129. Anthoinette Feillard

Jacques Goulet arrive en Nouvelle-France vers 1646 avec son épouse Marguerite Mulier.  Ils sont partis de La Poterie au Perche, dans l’actuel département de l’Orne.  Une vingtaine d’années plus tard, la demi-sœur de Jacques, Louise, viendra aussi s’installer dans la colonie avec son mari René Le Tartre.  Jacques est le fils de Thomas Goulet et d’Anthoinette Feillard (ou Feuillard) alors que Louise est fille de Thomas et de sa seconde épouse, Marie Chalumel.  Je descends de Jacques par ma mère et de Louise par mon père.

C’est donc du côté d’Anthoinette Feilard que j’ai fait quelques découvertes.  On connaît déjà la date du mariage de ses parents, David Feillard et Mathurine (ou Catherine) Navarre.  Ils se sont mariés le 29 janvier 1594 au Mage, dans l’Orne.  AD de l’Orne, 3NUMECRP242/EDPT252_3  (1582-1623) vue 37/102 G.   J’ai repéré les actes de baptême de cinq de leurs enfants, dont ceux d’Anthoinette et de Marguerite étaient à ma connaissance inconnus.  Deux ont été baptisés au Mage, deux autres à Normandel et un à Tourouvre.  L’écart entre certains baptêmes et le fait que la famille ne soit pas restée dans le même village laissent à penser qu’ils ont dû avoir d’autres enfants, dont les actes de baptême sont à découvrir.

Thoinette Feillart, fille de David et de Catherine Navarre , est baptisée le 15 février 1595 au Mage, dans l’Orne.  Son parrain est Simon Feillart et ses marraines sont Thoinette ?????? et Marguerite Navarre.  AD de l’Orne, 3NUMECRP242/EDPT252_3  (1582-1623) vue 20/102 D.

Jacques Feillard, fils de David et de Mathurine Navare, est baptisé le 9 novembre 1596 à Tourouvre.  Parrains Jacques de More et Jehan Navare, et marraine Michelle, fille d’Aubin Navare.

Marguerite Feillard, leur soeur, est baptisée au Mage le 11 novembre 1598.  Parrain Mathurin Mazelles et marraines Renée Lecomte et Marguerite Delagarenne.  AD de l’Orne, 3NUMECRP242/EDPT252_3  ( 1582-1623) vue 24/102 D.  *

Françoise, fille de David Feuillard et de Mathurine, sa femme, est baptisée le 18 février 1602 à Normandel.  Marraines Françoise, veuve de Jehan Viron et Magdelene, femme de Marguerin Mouton.  Parrain Louis Caillyer.  AD de l’Orne, 3NUMECRP311/EDPT48_5  (1597-1633)  vue 29/141 G.

Thienette, fille de David Feuillard et de Mathurine, sa femme, est baptisée le 20 janvier 1610 à Normandel.  La page est abîmée et je n’arrive pas a lire les noms des parrain et marraine.  AD de l’Orne, 3NUMECRP311/EDPT48_5  (1597-1633)  vue 29/141 D.

Thomas Goulet et Thoinette Feuillart se fiancent le 24 avril 1613 à Normandel en présence de Suplice et Anthoine Beuzelin, Marin Goulet, René de St Lambert, Martin Marchant et plusieurs autres.  AD 61, 3NUMECRP311/EDPT48_5  (1597-1633), vue 51/141 G.

Le 3 août de la même année, leur mariage a lieu à Normandel en présence de Robert Cousturier, Christophle Guérin et plusieurs autres.  Thoinette est dite fille de deffunct David.  AD 61, 3NUMECRP311/EDPT48_5  (1597-1633), vue 52/141 G.

* Un grand merci à Estelle Nadeau de m’avoir signalé une erreur de date sur le baptême de Marguerite, pour laquelle j’avais écrit qu’elle avait été baptisée en 1596 au lieu de 1598.

128. Anne Colin, fille du roy

Voilà une fille du roy qui m’aura fait courir !

Quand les archives notariales ou paroissiales du Québec indiquent un lieu d’origine en France pour un pionnier ou une pionnière, il arrive parfois que les archives de ce lieu soient muettes sur la famille qu’on y cherche. Il faut alors se résigner à chercher ailleurs. Mais ailleurs, c’est vaste…

On doit alors bien relire les sources québécoises et suivre ses intuitions pour élargir la recherche. Ca donne parfois de bons résultats. Récemment, j’ai pu retrouver le lieu d’origine de Mathurin Sionneau dit Desmoulins, dont on disait qu’il était de Sainte Pazanne, dans la Loire Atlantique, mais qui venait plutôt de Sainte Pezane (aujourd’hui Sainte Pexine) en Vendée. Vous pouvez en savoir plus en cliquant ici et ici

J’ai aussi pu retrouver l’acte de baptême d’Anne Le Roy dans les registres de Saint Hilaire de Sens, dans l’Yonne, alors qu’on la pensait plutôt originaire de Saint Hilaire sous Romilly, dans l’Aube. Vous pouvez retrouver cet article, ici.

C’est précisément pendant mes recherches sur Anne Le Roy que je me suis intéressé à Anne Colin, puisqu’on la disait, jusqu’à maintenant, originaire de la paroisse Sainte Croix de Sens. J’ai parcouru les registres de cette paroisse sans y trouver de couple formé de Nicolas Colin et Isabelle Calende, selon les déclarations d’Anne lors de son mariage à Sainte Famille de l’Ile d’Orléans. J’ai élargi mes recherches aux autres paroisses de Sens, mais sans plus de succès. J’ai commencé à élargir encore au département de l’Yonne, mais le champs de recherche était vraiment trop large. J’ai donc capitulé et oublié Anne Colin pendant presqu’un an et demi.

Et cette semaine, j’ai eu l’intuition d’utiliser un autre de mes tuyaux de chercheur, que j’avais déjà testé avec succès avec Jeanne Legendre. On lisait en général que Jeanne était originaire de Saint-Denis-Lès-Rebais, en Seine et Marne, en partant de sa déclaration lors de son contrat de mariage, où elle dit qu’elle vient de la paroisse de Saint Denis, dans la province de la Brie. Comme les registre de Saint-Denis-lès-Rebais ne contenaient rien sur ses parents, j’ai cherché d’autres paroisses Saint Denis, dans la Brie, et j’ai trouvé les parents de Jeanne dans les registres paroissiaux de Quincy, aujourd’hui Quincy-Voisins, aussi en Seine et Marne, et dont l’église est placée sous le vocable de Saint Denis. L’article peut être parcouru ici.

Pour Anne Colin, je suis revenu aux sources. Son acte de mariage avec Vincent Boissonneau dit Saintonge, le 18 octobre 1669 à Sainte Famille de l’Ile d’Orléans, indique que la mariée déclare être originaire « de Ste Croix, évêché de Sens », et non de Ste Croix, ville et évêché de Sens.

Je me suis donc mis à la recherche d’autres paroisses de l’ancien diocèse de Sens portant le nom de Sainte Croix. J’ai eu de la chance. Dans la première paroisse dont j’ai parcouru les registres, Sainte Croix de Bray-sur-Seine, dans le département de Seine et Marne, j’ai rapidement trouvé le baptême d’un frère d’Anne.

Jacques, fils de Nicolas Colin et d’Isabelle Calende, est baptisé le 20 juin 1646 à Bray sur Seine. Parrain Jacques Thibault et marraine Jacquette Bénard. Archives départementales de Seine et Marne 5MI7170, vue 16/350G.

Le baptême d’Anne, la pionnière, a lieu un peu moins de deux ans plus tard.

Ce jourd’huy vendredy vingt septiesme jour de mars mil six cent quarante huict a esté baptisée Anne, fille de Nicolas Colin et de Elizabeth Calandre, ses père et mère, le parrain Jean Malerbe, et la marraine Anne Robellot. Fait les jour et an que dessus. AD 77 5MI7170, vue 42/350D.

Je n’ai pas repéré d’autres enfants du couple Colin – Calande avant Jacques, ni après Anne.

Il ne semble y avoir qu’une seule famille Calandre (Calande – Calende) à Bray sur Seine. Il est assez simple d’en identifier les membres.

  • Isabelle / Elisabeth Calandre, mariée à Nicolas Colin, mère de la pionnière.
  • Catherine Calandre, mariée à Pierre Hubert. Elisabeth est marraine d’Elisabeth Hubert, leur fille, baptisée le 4 août 1642 à Bray sur Seine. AD 77 5MI7169, vue 287/310D.
  • Pierre Calandre et Catherine Daunet (Dannet?) baptisent aussi des enfants dans les mêmes années qu’Isabelle et Catherine.

Ils sont, selon toute vraisemblance, enfants d’Anthoine Calandre et d’Anne Fery.

