 6 mars 1612. AD 77, 5MI1648 Baptêmes Mitry-Mory 1595-1646 Image 33D.

Le contrat de mariage de Quentin Gasteau et d’Anne Cresson est passé à Paris le 3 août 1608. AN de Paris, Minutes du notaire Louis le Camus MC/ET/XIV/4. Quentin est « maître charcutier à Paris, âgé de plus de vingt six ans, natif de Tremblay en France, demeurant en cette ville de Paris, rue des Arcis, en la maison où pend pour enseigne le Grand Godet, paroisse Saint Jacques de la Boucherie ». Ses témoins sont Robert Gasteau, son père, « garde du bois de Messieurs de Saint Denis en France, assis audit Tremblay en France », Toussainct Gasteau, aussi maître charcutier à Paris, cousin issu de germain, Jehan Brissard, ami, maître faiseur d’instruments de musique, juré mouleur de grains, et hôte du futur époux.

Anne est majeure de 26 ans et plus, fille de défunt François Cresson, vivant maître coutelier à Fresnoy près Beaumont (Fresnoy en Thelle, dans le département de l’Oise).

Carte de Cassini, Gallica. On voit dans cette section les villages où la famille Gasteau était implantée et possédait des biens. J’ai entouré en rouge Villepinte, Tremblay en France et Mitry. En vert, j’ai entouré le Bois de Saint Denis, propriété de l’abbaye du même nom, située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest.

Robert Gasteau, fils de Quentin et de défunte Anne Cresson, passe un contrat de mariage avec Marguerite Jubert le 2 mai 1641. AN de Paris, Minutes du notaire Jacques Ricordeau MC/ET/CIX/173/A. Robert est maître charcutier, il habite rue de la Vieille Draperie, paroisse Sainte Croix en la Cité. Ses témoins sont Quentin Gasteau, son père, Marie Drouart, sa belle-mère, Pierre Montalan, cousin à cause de sa femme, Gilles Dupuy, maître barbier, allié, et François Patu, bourgeois de Paris, ami. On retrouve pratiquement les mêmes témoins que lors du mariage de Marie Gasteau et François Charpentier. Quentin Gasteau indique au notaire qu’il sait signer mais qu’il en est empêché par son indisposition.

Marguerite Jubert a du mourir peu après leur mariage puisque Robert passe un second contrat de mariage avec Marguerite Héret le 9 janvier 1642 devant le notaire Etienne Paisant.

L’inventaire après décès de Quentin Gasteau, vivant maître charcutier et bourgeois de Paris, demeurant rue de la Harpe, en la maison à l’enseigne du Berceau de Fer, est daté du 3 août 1642. AN de Paris, Minutes du notaire Louis le Camus MC/ET/XIV/4. Il est fait devant Louis le Camus, notaire à Paris, à la requête de Marie Drouart, sa veuve, comme tutrice de Marie, Thomas, Noël, Guillaume, Anne et Louise, leurs enfants mineurs et en présence de Robert Gasteau, maître charcutier, fils du défunt et d’Anne Cresson, sa première femme. Robert est subrogé tuteur de ses frères et soeurs consanguins. (1) Les biens situés dans la maison du défunt sont montrés au notaire et au commissaire priseur par Marie Drouart et par François Charpentier, serviteur domestique. François vivait donc dans la famille de sa future épouse au moins trois ans avant son mariage avec la fille de son maître.

Parmi les papiers inventoriés, on trouve le contrat de mariage de Quentin Gasteau et de Marie Drouart, le contrat d’achat de la maison à l’enseigne du Berceau de Fer, rue de la Harpe, que le couple avait acquis de René Peyrat, conseiller du roi, et de Marthe le Prestre, sa femme, le 25 avril 1638. Suit le contrat de vente par le couple d’un bien sis à Tremblay en France, et enfin, la quittance délivrée à Quentin par Robert, son fils, des sommes à lui versées par son père correspondant à sa part dans l’héritage des biens d’Anne Cresson, sa mère.

Un second Quentin Gasteau, aussi maître charcutier, et également originaire de Tremblay en France, est présent à Paris dans la même période que le grand-père de Marie Charpentier. Il habite dans le bas de la rue de la Montagne Sainte Geneviève, et est l’époux de Magdeleine Formantin (ou Fourmantin). Ce Quentin est appelé « l’aîné » dans quelques actes où on le croise. Son inventaire après décès est daté du 9 avril 1620 et se trouve dans les minutes du notaire Nicolas Nourry. Il est assez étonnant qu’on ne rencontre ni Quentin l’aîné ni son épouse dans les actes de la famille de Quentin le jeune.

L’inventaire après décès de Quentin l’aîné nous apprend qu’il était fils de Louys Gasteau et de Marie Mignon. Il y a plusieurs actes qui traitent de leur héritage que Quentin partage avec sa soeur Marie, femme de Nicolas Hané. Quelques actes citent Louis Gasteau, fils de Laurent. Les deux Quentin n’étaient pas frères, mais probablement cousins germains, ou à tout le moins cousins. Louys Gasteau, père de Quentin l’aîné, et Robert Gasteau, père de Quentin le jeune, étaient peut-être frères, fils de Laurent, mais je n’en ai pas la preuve.

Voici un détail d’un plan de Paris où sont délimitées les paroisses de la ville. Elle permet de mieux se représenter les lieux où ont vécu les parents et grands parents de Marie Charpentier.

Détail du Plan des paroisses de Paris avec la distinction des parties éparses qui en dépendent / dressé… par J. Junié, Ingén. Géogr. de Monseigneur l’Archeveque et géomètre des Eaux et forêts de France… Paris, 1786. Gallica. J’ai entouré en rouge les trois églises des paroisses habitées par les Charpentier et les Gasteau: Saint Séverin, au nord, Saint Benoît le Bien Tourné, au centre gauche, et Saint Etienne du Mont, au Sud, dont l’église était accolée à l’ancienne église de l’Abbaye Sainte Geneviève. J’ai aussi doublé en vert les rues de la Harpe et de la Montagne Sainte Geneviève, dont il a été question dans cet article.

Et voici, pour finir, l’ascendance de Marie Charpentier, telle que j’ai pu l’établir.

Notes:

(1) Des frères et sœurs utérins sont nés de la même mère, mais pas du même père. Des frères et sœurs consanguins sont nés du même père mais pas de la même mère.