  • Un enfant, dont je n’arrive pas à déchiffrer le prénom, d’Anthoine Calandre et d’Anne Fery, est baptisé le 24 octobre 1609. AD 77 5MI7168, vue 136/341D.
  • Marguerite, fille d’Anthoine Calandre et d’Anne Ferry est baptisée le 12 février 1613. AD 77 5MI7168, vue 155/341D.
  • Pierre, fils d’Anthoine Calandre et d’Anne ???? est baptisé le 21 novembre 1615. AD 77 5MI7168, vue 172/341G.
  • Isabel, fille d’Anthoine Callandre et d’Anne Fery, est baptisée le 23 septembre 1623 à Bray sur Seine. Parrain ??? Bourget et marraine Isabel Caron. AD 77 5MI7168, vue 303/341D.

Du côté Colin, il est difficile, dans les registres paroissiaux de Bray sur Seine, de connaître avec certitude qui sont les parents de Nicolas. Quelques Nicolas Colin sont baptisés dans les années où a dû naître le père d’Anne.

  • Nicollas, fils de Jehan Collin et de Mathurine, sa femme, est baptisé le 6 janvier 1619. AD 77 5MI7168, vue 253/341G
  • Nicollas, fils de Jacques Collin et de Paule Coustier, est baptisé le 12 janvier 1621 à Bray sur Seine. Parrain Nicollas Collin et marraine Chatherine Collin. AD 77 5MI7168, vue 272/341G
  • Nicollas, fils de Nicollas Collin et de Jeanne Fromy est baptisé le 7 septembre 1620 à Bray sur Seine. Parrain Nicollas ??? et marraine Jeanne ????, assistés de Jehanne Mussin, femme de Pierre Petit. AD 77 5MI7168, vue 269/341G.

Trois autres Nicolas Colin baptisent des enfants à Bray sur Seine avec leurs épouses à la même époque que notre Nicolas.

  • Nicolas Colin et Jeanne Le Fébure.
  • Nicolas Colin et Jeanne Blanchot
  • Nicolas Colin et Edmée Languillat

Il y a peu d’actes d’inhumations dans ce registre de Bray sur Seine (1645-1663), mais sur une page qui en contient quelques uns, on trouve ceci:

Nicolas Colin, cordonnier, est décédé le 16 août 1648. AD 77 5MI7170, vue 128/350G.

Ce décès, survenu cinq mois après la naissance d’Anne, pourrait expliquer pourquoi on ne trouve plus d’enfants de Nicolas Colin et d’Isabelle Calandre dans les registres de Bray sur Seine. Les actes de baptême de Jacques et Anne Colin ne donnant pas le métier de leur père, Nicolas, impossible de dire si ce cordonnier est le bon. Comme souvent, les archives des notaires pourraient certainement nous en dire davantage.

Le couple s’est peut-être simplement déplacé dans une autre ville, ce qui expliquerait aussi sa disparition des registres de Bray sur Seine.

127. Marie Potier, fille du Roy

Marie Potier n’est pas une de mes ancêtres, mais elle fait partie de ces filles du roy dont l’acte de baptême n’était pas encore connu et pour lesquelles Micheline Perreault, pendant qu’elle était coordonnatrice du Fichier Origine, avait lancé un appel aux chercheurs en 2017.  J’avais alors fouillé un peu à Orléans, dont Marie déclare être originaire, mais sans succès.  Je m’y suis remis ces derniers jours.

Dans son contrat de mariage avec Elie Prévost, passé devant Séverin Ameau le 16 novembre 1670, elle déclare être fille d’Aimé Pottier et de Barbe Chardonneau, et être originaire de Saint Euverte d’Orléans. Dans son acte de mariage, daté du 24 novembre à Trois-Rivières, ses parents ne sont pas nommés, mais elle donne la même paroisse d’origine. 

C’est bien dans cette paroisse que j’ai trouvé son acte de baptême. Archives départementales du Loiret, 3 NUM 234/370 vue 169/362D

Cejourdhuy vingt six de fébvrier [1638] a esté baptisée Marie, fille d’Aymé Potier et de Barbe Chardonneau de ceste paroisse. Le parin Maistre Pierre Courtilier, gagier de ceste paroisse; la marine Marie Grangier, de St Paul, laquelle a déclaré ne scavoir escrire ni signer.

Le parrain signe Courtillay, et la marraine est une cousine de l’enfant. Marie Grangier est la fille de Jean Grangier (ou Granger) et de Marie Potier (soeur d’Aimé, qu’on verra plus loin).

Catherine Potier, sœur de Marie, est baptisée à Saint Euverte le 31 juillet 1633.  3NUM 234/370 vue 130/362 G

Les parents de Marie, cette information est déjà connue, ne se sont pas mariés à Saint Euverte, mais à Notre Dame de Recouvrance d’Orléans, le 12 juillet 1632, paroisse où résidait Barbe Chardonneau avant son mariage.  Aymé est dit fils de défunt Sébastien Pothier et de Catherine Roux, de Saint Euverte.  Barbe est fille de défunt Jean Chardonneau et de défunte Roze Monaury, de Notre Dame de Recouvrance.   3 NUM 234/1813 vue 6/120G


1632   au mois de juillet
Le douziesme jour du mois de juillet mil six cent trente deux fust célébré le mariage entre Aymé Pothier, fils de deffunct Sébastien Pothier et de Catherine Roux, ses père et mère, demeurant en la paroisse Saint Euvertre d’Orléans d’une part, et Barbe Chardonneau, fille de deffunct Jean Chardonneau et de deffuncte Roze Monaury, ses père et mère, de la paroisse de Nostre Dame de Recouvrance d’autre part, en présence de Jean Grangié, Claude Guerier, Euvertre Masurier, Michel de la Porte, Robert le Sage, Chardine Chardonneau, Marie Grosseteste, Léonarde Deneau, thesmoings.

Aimé, on le verra plus loin, est né en 1589. Il avait 43 ans lors de son mariage avec Barbe Chardonneau. Il n’est pas dit veuf dans son acte de mariage, mais il avait pourtant eu une première épouse. Le 30 juin 1612, le curé de Saint Euverte lui donne congé pour aller se marier dans la paroisse de Saint Flou. AN 45 3 NUM 234/366 vue 9/58D

Le dernier de juing mil six cens et douze, j’ay donné congé à Aymé Potier, fils de Sébastian Pothier et de Catherine Roux, de ceste paroisse, de se marier en la paroisse de St Flou à la personne de Mathurine Challine, fille de deffunct Jehan Challine et de deffuncte Liénarde Mesmin, de la paroisse de Nostre Dame de Boiscommun, du diocèse de Sens.

Malheureusement, les actes de mariage de Saint Flou (ou Notre Dame de la Conception) ne sont pas conservés entre 1597 et 1630.

Je n’ai pas trouvé d’acte de baptême d’enfants d’Aimé et de Mathurine Challine à Saint Euverte, ni l’acte d’inhumation de Mathurine. Aimé est parrain de quelques enfants baptisés dans cette église au fil des ans, et il est à chaque fois dit « de cette paroisse ». Le couple Potier – Challine semble donc ne pas avoir eu d’enfants.

Le 23 avril 1614, Aymé Pothier est le parrain d’Aymé Guerrier, fils de Claude et de Jeanne Chaline, baptisé à Saint Euverte. AD 45 3 NUM 234/367 vue 20/119D. Aymé signe.

Dans l’acte du second mariage de Claude Guerrier avec Guillemette Bizorce (?) daté du 2 septembre 1632 à Saint Euverte, on trouve aussi la signature d’Aimé Pothier, mais cette signature a changé avec les années. AD 45 3 NUM 234/371 vue 34/110G

aymé potier tesmoin

Les registres de la paroisse de Saint Euverte contiennent une table alphabétique des sépultures à partir de 1640, et ni Aimé Potier, ni Barbe Chardonneau n’y figurent. Ils seront soit décédés avant cette année, soit partis s’installer ailleurs.

La famille Pothier

Les registres de la paroisse Saint Euverte commencent en 1572. Sébastien Pothier (Pottier, Potier) et Catherine Roux (Le Roux, La Rousse) se sont mariés avant 1578.  Ils ont baptisé leurs enfants à Saint Euverte entre 1578 et 1599. 

  • Une fille dont le prénom n’est pas inscrit est baptisée le 13 avril 1578.  3 NUM 234/363, vue 17/74D
  • Françoyse est baptisée le 13 novembre 1579.  3 NUM 234/363, vue 39/74G
  • Sebastian est baptisé le 13 août 1583.  3 NUM 234/364, vue 15/82G
  • Georges est baptisé le 23 mars 1586.  3 NUM 234/365, vue 34/82D
  • Aimé, père de la pionnière, est baptisé le 6 février 1589.  3 NUM 234/364, vue 51/82G
  • Marie est baptisée le 14 avril 1599.  3 NUM 234/365, vue 12/57G

L’espace de dix ans qui sépare Aimé, en 1589, et Marie, en 1599, est assez étonnant.  Le couple s’est peut-être déplacé dans une autre paroisse ou une autre ville, mais je n’en ai pas trouvé trace.  

Sébastien Potier est un des gagiers* ou marguillers de la paroisse de Saint Euverte en fonction en 1611. 3 NUM 234/366, vue 2/58D Le sept juillet 1613, il est toujours vivant puisqu’il est témoin avec son fils Aimé du mariage de Claude Guerrier avec Jeanne Chaline à Saint Euverte.

La famille Chardonneau

Le 10 novembre 1624 à Notre Dame de Recouvrance d’Orléans, Estienne Chardonneau épouse Léonarde Deneau.  Barbe Chardonneau, sœur du marié, est présente.  3 NUM 234/1808 vue 37/59D  Léonarde Deneau, on l’a vu, était témoin au mariage d’Aymé Pothier et de Barbe Chardonneau.

Il y a également Chardine Chardonneau, présente lors du mariage d’Aymé Pothier et de Barbe Chardonneau, sans qu’un lien de parenté ne soit donné.

Il y a d’autres Chardonneau dans le Loiret, mais je n’ai pas pu trouver de lien entre ces familles.

Note:

* Un gagier, ou marguiller, prenait la charge des comptes d’une paroisse pour une année, en général. On l’appelait gagier parce qu’il s’engageait, sur ses deniers personnels, à rendre des comptes équilibrés à la fin de son mandat et donc, en cas de déficit, il devait, sur ses fonds personnels, remettre les comptes à l’équilibre.

126. Marie Petit, fille du Roy

Marie Petit est une des filles du Roy dont je descends par mon père. Elle part pour la Nouvelle France en 1669. Le 10 octobre, elle épouse Nicolas Delage à Sainte Famille de l’Ile d’Orléans. Elle déclare être originaire de la paroisse Saint Benoît de Paris, et être fille d’Eustache Petit et de Barbe Cochois.

Marie et son époux, Nicolas Delage, n’auront qu’un enfant, Charles, né le 19 et baptisé le 21 avril 1672 à Sainte Famille. Nicolas meurt à une date inconnue, et Marie épouse en secondes noces, le 22 juillet 1686 à Saint Laurent de l’Ile d’Orléans, Mathurin Thibodeau, avec lequel elle n’aura pas d’enfants. Elle meurt le 19 et est inhumée le 20 décembre 1708 à Saint Laurent de l’Ile d’Orléans.

Le fonds Laborde a gardé la trace du baptême de Marie, le 28 juin 1637, à Saint Benoît. Elle avait donc 32 ans lors de son arrivée à Québec. Eustache Petit, son père, est dit relieur libraire. Le parrain est Cantien Huet, blanchisseur de la Petite Ecurie du roi, et la marraine, Marie de Neinville, fille de Thomas de Neinville, marchand libraire.

On lui connaît une sœur, Marguerite, qui épouse Robert Papillon le 16 janvier 1661 à Saint Germain l’Auxerrois de Paris. Eustache Petit et Barbe Cauchois sont décédés tous les deux. Les témoins de Marguerite sont Marin Cauchois, maître tonnelier déchargeur et marqueur de vin, son oncle, ainsi que Pierre Chambrier et Nicolas Martin, orfèvres, tous les deux cousins de la mariée. (Fonds Laborde)

Peu d’actes concernent les parents de Marie à Paris, mais quelques uns permettent d’en savoir plus sur la famille de Barbe Cauchois.

Dans un acte trouvé par Jean Paul Macouin, et daté du 22 avril 1641, Barbe Cochois, veuve d’Eustache Petit, marchand libraire à Paris, demeurant rue Saint Jean de Latran, fait une association pour deux ans avec Jacques Framery, aussi marchand libraire, devant les notaires René Maheut et Nicolas Saulnier. (1)

Barbe épouse Estienne Godereau, relieur, le 8 février 1644 à Saint Benoît. Ses témoins sont Marin Cauchois, son frère, et Pierre Chambrier, son neveu, deux hommes qu’on a vus tout à l’heure comme oncle et cousin dans l’acte de mariage de Marguerite Petit. Les liens de parenté sont cohérents. Si Marin Cauchois est le frère de Barbe, il est bien l’oncle de Marguerite. Quant à Pierre Chambrier, s’il est le neveu de Barbe, il est bien le cousin de Marguerite.

Barbe Cauchois est morte quelques années plus tard. En effet, Estienne Godereau, relieur, se remarie le 8 janvier 1650 à Saint Benoît avec Marie Lamoureux.

C’est Marin, le frère de Barbe, qui permet d’apprendre le nom de leurs parents et le lieu d’origine de la famille Cauchois. Marin passe un contrat de mariage avec Domine Courcol (le notaire inscrit Cocol) le 11 janvier 1632 devant Thomas Cartier et Gilles Marion MC/ET/CXV/63. Marin déclare être natif de Fly, en Beauvaisis, fils de défunt Jacques Cauchois, en son vivant laboureur demeurant à Guillanfosse, paroisse de Fly, et Perrette Naguets, sa veuve, maintenant épouse de Nicolas Le Roy. Il précise qu’il est majeur, qu’il aura 28 ans en février, et qu’il a l’accord de sa mère pour se marier. On peut donc avancer que Marin est né en février 1604, probablement à Fly.

Marin est assisté d’Eustache Petit, libraire, son beau-frère à cause de Barbe Cauchois, sa femme, de Marie Cauchois, sa soeur, femme de Georges Martin, cocher de la reine-mère, d’Artus et René d’Ivry, maîtres tonneliers, ses cousins germains. Artus d’Ivry est également témoin de Domine. Il est son beau-frère, ayant épousé Marie Courcol, soeur de Domine.

Signatures au bas du contrat de mariage de Marin Cauchois avec Domine Courcol. Dans la colonne de gauche, de haut en bas: Eustache Petit, René d’Ivry, Marie Cochois, et Thomas Cartier, notaire. A droite, Marin Cauchoys et Gilles Marion, notaire.

Domine Courcol est veuve de Louis Patou. Dix jours après son mariage, Marin Cauchois fait dresser par Gilles Marion l’IAD de Louis Patou, au nom de sa veuve et des deux enfants du couple MC/ET/CXV/63. On y apprend que le contrat de mariage avait été passé devant Tulloué et Marion le 29 décembre 1620.

Domine meurt à une date inconnue, et Marin épouse en secondes noces Marguerite le Fébure. Leur contrat de mariage est passé le 17 août 1636 devant Gilles Marion MC/ET/CXV/72. Marin a deux enfants mineurs, Nicolas, âgé de trois ans et demi, et Marie, âgée d’un an. Les enfants seront aux soins du couple jusqu’à l’âge de seize ans pour Nicolas, et jusqu’à ce qu’elle soit pourvue en mariage pour Marie. Les témoins de Marin sont Marie Cauchois, sa soeur, veuve de Georges Martin, vivant cocher de la reine mère, Eustache Petit « relieur de livres, beau-frère à cause de Barbe Cauchois, sa femme », Arthus d’Ivry, maître tonnellier, cousin germain, et Denis Fortier, maître tonnelier, allié.

Le 30 mars 1666, une assemblée des parents et amis de Thomasse d’Ivry est convoquée par un procureur. Thomasse, fille d’Artus d’Ivry et de Marie Courcol, tous les deux décédés, doit avoir un tuteur pour gérer ses biens dans la mesure ou elle est démente. Parmi les parents de Thomasse, on trouve René d’Ivry, son oncle paternel, Pierre Chambrier, marchand orfèvre, cousin paternel à cause de Marie Martin, sa femme, et Marin Cochois, maître tonnelier, cousin germain maternel à cause d’Héleine Patou, sa femme. Ce couple Cochois – Patou est probablement formé d’un fils de Marin et de Marguerite le Fébure, qui porterait le même nom que son père, et de la fille de Domine Courcol et de Jean Patou, son premier mari. Dans l’inventaire après décès de Jean Patou, Domine, sa veuve, était tutrice de Denis, âgé de cinq ans, et d’Elaine, âgée de 28 mois, enfants mineurs d’elle et de son défunt mari.

René et Artus d’Ivry sont présents lors de l’IAD de Louis d’Ivry, leur oncle, maître tonnelier, époux de Jehanne Courcol, passé devant Claude Le Vasseur le 23 mai 1613. MC/ET/XXXV/232. Puisqu’ils sont cousins germains des Cauchois, les frères d’Ivry devaient avoir pour mère une femme nommée Cauchois ou Naguet.

Je n’ai pas trouvé d’actes qui le prouvent, mais il semble possible que Georges Martin et Marie Cauchois soit les parents de Marie Martin, femme de Pierre Chambrier, et de Nicolas Martin, orfèvre, neveux de Barbe Cauchois.

Marin, on l’a vu dans son contrat de mariage, déclare être originaire de Fly, en Beauvaisis. Ce village fait aujourd’hui partie de Saint Germer de Fly, dans l’actuel département de l’Oise. Dans les registres paroissiaux de Saint Germer de Fly, on trouve trace des parents de Marin, Barbe et Marie Cauchois. Le nom de la paroisse se retrouve sous différentes formes: Fly, Flail, Fleix…

Jacques Cauchois est le parrain de Laurent, fils d’Anthoine Cauchois et d’Anthoinette, sa femme, baptisé le 17 janvier 1620 à Fly. AD 60 EDT186/1E1, BMS Fly 1618-1620, vue 3/3.

On retrouve le nom de Perrette Naguet sur une page qui contient une liste de noms sans aucune indication de date, d’événement ou autre. A quoi correspond cette liste? Au bas de la page, ce qui ressemble à deux mariages, mais également sans date.

On rencontre plusieurs Cauchois dans ces registres, dont deux Marin qui baptisent des enfants avec leurs épouses. Il ne peut pas s’agir de notre Marin, dont on a vu dans son contrat de mariage qu’il était né en 1604. Ce sont probablement des (ou un) parents, oncles ou cousins.

Carte du diocèse de Beauvais dressée sur les mémoires de M. le Scellier, conseiller du roi Secretaire de la Cour / Par Guillaume Del’isle, 1710. Gallica On voit Beauvais, à droite, et j’ai entouré en rouge Saint Germer, Fly (Fleix) et Guille en Fosse.

Notes:

(1) Archives Nationales à Paris, MC/ET/XXXIII/277, Jean Paul Macouin, Les familles pionnières de la Nouvelle-France dans les archives du Minutier central des notaires de Paris, Archiv-Histo, 2016.

125. Catherine Dupuis, fille du Roy

Catherine Dupuis est une fille du Roy d’origine parisienne, arrivée à Montréal en 1663. Le 28 novembre, elle y épouse le dieppois Charles Martin. Elle déclare être fille d’André Dupuis et de Catherine Duval, de la paroisse Saint Germain l’Auxerrois. Le couple aura dix enfants, dont deux seulement semblent s’être mariés. Les autres sont décédés avant l’âge adulte. Je descends de Catherine Dupuis par ma mère.

Jean Paul Macouin, il y a quelques années, a retrouvé le contrat de mariage des parents de Catherine, André Dupuis et Catherine Duval.  Il est passé devant les notaires parisiens Pierre Legay et Jacques de Rivière le 5 juin 1633. 

M. Macouin donnait les informations suivantes :

André Dupuis, compagnon de rivière, demeurant à Lag…, fils de défunt Pierre Dupuis aussi compagnon de rivière demeurant audit lieu et de Denise…, et Catherine Duval fille majeure de Laurent Duval, portefaix, natif de Saint Supl… vicomté de Bayeux en Normandie, et Anne Lebel. 150 livres de dot. Les futurs époux ne savent pas signer. (1)

M. Macouin indiquait que cet acte était mal écrit et très difficile à lire.  Effectivement, il n’est pas très simple à déchiffrer.

Je m’y suis attaqué à mon tour et j’ai comblé une partie des vides. 

Furent présents André Dupuis, compagnon de rivière, demeurant à la Grenouillère lez Paris, fils de défunt Pierre Dupuis, vivant aussy compagnon de rivière demeurant audit lieu, et de Denise Richomme, jadis sa femme, pour luy et en son nom, assisté de François Thuillier, commis à la descharge de bestiaux au port St Nicolas du Louvre, ayeul à cause de Camille ?????, sa femme, et de Loth Le Roux, gaigne denier, oncle à cause de Françoise Richomme, sa femme, d’une part, et Catherine Duval, fille usante et jouissante de ses droits, demeurant à la Grenouillère, yssue de Laurent Duval, vivant portefaix, natif de Saint Suplice, vicomté de Bayeux, en Normandie, et de Anne Lebel, jadis sa femme, à présent sa veuve, ses père et mère, aussy pour elle et en son nom, assistée de sadite mère, de Thomas Duval, tailleur de pierre, cousin…  Suivent ensuite deux amis communs.

Je n’ai pas réussi à déchiffrer le nom de la grand-mère d’André Dupuis et mes recherches à partir du nom de son second mari n’ont rien donné. Je ne sais donc pas si Camille est la grand-mère paternelle ou maternelle d’André.

Une recherche dans les plans anciens de la ville de Paris permet de savoir où était la Grenouillère, sur la rive gauche, au bord de la Seine, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le musée d’Orsay.

Plan général de la ville, cité, université, isle et faubourgs de Paris. Boisseau, 1648. J’ai entouré en rouge La Grenouillère, à droite, où habitaient les futurs époux, le port Saint Nicolas, au centre, où travaillait François Thuillier, le second époux de la grand-mère d’André Dupuis, et à gauche, l’église Saint Germain l’Auxerrois, dont Catherine Dupuis se dit originaire dans son acte de mariage à Montréal.

Je n’ai pas trouvé de ville ou village nommée Saint Suplice dans la vicomté de Bayeux, mais un village nommé Saint Sulpice, à quatre kilomètres de cette ville. Les registres paroissiaux de Saint Sulpice ne commencent qu’en 1674, quarante ans après la période qui nous intéresse. Il y a donc peu de possibilités d’y trouver des informations sur les Duval qui nous intéressent.

Carte topographique du diocèse de Bayeux, levée géométriquement par Monsieur Outhier ; mise au jour par Bernard Jaillot, Paris, 1736. Gallica

Note:

(1) Jean-Paul Macouin, Les familles pionnières de la Nouvelle-France dans les archives du Minutier central des notaires de Paris, Société de recherche historique Archiv-Histo, 2016, p 75.

124. Du nouveau concernant Marguerite Abraham

J’ai publié, l’an dernier, un article sur Marguerite Abraham et sa famille maternelle. Vous pouvez le consulter ici.

J’y évoquais, à la lecture du contrat de mariage de la sœur de sa mère, la possibilité que la grand-mère maternelle de Marguerite soit Françoise Feloy. J’ai relu, cette semaine, le contrat de mariage de Denise Fleury, mère de Marguerite, avec son second mari, Antoine Hulot, passé devant le notaire Simon le Mercier le 13 février 1639. Et au détour d’une phrase, un détail qui m’avait échappé m’a sauté aux yeux. Parmi les biens que Denise Fleury apportera, elle cite une somme qui lui vient de défunte Françoise Follouys, sa mère. L’hypothèse du premier article est confirmée. Denise Fleury est bien la fille de Pierre Fleury et de Françoise Feloy ou Felouys.

Un autre contrat de mariage, consulté cette semaine, donne des informations sur les probables origines de Godegrand Abraham, son père. Il s’agit du contrat de mariage de Marie Abraham, fille de Jacques Abraham, maître pâtissier à Beaumont, et de défunte Marie (le nom de famille est laissé en blanc), jadis sa femme, avec Nicolas Charon, compagnon charron. Ce contrat est passé le 22 juin 1635 devant Moufle et Le Vasseur. MC/ET/XXXV/213

Marie Abraham vit à Paris, comme son futur mari, sur la rue Montmartre, paroisse Saint Eustache. Le témoin de Marie est son cousin germain, Godegrand Abraham, tailleur d’habits, qui a une procuration de Jacques Abraham pour conclure ce contrat de mariage. La famille de Nicolas est à « Bonnelles en Picardie ». Bonnelle fait aujourd’hui partie de la commune de Ponthoile, dans la Somme.

Il y a plusieurs communes portant le nom de Beaumont, mais celle qui nous intéresse est probablement Beaumont sur Oise, dans le Val d’Oise, tout au nord du département, à la limite du département de l’Oise. On retrouve de nombreux Abraham dans les communes de cette région. Les registres paroissiaux de Beaumont sur Oise ne commencent qu’en 1682. Il y a donc peu de possibilités d’y trouver des éléments sur les membres de la famille Abraham qui nous intéressent. J’ai élargi mes recherches aux communes voisines, et pour l’instant, je n’ai rien de précis, mais ce contrat de mariage de la cousine de Godegrand suggère qu’il pourrait aussi être originaire de cette région.

Petit bonus de ce contrat de mariage, on y trouve la signature de Godegrand. Une signature assurée, et assez élégante avec ce G en clé de sol.

123. Mes pères et mes mères, observations

Ce court article sera plus facile à comprendre pour celles et ceux qui auront lu la série complète sur mon ascendance directe par les femmes, puis par les hommes, soit les sept précédents articles.

Quelques remarques générales sur mes pères et mes mères. Treize femmes et dix hommes sur une période à peu près équivalente d’un peu moins de 400 ans. Anne Gaultier est née vers 1629 et Anthoine Brassard vers 1609, soit vingt ans d’écart. Ma mère étant décédée 19 ans après mon père, on s’y retrouve à un an près. Trois mères de plus, probablement dues au fait que les femmes se mariaient en général plus jeunes, à moins que ce ne soit encore le fruit du hasard.

Mes pères ont été cultivateurs sur sept générations. Les trois autres ont été cordonnier, marchand et maçon. Certains ont temporairement exercé d’autres métiers.

Ils ont vécu entre 49 et 84 ans, avec une moyenne de 64 ans et quatre mois. Je dis parfois en plaisantant qu’il me reste encore quelques années à vivre…

  • Un d’entre eux a vécu entre 40 et 49 ans
  • Un a vécu entre 50 et 59 ans
  • Six ont vécu entre 60 et 69 ans
  • Un a vécu entre 70 et 79 ans
  • Un a vécu entre 80 et 89 ans

Un détail m’a surpris concernant ces hommes. Ils ont eu entre cinq et seize enfants, pour un total de 104 sur 10 générations, soit 10.4 de moyenne, avec un gros déséquilibre entre les filles et les garçons. On trouve 39 filles et 65 garçons. Et ce déséquilibre est particulièrement visible dans les quatre générations qui me précèdent, ceux du Témiscamingue. De mon père jusqu’à son arrière-grand-père, on compte 39 enfants, 8 filles pour 31 garçons.

Ils ont été moins voyageurs que mes mères, plus terriens. Sauf mon père, qui, un peu par choix et un peu par contrainte, a vu plus de pays que tous ses pères réunis.

Mes mères n’ont pas exercé de métiers en dehors de leur foyer. Elles se sont naturellement calées dans le modèle qu’on attendait des femmes dans la société traditionnelle québécoise, modèle qui, dans des familles peu fortunées, devait largement les occuper à temps plein, et leur laisser de toute façon peu de temps pour envisager une occupation extérieure.

Elles ont vécu entre 29 et 84 ans, avec une moyenne de 61 ans et six mois. Le décès de quatre d’entre elles à 40 ans ou moins des suites de leurs grossesses fait baisser cette moyenne. Si on considère les neuf autres, elles ont vécu en moyenne 72 ans et 10 mois.

  • Une a vécu entre 20 et 29 ans
  • Deux ont vécu entre 30 et 39 ans
  • Une a vécu entre 40 et 49 ans
  • Une a vécu entre 50 et 59 ans
  • Une a vécu entre 60 et 69 ans
  • Cinq ont vécu entre 70 et 79 ans
  • Deux ont vécu entre 80 et 89 ans.

Elles ont mis au monde entre deux et dix-neuf enfants, soit 133 au total pour une moyenne de 10,3. La moyenne pour mes pères était de 10.4, donc pratiquement identique. Le déséquilibre est cette fois-ci en faveur des filles. Elles sont 72 pour 58 garçons et trois enfants anonymes, mort-nés, dont le sexe n’est pas précisé.

C’est étonnant de constater que mes pères ont surtout engendré des garçons, et mes mères, surtout des filles. Je suppose que c’est un hasard, je ne sais pas si des études ont été faites là-dessus.

122. Mes pères 3

Ceux du Témiscamingue (env. 1885-1987)

Le Témiscamingue est, avec l’Abitibi, une des dernières régions où se sont installés les québécois, dans la dernière partie du XIXè siècle. La rivière des Outaouais et le lac Témiscamingue avaient servi depuis le XVIIè siècle de voie de passage vers les terres plus au nord et la baie d’Hudson pour la traite des fourrures. Des postes de traites et quelques forts y avaient été installés, disputés par les français et les anglais au XVIIIè. Une mission des frères Oblats s’y établit dans les années 1870 et encourage des colons à venir s’installer dans la région, vantant la qualité des terres agricoles. Mon arrière-arrière-grand-père et sa famille seront parmi les premiers à venir s’y installer.

Alexandre

Il est le dernier des quinze enfants de Clément Brassard et de Julienne Bergeron. Il est né et baptisé le 28 février 1838 à Sainte Agnès.

Le vingt huit février mil huit cent trente huit, nous, curé soussigné, avons baptisé Alexandre, né aujourd’hui du légitime mariage de Clément Brassard, cultivateur de cette paroisse, et de Julienne Bergeron. Parrain Patrice Brassard, marraine Marguerite Brassard qui n’ont su signer. Père absent.

Il passe son enfance et sa jeunesse à Sainte Agnés, et c’est là aussi qu’il se marie, le 7 février 1860, avec Marie Anne Dallaire, née un an et demi avant lui à La Malbaie.

Le sept février mil huit cent soixante, après la publication de trois bans de mariage faite au prône de nos messes paroissiales entre Alexandre Brassard, cultivateur, fils majeur de Clément Brassard et de défunte Julienne Bergeron, de cette paroisse d’une part; et Marie Anne Dalaire, fille majeure de Pierre Dalaire et de défunte Félicité Gagné, aussi de cette paroisse d’autre part; vû la dispense du troisième degré de consanguinité accordé en date du vingt du mois de janvier dernier, par sa grandeur Monseigneur de Iloa, administrateur de l’archidiocèse, ne s’étant présenté aucun autre empêchement au dit mariage agréé des parents des parties, nous, curé soussigné de cette paroisse, avons reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence de Clément Brassard, Pierre Dalaire, pères des époux, Félix Gagnon et Louis Belay, qui n’ont su signer; les époux ont signé avec nous.

On voit effectivement les signatures de « Marie Aan Dalaire« , et « Alecxands Brassards » assez malhabiles toutes les deux. Ils ne devaient pas écrire tous les jours. Ces deux signatures me font penser qu’on leur avait peut-être appris à écrire leur nom pour qu’ils puissent signer leur acte de mariage. Elles ont quelque chose de touchant.

Alexandre et Marie Anne auront dix enfants, entre 1860 et 1879, une fille et neuf garçons: Ernest en 1860, Elzéar en 1862, Pierre en 1864, François Xavier en 1865, Charles en 1869, Marie Anne en janvier 1871, Médéric en novembre 1871, Auguste en 1876, Louis en 1877 et Alfred en 1879.

Son arrière-grand-père Charles Marie s’était déplacé de Québec aux Eboulements, Alexandre est celui qui va transplanter sa famille dans une autre région. Il quitte Charlevoix après la naissance de son troisième fils et part s’installer pendant presque 20 ans au Saguenay, à Chicoutimi, où vont naître les enfants suivants. Je ne suis pas certain du lieu de naissance de François Xavier, le quatrième enfant d’Alexandre et Marie Anne. Je n’ai trouvé son acte de baptême ni dans les registres de Sainte Agnès, ni dans ceux de Chicoutimi. J’ai trouvé sa date de naissance dans le recensement du Canada de 1901.

Vers 1885, la famille repart de Chicoutimi vers le Témiscamingue, où elle se fixe à Lorrainville. Alexandre y obtient une terre, d’abord en location, puis en pleine propriété. C’est à Lorrainville qu’il vit les 37 dernières années de sa vie. Ses enfants vont se marier au Témiscamingue et y implanter une descendance assez nombreuse. L’aîné de ses fils, Ernest, qui s’était marié en 1883 à Chicoutimi, va aussi suivre son père.

Marie Anne Dallaire est inhumée le 28 juin 1918 à Lorrainville, âgée de 81 ans. Alexandre est inhumé le 11 octobre 1922 dans le même village, âgé de 84 ans. C’est celui de mes pères qui a vécu le plus longtemps.

J’ai une seule photographie d’Alexandre, prise alors qu’il est déjà âgé. Il a les même yeux clairs qu’avait mon père.

Mon arrière-grand-père

Né à Sainte Agnès, qu’il quitte enfant, ayant grandi au Saguenay, il arrive jeune homme au Témiscamingue et sera cultivateur, comme ses père et grand-père. Il épouse une jeune femme qui, comme lui, a grandi au Saguenay Lac Saint Jean. Ils sont mariés par un prêtre de la mission Saint Claude, avant la fondation de la paroisse de Ville Marie.

Ils auront neuf enfants, sept garçons et deux filles qui tous se marieront et auront une descendance. C’est celui de mes pères qui, contrairement à Alexandre, son père, vivra le moins longtemps. Il meurt à moins de 50 ans à Lorrainville. Son épouse se remarie quelques années après sa mort et lui survit presque 40 ans.

Comme pour Alexandre, je n’ai qu’une seule photo de lui. On voit un homme robuste avec des mains solides et fortes comme les avaient aussi mon père.

Mon grand-père

C’est le premier de la lignée à être né au Témiscamingue, troisième enfant de sa famille. Il sera aussi cultivateur.

Il se marie à 24 ans avec une jeune femme venue avec ses parents de la région de la Mauricie. Ils auront 12 enfants, neuf garçons et trois filles, mariés tous les douze avec descendance.

Il meurt âgé de 61 ans, et ma grand-mère vit encore presque trente ans avant de s’éteindre à son tour.

Mon grand-père est mort plusieurs années avant ma naissance, je ne l’ai donc pas connu. Les photos que j’ai de lui montrent une homme imposant, grand et costaud. C’est aussi ce que ceux qui l’ont connu disent de lui, qu’il en imposait.

Mon père

Né à Lorrainville, où son arrière-grand-père avait transplanté la famille, il va vivre sa jeunesse dans un autre village, pas très éloigné, où son père s’était déplacé. Contre la volonté de ses parents, il décide de s’engager dans l’armée pendant la seconde guerre mondiale, est formé dans différentes bases militaires au Canada, d’est en ouest. Il est envoyé en Angleterre en vue du débarquement auquel il participe, est fait prisonnier en Normandie, traverse la France en train en direction de l’Allemagne où il sera d’abord travailleur forcé, puis, les derniers mois, retenu dans un camp de prisonniers.

Il en a évidemment gardé des séquelles. Ma mère parlait des cauchemars terribles qu’il a fait pendant les premières années de leur mariage. Je n’ai aucun souvenir qu’il nous aie parlé de ses années de guerre. Ce que j’en ai su, je l’ai appris par ma mère à qui il en avait raconté un peu, et qui m’en a parlé après sa mort. J’ai demandé son dossier militaire il y a quelques années, espérant en apprendre davantage, mais ce dossier est très sec, et ne donne pas beaucoup de détail. Des lieux, des dates, mais rien qui puisse vraiment éclairer ces années. Les dernières semaines de détention dans le camp de prisonniers, le ravitaillement n’arrivait plus, et comme ses compagnons, d’après ce que m’a raconté ma mère, il avait survécu en mangeant de l’herbe et des racines. Très affaibli et amaigri à la libération du camp où il était retenu, il a à nouveau passé un moment en Angleterre afin de se refaire une santé, puis est rentré au pays.

Il s’est marié deux ans après son retour. Avec ma mère, ils ont eu huit enfants, deux filles et six garçons. Nous avons d’abord vécu sur une ferme, puis dans une petite ville de la région, mon père passant de cultivateur à charpentier. Une fois les enfants partis, mes parents ont décidé de quitter la région pour descendre dans le sud du Québec, le climat du nord commençant à leur peser. Ils se sont installés au sud de Montréal, où mon père a pu profiter de sa retraite pour jardiner et continuer à travailler le bois. Il est décédé il y a un peu plus de trente ans.

Après le décès de ma mère, j’ai trouvé, dans les papiers qu’elle conservait, des textes écrits par mon père pendant la guerre, à son retour et dans ses dernières années de vie. J’ai découvert un autre homme que cette figure d’autorité que j’avais connue, et à laquelle je m’étais heurté pendant quelques années. J’avais jugé sévèrement son attitude, sans en comprendre les fondements. Ces textes, et le fait qu’avec les années, je lui ressemble de plus en plus, m’ont donné une plus grande indulgence à son égard.

J’en parlais dans le dernier article sur mes mères, traiter des générations les plus près de soi vous rapproche de l’intime, de l’histoire familiale, et vous éloigne, d’une certaine façon, de la généalogie comme on la fait habituellement. Drôle d’exercice.

Voici le parcours de mon père.

121. Mes pères 2

Ceux de Charlevoix (1752-1865)

Pendant un peu plus de cent ans, mes pères ont vécu dans la région de Charlevoix, d’abord aux Eboulements, puis à la Malbaie et pour finir à Sainte Agnès.

Gallica, Carte du golfe et du fleuve Saint-Laurent en remontant jusqu’au lac Ontario, par le Sr d’Anville, 1754, détail. J’ai entouré en rouge la ville de Québec, Baie Saint Paul, Les Eboulements et La Malbaie. Sainte Agnès se situe approximativement sous le point rouge.

Charles Marie

Ce Brassard de la quatrième génération en Amérique est né à Québec 15 août 1734.

Le seizième août mil sept cent trente quatre, par nous soussigné prêtre chanoine, a été baptizé Charles Marie, né d’hier du légitime mariage de Jean Baptiste Brassar dit Brodet et de Marie Joseph Chalifour, son épouse, de cette paroisse. Le parrain a été Charles Danay et la marraine Marie Anne Brassar, lesquels ont signé.

Charles Marie est le sixième des neuf enfants de Jean Baptiste dit Bordet Brassard et de Marie Josephe Chalifour. Certains actes qui le concernent dans sa jeunesse le disent navigateur. Né à Québec, il n’y a pas vécu très longtemps. Fin 1752, il vit déjà aux Eboulements, entre Baie Saint Paul et La Malbaie, à un peu plus de cent kilomètres à l’est de Québec, en descendant le fleuve. Il doit y résider depuis un moment puisqu’il y épouse une fille du lieu.

Le 20 novembre 1752, alors qu’il n’est âgé que de 18 ans, il se marie, avec la permission de son père, avec Catherine Gagnon, de 10 ans plus âgée que lui. Jean Baptiste, son père ne fait pas le voyage, et c’est le seigneur du lieu, Etienne Tremblay, qui sert de père à Charles Marie.

L’an mil sept cens cinquante deux, le vingtiesme de novembre, après avoir publié trois bans à la messe parroissiale, et après avoir obtenüe dispense de publication de bans dans la paroisse de Québec pour l’une des parties de Monseigneur l’Evêque par sa lettre du 4è de ce mois, entre Charles Brassard, fils de Jean Baptiste Brassard et de Marie Chalifou, de la parroisse de Québec d’une part, et Catherine Gangnon, fille de Joseph Gangnon et de Marie Magdeleine Tremblai, de la parroisse des Eboulemens d’autre part, ne s’étant trouvé aucun empêchement, et ayant vû le consentement par écrit de Jean Baptiste Brassard, père du contractant. Je soussigné prêtre missionnaire du Domaine du Roy, faisant actuellement les fonctions curiales dans la parroisse de Notre Dame des Eboulements, ai reçu leur mutuel consentement au mariage en terme de présent, et en conséquence leur ai donné la bénédiction nuptiale avec les cérémonies ordinaires de la Sainte Eglise, en présence des sieurs Estienne Tremblai, seigneur des Eboulemens, major des milices, servant de père au dit époux, de Joseph Gangnon, père de la ditte épouse, Charles Pilote, Louis Gautier, Louis Girard et autres tant parents qu’amis: Le sieur Estienne Tremblai a signé avec nous, les autres ont déclarés ne scavoir signer, de ce enquis suivant l’ordonnance.

Le couple aura cinq enfants, cinq garçons: Augustin en 1754, Charles Chrysologue en 1756, Henry en 1758, Jean en 1761 et Alexis en 1763. Ils atteindront tous l’âge adulte, se marieront et auront une descendance. Ils mourront âgés de 35 à 73 ans. Avant 1778, la famille se déplace à la Malbaie, puisque cette année-là, un de leurs fils s’y marie et que Charles Marie et Catherine sont dits résidents de La Malbaie.

C’est à La Malbaie que Charles Marie meurt le 27 février et qu’il est inhumé le 1er mars 1789. Il avait 54 ans.

Le premier de mars mil sept cent quatre vingt neuf, par nous prêtre soussigné et curé de la Murraÿ Baÿ, ou Mal Baÿ a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Charles Brassard, âgé de cinquante huit ans ou environ, munie des dernier sacrement, décédé d’avant hier. Etaient présent Jean François Tremblaÿ, Joseph Villeneuve et plusieurs autres qui ont déclaré ne scavoir signé, de ce requis suivant l’ordonnance.

Catherine Gagnon lui survit treize ans. Elle meurt le 22 et est inhumée le 28 mars 1802 à La Malbaie, âgée de 77 ans.

Alexis

Alexis est le dernier enfant de Charles Marie et de Catherine Gagnon. Ils est né le 4 septembre et baptisé le 9 octobre 1763 aux Eboulements.

L’an mil sept cens soixante et trois, le neuf d’octobre, par nous prêtre missionnaire de la Compagnie de Jésus, a été baptisé sous condition Alexis Brassard, né le 4è septembre du mariage légitime de Charles Brassard et de Catherine Gangnon. Le parein a été Pierre Bouchard et la mareine Dorothée Gontier qui ont déclaré ne scavoir signer, de ce requis.

Après l’installation de la famille à La Malbaie, c’est dans son village de naissance qu’il épouse Madeleine Desbiens, le 27 novembre 1784. Dans les actes qui le concernent, Alexis est dit cultivateur.

L’an mil sept cents quatrevingt quatre, le vingt sept de novembre, après avoir publié trois bans au prône des messes paroissiales entre Alexis Brassard, fils de Charles Brassard et de Catherine Gagnon, ses père et mère, et Madeleine Débiens, fille de Jean Baptiste Débiens et de Marie Luce Pedneau, ses père et mère de la paroisse Saint Etienne en la Malbay, sans qu’il y ait eu aucun empêchement, je soussigné missionnaire et curé de la susdite paroisse, ay reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ai donné la bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte église, en présence d’Augustin La Flèche, de François Tremblay, Joseph Gautier pour le garçon, et de Jean François Gagnon et de Jean Baptiste Débiens, lesquels déclaré ne savoir signer, à l’exception d’Augustin La Flèche et de François Tremblay, ce en quis suivant l’ordonnance.

Seize enfants naîtront du couple: Clément en 1785, Catherine en 1787, Martine en 1789, Etienne en 1793, Alexis en 1794, Christine en 1796, Marguerite, Julie et Anne, triplées inhumées le jour de leur naissance en 1798, Joseph en 1799, Adélaïde en 1801, Pierre David en 1802, Venant en 1806, une fille anonyme, ondoyée et inhumée en 1807, Eloïse, dont je n’ai pas trouvé le baptême, mais qui se marie en 1826, et Jean Baptiste, dont je n’ai pas non plus trouvé le baptême, mais qui se marie en 1829.

Outre les triplées et la petite ondoyée, Catherine et Adélaïde ne laissent pas de traces après leur baptême. Pierre David meurt à presque 14 ans. Les neuf autres enfants se marient.

Madeleine Desbiens meurt le 3 et est inhumée le 5 juin 1825 à La Malbaie. Le prêtre lui donne 64 ans, elle en avait 59. Alexis Brassard meurt le 23 et est inhumé le 25 mai 1832 à La Malbaie, âgé de 68 ans.

Le vingt cinq mai mil huit cent trente deux, nous, curé soussigné, avons inhumé dans le cimetière nord de cette paroisse le corps d’Alexis Brassard, cultivateur mort avant hier âgé de soixante douze ans environ, époux légitime de défunte Magdeleine Desbiens. Présents Mathieu Savard et Roger ?????? qui n’ont sû signer.

Clément

Clément est le premier enfant d’Alexis Brassard et de Madeleine Desbiens. Né le 15 décembre 1785, il n’a été baptisé que le 29 janvier 1786 à la Malbaie. Il n’y avait pas de curé résident à l’époque, et on trouve dans les registre de la paroisse la trace du passage d’un prêtre sur place quand, en l’espace de quelques jours, on trouve les actes de baptême des enfants nés dans les dernières semaines, voire quelques mois.

Le même jour ont été supplées les cérémonies de baptême à Clément, né le quinze de décembre passé du légitime mariage d’Alexis Brassard et de Magdeleine Desbiens. Le parrain a été Jean Marie Desbiens et la marraine Félicité Lagrange qui ont déclaré ne savoir signer de ce requis suivant l’ord:

Agé de 29 ans, il épouse à La Malbaie Julienne Bergeron le 10 janvier 1815.

Le dix janvier mil huit cent quinze, après avoir, du consentement des pères et mères de l’époux et de l’épouse, publié au prône de la messe paroissiale le premier, le six et le huit du présent, les bans de mariage entre Clément Brassard, laboureur, fils majeur d’Alexis Brassard et de Magdeleine Debien, de cette paroisse et y demeurant d’une part, et Julienne Bergeron, fille mineure d’Alexis Bergeron et de Magdeleine Dufour, aussi de cette paroisse et y résidant d’autre part, ne s’étant trouvé aucun empêchement, ni trouvé aucune opposition, nous soussigné curé de La Malbaye, avons reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avons donné la bénédiction nuptiale suivant les cérémonies prescrites par la sainte église, en présence , en présence d’Alexis Brassard, père de l’époux, Henri Brassard, son oncle, Alexis Brassard, son frère, Alexis Bergeron, père de l’épouse, Michel Bergeron, Joseph Savard, Louis Tremblay, ses oncles et plusieurs autres. Tous ne savent signer.

Clément et Julienne auront 15 enfants: Justine en 1815, Patrice en 1817, Marie Josephe en 1818, Zoé en 1820, Marie en 1821, Elisabeth en 1823, Eléonore en 1825, Clément en 1827, Magdeleine en 1828, Domitilde en 1830, un anonyme mort-né et Joseph en 1832, Joseph en 1833, Julienne en 1835 et Alexandre en 1838.

Trois de leurs enfants meurent nourrissons, et Zoé est morte à 17 ans. Les onze autres ont atteint l’âge adulte, et au moins dix se sont mariés, je ne suis pas certain pour la onzième. Les douze premiers sont nés à La Malbaie. Clément est d’abord dit laboureur, puis rapidement il est désigné comme cultivateur. Les trois derniers enfants sont baptisés à Sainte Agnès, village dont les registres paroissiaux commencent en 1833. Joseph fait partie des premiers enfants baptisés à Sainte Agnès.

C’est à Sainte Agnès que Julienne Bergeron meurt le 20, et qu’elle est inhumée le 22 avril 1843. Elle avait 48 ans. Clément meurt aussi à Sainte Agnès, le 6 février 1861, et il y est inhumé le 9, âgé de 75 ans.

Le neuf février mil huit cent soixante un, nous, prêtre soussigné, avons inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Clément Brassard, ancien cultivateur de cette paroisse, époux légitime de défunte Julienne Bergeron, décédé depuis trois jours en cette paroisse à l’âge environ de soixante seize ans. Présents François Gagnon et Léon Villeneuve qui n’ont su signer.

120. Mes pères 1

Après avoir exploré, dans les quatre articles précédents, la vie des femmes dont je descends en ligne directe, je commence le même travail avec mes pères.

Je fais partie de la 11è génération de Brassard du Québec depuis l’arrivée d’Anthoine, le premier à s’être installé de ce côté-ci de l’Atlantique. Trois grandes périodes permettent d’organiser les dix générations précédentes. Les trois premiers Brassard sont demeurés à Québec. Le quatrième est né à Québec, mais a passé la plus grande partie de sa vie dans Charlevoix, comme son fils et son petit-fils. Le septième est né dans la région de Charlevoix, mais est parti au Saguenay pour quelques années, avant d’aller s’installer dans le Témiscamingue, où ont vécu les trois générations suivantes.

Comme pour les mères, une carte permet de voir les lieux.

J’ai mis un point violet en France, mais il ne représente pas de lieu précis, puisqu’on ne sait pas d’où est venu Anthoine, le premier Brassard. Québec est sous le point rouge. Le point bleu se trouve dans Charlevoix et le point jaune au Témiscamingue.

Ceux de Québec (env. 1609-1753)

Anthoine

Le premier Brassard est arrivé entre 1632 et 1636. Il est dit maçon ou maître maçon. On ne connaît ni la date ni le lieu de sa naissance, ni la date de sa mort. La reconstitution de son acte de mariage est conservé dans le plus ancien registre de la paroisse de Notre Dame de Québec. Il épouse Françoise Méry le 14 janvier 1637. On ne sait pas non plus d’où elle vient. Il y a peu de femmes qui ont fait la traversée seule dans ces premières années de la colonie. J’aimerais bien savoir ce qui l’a poussée à monter sur un bateau pour le nouveau monde en 1636. J’ai publié, il n’y a pas très longtemps, un article sur ce couple originel et sur les enfants qu’ils ont mis au monde. Vous pouvez le consulter en cliquant ici.

On peut suivre Anthoine dans les actes de baptême de ses enfants, leurs actes de mariage, et quelques actes notariés. Son acte d’inhumation ne se trouve pas dans les registres de Québec. On sait qu’il est mort avant le 26 mai 1669, jour où, après son décès, sont mis sous scellés les biens de sa communauté avec Françoise. Son inventaire après décès est intéressant. L’ensemble des pièces fait un peu moins de 50 pages. On y trouve la première visite dont je viens de parler, où sont consignés les biens du couple dans leur maison de Québec, puis l’inventaire après décès proprement dit, avec l’estimation des biens faite par un expert priseur, et enfin, la vente des biens, avec les sommes qu’elle a rapportées.

Les papiers inventoriés permettent d’en savoir plus sur les lieux qu’Anthoine et sa famille ont habités, à Québec et à Sillery, avec, semble-t-il, un retour en France pour quelques années autour de 1640. Lors du recensement de 1666, Antoine et sa famille sont à Québec. Lors de celui de 1667, ils sont recensés à Sillery.

Deux pièces de terre sises sur le chemin de Québec au Cap Rouge ( la Grande Allée ) sont concédées à Anthoine en 1647 par le gouverneur Charles Huault de Montmagny au nom de la Compagnie de la Nouvelle France. Une pièce fait 15 arpents et la seconde, sur laquelle il habitait lors de son décès, en fait 25.

Une autre pièce lui sera concédée par le Sieur Ruette d’Auteuil le 10 décembre 1665, « une concession scize dans la Seigneurie des sauvages de Sillery, attenante aux terres de Monceaux, contenant trente arpents de terre en deux de front ». Les biens qui s’y trouvaient lors du décès d’Anthoine seront aussi évalués et vendus.

Le 5 février 1669, Anthoine est présent devant le notaire pour recevoir une partie de la somme que lui doit Robert Mossion dit La Mouche, suite à la vente de l’emplacement et maison de la haute ville qu’Anthoine et Françoise Mery, sa femme, ont fait à Mossion. Il s’agit de la plus petite des deux pièces qui avaient été concédées à Anthoine en 1647 par le gouverneur de Montmagny. Anthoine est donc mort entre le 5 février et le 26 mai 1669, probablement juste avant le 26 mai. Je pense qu’on ne devait pas tarder à mettre sous scellé les biens du défunt afin de garantir les droits de chacun des héritiers.

Lors du recensement de 1666, on le disait âgé de 57 ans, et lors de celui de 1667, on lui donnait 58 ans. Ces deux estimations le feraient naître en 1609. Il serait ainsi mort âgé d’environ 60 ans. Françoise Méry meurt un peu plus de deux ans après son mari, le 11 juillet 1671, et est inhumée le lendemain à Québec.

Jean Baptiste

Huitième enfant d’Antoine et de Françoise, Jean Baptiste est né le 18 et baptisé le 21 septembre 1651 à Québec.

L’an du Seigneur 1651, le 18è jour de septembre est né un fils du mariage d’Antoine Brassard et de Françoise Merie, de cette paroisse, que moi, Joseph Poncet, ai baptisé en l’église de Kébec le 21è jour dudit mois. Les parrain et marraine furent Jean Gloria et Marie Bourdon, fille du sieur Bourdon. Nommé Joseph Jean Baptiste. (Je ne suis pas un grand latiniste, mais la traduction est de moi.)

Le 26 avril 1672, il épouse Jeanne Quelvé (Quellevé) à Québec. Elle est fille du roy, originaire d’Evreux, arrivée à Québec en 1671, fille de Jean Quellevé et de Marie Camus.

Le vingt-sixième iour du mois d’Avril de l’année mil six cent soixante et douze, après les fiançailles et la publication faite de deux bans de mariage le dix neufième et vingt-quatrième dudit mois d’Avril d’entre Jean Baptiste Brassard, fils de deffunts Anthoine Brassard et de Françoise Esmery, ses père et mère, de la paroisse de Notre Dame de Québec d’une part. Et Jeanne Quelvé, fille de deffunt Jean Quelvé et de Marie Camu, ses père et mère, de la paroisse de St Gilles de la ville et evesché d’Evreux d’autre part, les ayant dispensé du troisième ban, et ne s’estant découvert aucun empeschement, je, Henry de Bernières, Grand Vicaire de Monseigneur l’Evesque de Pétrée et curé de cette église paroissiale de Notre Dame de Québec, les ay en ladite église solemnellement mariés et leur ay donné la bénédiction nuptiale selon la forme prescrite par la Ste Eglise, en présence de Guillaume Brassard, Jean de Mosny , Jean Jean de la Tour, Estienne Marandeau, etc.

Dans les registres de la paroisse Saint Gilles d’Evreux, on trouve le nom de la famille de Jeanne écrit Quellevée, Queuelevée, Queue Levée ou Queulevée. Jeanne a été baptisée le 27 avril 1652, elle se marie donc un jour avant ses 20 ans.

Jean Baptiste et Jeanne auront douze enfants. D’abord sept filles: Jeanne en 1674, Madeleine en 1676, Françoise en 1679, Louise en 1681, Catherine en 1682, Marie Anne en 1685 et Anne Jacqueline en 1687. Puis viennent les garçons: Jean Baptiste en 1689, un enfant anonyme mort-né en 1691, Jean Baptiste dit Bordet en 1692, Jacques en 1694 et Jean Marie en 1696. Deux des filles sont mortes quelques jours après leur naissance. Jacques est mort à 21 ans sans s’être marié et une des filles est devenue religieuse. Jean Marie est toujours vivant le 29 avril 1754 puisqu’il est présent lors du conseil de tutelle des enfants mineurs de son frère Jean Baptiste dit Bordet. Je n’ai pas trouvé d’autres traces de lui. Les six autres se sont mariés et ont eu une descendance.

Au fil des baptêmes des enfants, on voit que la famille vit au départ à la Petite Rivière (Rivière Saint Charles), puis à la Coste Saint Jean, nommée plus souvent « Saint Jean de cette paroisse ».

Jean Baptiste meurt le 21 février 1715 et est inhumé dans l’église le lendemain. Il est dit « cy devant bedeau de ladite église ».

Le 22 février 1715 a été inhumé dans l’église paroissiale de Québec Jean Baptiste Brassard, cy devant bedeau de ladite église âgé de soixante quatre ans, décédé le jour précédent après avoir reçu les sacrements de l’église, ladite inhumation faite par moy, prêtre soussigné, faisant les fonctions curiales de ladite paroisse et chanoine de la catédrale, en présence de Messieurs Glandelet, doyen, et Ango des Maizerets, grand chantre de ladite Catédrale.

Jeanne Quelvé meurt le 1er et est inhumée le 2 avril 1721 à Québec.

Jean Baptiste dit Bordet

Dixième des douze enfants de ses parents, Jean Baptiste est né le 11 et baptisé le 12 janvier 1692 à Québec. Son nom dit, Bordet, lui vient du nom de son parrain, Jean de la Bourdette, maître d’hôtel du gouverneur de la Nouvelle France, le comte de Frontenac. Ce nom dit devait permettre de le différencier d’un de ses frères, aussi prénommé Jean Baptiste.

Le samedy douzième janvier mil six cent quattre vingt douze a esté baptizé dans l’église parroissialle Nostre Dame de Québec par moy, prestre missionnaire soussigné, Jean Baptiste, fils de Jean Baptiste Brassart, habitant de St Jean de cette parroisse, et de Jeanne Quelevé, sa femme, né le onzième des présent mois et an. Le parein Jean de la Bourdette, maître d’hostel chez Monsieur le comte de Frontenac, la maraine Marguerite Gillet, femme d’Hylaire Bernard de la Rivière, architecte, demeurant à la haute ville. Le père a déclaré ne sçavoir signer, de ce interpellé suivant l’ordonnance.

Lors du décès de son père, en 1715, Jean Baptiste et ses frères Jacques et Jean Marie sont toujours mineurs. Jacques meurt un mois après son père. Jeanne Quelvé demande la réunion d’un conseil de famille afin d’élire un tuteur et un subrogé tuteur aux deux garçons mineurs. C’est leur frère Jean Baptiste qui devient leur tuteur.

Le 18 juillet 1723, il passe son contrat de mariage avec Marie Josephe Chalifour. Jean Baptiste est dit cordonnier, habitant rue Saint Joseph, et ses parents sont tous les deux décédés. Marie Josephe est la fille de Paul Chalifour et de Jeanne Philippeau. On devine un peu comment le jeune couple s’est rencontré. Paul Chalifour, après la mort de Jeanne Philippeau, a épousé le 4 mai 1711 Madeleine Brassard, soeur de Jean Baptiste. Le mariage de Jean Baptiste et de Marie Josephe a lieu à Notre Dame de Québec le 19 juillet 1723.

Le dix neuvième juillet mil sept cent vingt trois, après la publication des trois bans de mariage entre Jean Baptiste Brassard, fils de feu Jean Baptiste Brassard et de deffuncte Jeane Quelevé, ses père et mère, de cette paroisse d’une part, et Marie Joseph Chalifour, fille de feu Paul Chalifour et de deffuncte Marie Jeane Phelippeaux, ses père et mère, aussi de cette paroisse d’autre part, ne s’étant découvert aucun empêchement audit mariage, nous soussigné, curé et official de Québec, après avoir reçu leur consentement , les avons mariés et leur avons donné la bénédiction nuptiale selon la forme prescritte par la sainte église, en présence des parens et témoins soussignés. L’épouse a déclaré ne scavoir signer, de ce requis suivant l’ordonnance.

Ils auront neuf enfants: Jean Baptiste en 1724, Michel François en 1726, Joseph en 1727, Madeleine en 1729, Louise en 1732, Charles Marie en 1734, Alexandre en 1736, Marie Josephe en 1738 et Pierre en 1739. Sept des enfants meurent jeunes, agés entre quelques jours et 17 ans. Seuls deux garçons, Joseph et Charles Marie atteignent l’âge adulte et se marient.

J’ai publié un article sur Jean Baptiste dit Bordet et la maison qu’il a fait construire à Québec, et dont Charles Marie sera héritier principal. Vous pouvez lire cet article ici.

Marie Josephe Chalifour est morte le 9 janvier 1741 et est inhumée le lendemain à Québec. Elle avait 38 ans. Jean Baptiste meurt douze ans plus tard, le 19 septembre 1753 et est inhumé le lendemain à Québec àgé de 61 ans. Le curé lui en donne 63.

Le vingt de septembre mil sept cens cinquante-trois, par nous curé de Québec soussigné, a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse Jean-Baptiste Brassard, décédé le jour précédent muni des sacrements, âgé de soixante-trois ans. Etaient présents Guillaume Taphorin, Jean Vallée et autres.

Jean Baptiste savait signer. J’ai trouvé trois versions de sa signature. J Brassard, JB Brassard et J Brassard dit Bordette. J’aime bien cette dernière version, qui rapproche son nom dit du nom de son parrain.